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Attentats du 13-Novembre: une fausse victime, qui a touché 25.000 euros d'indemnisation, jugée

La prévenue est accusée d'avoir falsifié une place de concert au Bataclan.

La prévenue est accusée d'avoir falsifié une place de concert au Bataclan. - AFP

Florence M., 48 ans, est jugée ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Créteil pour s'être fait passer pour une victime de l'attaque du Bataclan et avoir été indemnisée, à ce titre, par le Fond de garantie des victimes de terrorisme et autres infractions. Elle a été démasquée par des membres de l'association Life for Paris dans laquelle elle s'était investie.

"Il y a de nombreuses personnes qui ont eu des liens avec elle qui auraient beaucoup de choses à lui dire", souffle Alexis Lebrun, le porte-parole Life for Paris. Florence M., 48 ans, est jugée ce jeudi pour "escroquerie" et "abus de confiance" par le tribunal correctionnel de Créteil, dans le Val-de-Marne, pour s'être fait passer pour une victime de l'attaque du Bataclan auprès de l'association mais aussi auprès de la Sécurité sociale, la Ville de Paris et auprès du Fond de garantie des victimes du terrorisme et autres infractions. A ce titre, elle a reçu 25.000 euros en trois versements.

L'association Life for Paris regroupant victimes et familles de victimes des attentats du 13-Novembre attend ce procès qui a été renvoyé le 14 février dernier à la demande de l'avocate de la prévenue qui a réclamé une expertise psychiatrique et psychologique. Depuis elle a été placée en détention provisoire, et est actuellement prise en charge dans le service hospitalier de la prison de Fresnes. "Ces expertises mettent en exergue une personnalité fragile avec un parcours de vie compliqué qui peuvent justifier un passage à l'acte", détaille son avocate, excluant le "mobile pécuniaire". Lors de cette première audience, Florence M., déjà condamné pour des faits d'escroquerie à trois reprises, n'avait exprimé aucun regret. En garde à vue, elle avait toutefois reconnu la mascarade.

"Elle regrette beaucoup son geste aujourd'hui, assure Me Savoy-Nguyen. Au moment de la commission des faits, elle n'a pas eu cette conscience. Elle a côtoyé pendant deux ans les victimes en tant que bénévole. Elle a absorbé la souffrance des autres, cela a joué sur son moral qui n'était déjà pas bon. Cela lui a donné une raison de vivre."

Faux billet de concert

"En 2015, on ne se doutait pas que ce type de personnes existait", déplore le responsable de Life for Paris. Quand Florence M. frappe à la porte de l'association, elle raconte avoir un ami qui a été grièvement blessé dans la salle de spectacle le soir du concert des Eagles of Death Metal. Elle fournit des détails sur ce copain, qui n'existe pas, et va jusqu'à lui créer un profil Facebook. Florence M. trouve peu à peu à sa place au sein de l'association de victimes et intègre même, un temps à partir de mars 2017, des fonctions rémunérées en tant que salariée.

Parallèlement, Florence M. raconte une toute autre histoire au Fond de garantie des victimes de terrorisme et autres infractions (FGTI), en charge de l'indemnisation des personnes impactées par des actes de terrorisme. Pour cela, elle aurait falsifié une place de concert du 13 novembre 2015 pour se faire passer pour une victime. Le parquet de Paris qui recense alors tous les cas l'inscrit sur la liste sur laquelle s'appuie le FGTI pour procéder aux indemnisations. 25.000 euros au total lui seront versés. "Il n'y a pas eu de vérifications de faites", déplore Life for Paris.

La justice alertée par une association

Pendant des mois, le scénario de Florence M. fonctionne jusqu'au jour où elle est trahi par sa propre couverture. Un membre de l'association va la croiser par hasard dans la salle d'attente d'un médecin en lien avec le FGTI. Le bénévole est intrigué, va poser des questions, et découvre que la quadragénaire dit consulter en tant que victime directe des attentats. Les responsables de Life for Paris vont remonter peu à peu le fil et découvrir des éléments extrêmement suspects. Ils vont alors alerter les autorités. "L"association a dû se substituer aux acteurs publics", regrette encore Alexis Lebrun.

Cette après-midi, Life for Paris, par le biais de son avocat, Me Holleaux, sera constituée partie civile et réclamera des dommages et intérêts pour cette tromperie en récidive. "Cette personne n'a pas eu le même niveau d'implication que la personne jugée en décembre dernier", rappelle le porte-parole de Life for Paris. En décembre dernier, Cédric Rey a écopé de deux ans de prison dont 18 mois avec sursis pour "tentative d'escroquerie" après s'être fait passer pendant des mois, auprès des médias, pour une victime du Bataclan. il avait été trahi par son téléphone portable.

"La place de ma cliente n'est pas en prison, estime son avocate. Une peine longue n'aurait pas d'utilité, elle a besoin de soins." L'audience pourrait toutefois est renvoyée à une date ultérieure en raison du mouvement de grève des avocats.
Justine Chevalier