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Attaque de Strasbourg: comment la police traque Cherif Chekatt

Intervention de la BRI dans les rues de Strasbourg, le 12 décembre 2018

Intervention de la BRI dans les rues de Strasbourg, le 12 décembre 2018 - PATRICK HERTZOG / AFP

Cherif Chekatt, l'auteur présumé de la fusillade de Strasbourg, qui a fait au moins trois morts, est toujours activement recherché. Outre la mobilisation de 720 policiers et militaires sur le terrain, un appel à témoins a été diffusé auprès de la population.

Plus de trente-six heures après l'attaque qui a frappé le centre-ville de Strasbourg mardi 11 décembre dans la soirée, l'auteur des coups de feu reste toujours introuvable. Afin de tenter de retrouver la trace de Cherif Chekatt au plus vite, plus de 700 policiers et militaires (police nationale, Raid, BRI, force Sentinelle) ainsi que deux hélicoptères sont sur le terrain. 

Ce jeudi, 750 membres des forces de l'ordre sont mobilisées avec le concours supplémentaire de 30 gendarmes en plus des 200 sur le terrain depuis presque deux jours. 100 officiers de la police judiciaire, des policiers de la sécurité publique, des CRS, des effectifs de la Sous-direction de l'antiterrorisme (SDAT), de la BRI, du Raid, mais aussi du GIGN sont déployés, avec le renfort de trois hélicoptères. La police aux frontières a renforcé sa présence, avec des contrôles d'identité et l'ouverture des coffres.

Quadrillage

Un véritable quadrillage de la ville de Strasbourg a été mis en place, a assuré le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nunez mercredi matin sur France inter. "Deux actions sont en cours, une action de voie publique des forces de l'ordre et puis les investigations judiciaires menées par le parquet de Paris", a-t-il précisé.

Suite à l'ouverture d'une enquête pour "assassinats, tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle" par le parquet antiterroriste, "plusieurs perquisitions ont été réalisées dans la nuit de mardi à mercredi dans des lieux qu'il est susceptible de fréquenter", a annoncé le procureur Rémy Heitz. Quatre membres de la famille de Cherif Chekatt ont par ailleurs été interpellés et placés en garde à vue.

Diffusion d'un appel à témoins

Pour la première fois depuis 2015 et la traque de Salah Abdeslam, un appel à témoins a été diffusé mercredi en fin de journée par la police nationale pour tenter de retrouver le suspect.

Cet appel à témoins tardif, lancé près de 24h après l'attaque, "permet de maintenir la discrétion sur l'identité du tireur le temps de procéder au ramassage de tous ses complices potentiels", explique Christophe Caupenne, consultant sécurité de BFMTV et ancien négociateur du Raid. "Une fois que ces personnes ont été arrêtées, on peut enfin aller chercher le concours de toute la population", poursuit-il. 

Renforcement des contrôles aux frontières

Alors que le plan Vigipirate a dès mardi soir été renforcé sur l'ensemble du territoire, avec le passage au niveau "urgence attentat", des contrôles approfondis aux frontières ont été mis en place. Les autorités françaises n'excluent pas que Cherif Chekatt, qui avait été incarcéré en Allemagne en février 2016 avant d'être expulsé vers la France un an plus tard, se soit enfui vers l'Allemagne ou la Suisse. A la frontière allemande notamment, les policiers inspectent tous les véhicules, les coffres sont ouverts et tous les conducteurs contrôlés.

Les autorités françaises "sont bien entendu en lien avec les autorités allemandes", a assuré Jean-Luc Marx, préfet de la région Grand-Est.

Si Cherif Chekatt est parvenu à rejoindre l'Allemagne, sa traque ne sera pas plus compliquée, estime Christophe Caupenne. "Nous avons une excellente collaboration avec les services allemands, ils sont très bien organisés et on va mettre en commun tout notre potentiel d'investigation", explique-t-il.

Les scénarios possibles

D'après Christophe Caupenne, quatre scénarios sont désormais envisageables. Soit Cherif Chekatt est retranché quelque part, agonisant, et sa traque va se terminer par une confrontation avec la police et sa mort, ou par son propre suicide. "Lorsqu'il a été blessé par les militaires le soir du drame, il était sous adrénaline maximum, il avait son plein potentiel, il était comme dopé par la situation mais plus le temps passe, plus ses forces vont s'amenuiser et donc cela va être extrêmement difficile pour lui si il n'a pas de secours", explique le consultant.

Deuxième hypothèse beaucoup plus inquiétante: qu'il organise une prise d'otages. "C'est pour cela que des investigations sont réalisées partout où l'on pense qu'il pourrait être", précise l'ancien négociateur du Raid.

Autre scénario : Cherif Chekatt a un complice qui va devoir aller lui chercher des secours pour le soigner. "Le travail d'investigation est alors plutôt orienté sur les hôpitaux, les médecins, les centres de soins de la région et une attention est portée à tous ces cercles d'amis, toutes les personnes qui seraient susceptibles de l'aider", poursuit-il.

Enfin, dernière option: le tueur présumé de 29 ans a passé la frontière et "là, c'est la coopération internationale qui est en jeu". "Une commission rogatoire internationale va être diligentée et va permettre à toutes les forces de tous les pays européens de le traquer", assure Christophe Caupenne.

Mélanie Rostagnat