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Anne Hidalgo sur le sexisme en politique: "si j'étais un homme ça ne ce serait pas la même chose"

Anne Hidalgo le 19 décembre 2917 à La Roche-sur-Yon.

Anne Hidalgo le 19 décembre 2917 à La Roche-sur-Yon. - LOIC VENANCE / AFP

La maire de Paris dénonce notamment le fait que les femmes politiques soient perçues comme autoritaires dès lors qu'elles agissent.

A mesure que les municipales de 2020 approchent, la pression s'accentue sur Anne Hidalgo. Pour un certain nombre de Franciliens, son nom est principalement associé à la piétonisation des voies sur berge, une mesure qui divise les automobilistes. En mars dernier, un sondage réalisé par l'Ifop révélait que 58% des Parisiens étaient mécontents de l'action de leur maire. Dans le détail, le bilan était plus nuancé: 76% des sondés estimaient que son bilan était positif en ce qui concerne la vie culturelle, suivie de l'animation de la ville (64%) ou du rayonnement de Paris à l'étranger (61%). Il était en revanche jugé plutôt négatif concernant les transports en commun (48%), la lutte contre la pollution (43%) et la sécurité (38%), et très négatif concernant la propreté (27%) et la circulation (24%).

Mais au-delà de l'opposition rencontrée par sa politique, notamment en matière de lutte contre la pollution, Anne Hidalgo n'échappe pas, comme d'autres femmes politiques, à un sexisme certain. Dans un entretien à Marie Claire, l'élue dénonce notamment l'idée d'une "illégitimité des femmes à exercer l'autorité".

"Je fais mon job et je deviens autoritariste"

"Avant d’être élue maire, j’étais la numéro 2 loyale et fidèle, la pâle figure sans charisme de Bertrand Delanoë, que jamais je n’arriverais à égaler. Et puis je suis élue, je fais mon job et je deviens autoritariste et dure", regrette-t-elle. "Quand vous gérez une ville de 2,3 millions d’habitants et de 8 milliards de budget, bien sûr qu’il faut savoir où l’on va, je suis une patronne, il faut manager les équipes, dire non. Il faut écouter – on n’a jamais travaillé aussi collégialement –, mais malgré ça, ce mot sort. Cela signifie toujours, selon moi, l’illégitimité des femmes à exercer l’autorité", développe la maire de Paris.

Anne Hidalgo explique aussi avoir entendu pendant "toute la campagne" des interrogations sur ses capacités à avoir l'autorité nécessaire à la fonction qu'elle occupe désormais. "Vous n’entendrez jamais cette question au sujet d’un homme", avance-t-elle. "Quand j’ai été élue en 2001 (...) j’ai été attaquée dès le début: 'Elle ne pèse rien', 'Elle ne représente rien'", énumère-t-elle.

Surnommée la "candidate des concierges"

Elle regrette qu'il n'y ait pas un plus grand soutien à l'égard des femmes politiques lorsqu'elles sont attaquées, mais souligne "des moments de solidarité". "Quand j’étais au cabinet de Martine Aubry en 1997, je travaillais sur la loi sur la parité également portée par Elisabeth Guigou et nous avons constitué un petit groupe de femmes dans les cabinets ministériels, en allant chercher des femmes de droite. A cette époque-là, Dominique Voynet, qui était ministre de l’Environnement, avait été ultra attaquée, nous avions toutes réagi", se remémore l'édile. Une solidarité qui émane aussi parfois, heureusement, des hommes politiques.

"Des hommes disent qu’à l’évidence, si j’étais un homme, ça ne serait pas tout à fait la même chose. Comme par exemple la façon dont on oppose deux femmes en politique. Avec Nathalie Kosciusko-Morizet puis avec Valérie Pécresse, on se livre des batailles, mais elles ne sont pas du tout décortiquées et commentées de la même façon que celles des hommes", poursuit celle dont le père était électricien et la mère couturière, tous deux immigrés et naturalisés. 

Ce qui lui a d'ailleurs valu d'être présentée comme la "candidate des concierges", notamment par des proches de NKM au début de la campagne. "Il faut être très bien entourée. Quand on se lance dans la politique – elle est violente et dure pour tout le monde, hommes et femmes – on se prépare à être dans cette grande lessiveuse, en permanence sous le feu des critiques", conclut Anne Hidalgo. 

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