BFMTV

La fausse victime du Bataclan condamnée à 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis

Cet ambulancier de 29 ans était jugé pour "tentative d'escroquerie" après avoir déposé un dossier d'indemnisation auprès du Fond de garantie des victimes de terrorisme assurant qu'il était au Bataclan le soir du 13-Novembre. L'enquête avait démontré l'inverse.

Cédric R., qui a comparu vendredi après-midi pour s'être fait passer pour une victime de l'attaque du Bataclan, a été reconnu coupable de "tentative d'escroquerie". La 6e chambre correctionnel du tribunal de grande instance de Versailles l'a condamné à 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis avec mandat de dépôt et 2 ans de mise à l'épreuve. 

Cédric R. est aussi condamné à une obligations de soins psychologiques et à verser un euro de dommages et intérêts au fonds de garantie et à l'association 13-Novembre.

"J'ai pris ma voiture, j'ai foncé là-bas pour aider"

Au lendemain des attentats, le visage et la parole de cet ambulancier de formation de 29 ans s'étaient étalés dans les médias. Il racontait que le soir du 13 novembre 2015 il se trouvait sur la terrasse du Bataclan Café. "Une femme enceinte" avait alors "pris les balles qui lui étaient destinée". Après un mois passé en détention, Cedric R. dit avoir "réfléchi" et a exprimé "ses regrets".

Face à la justice, Cedric R. a dit sa volonté d'"être honnête". "Je me suis caché derrière un mensonge pour paraître plus important ou pour être mieux", a débuté le jeune homme. Il raconte alors cette soirée de 13 novembre 2015 dès le moment où il a entendu ce qu'il se passait.

"J'ai pris ma voiture, j'ai foncé là-bas pour aider, pour porter assistance", assure le secouriste, qui s'est dit "malade" de ne pas avoir été autorisé à entrer dans le périmètre.

Dès le lendemain, Cedric R. va s'embarquer dans une "mécanique d'engrenage dont il est difficile de s'extraire", comme l'explique à la Cour le psychologue qui a pratiqué l'expertise.

Retour au Bataclan le 14 novembre

De retour devant le Bataclan, il va rencontrer une jeune femme en pleurs, une victime. "Je voulais être là, lui parler, je lui ai dit que j'y étais aussi", confit-il au tribunal. Les semaines qui ont suivi, le jeune homme va continuer à voir ces victimes, à sortir avec eux. Au premier micro tendu, il raconte être un rescapé. En s'enfonçant un peu plus dans son mensonge.

Dans leur expertise, un psychologue et un psychiatre, nommés le tribunal, parlent d'un homme qui présente "un trouble de l'attachement", qui a "un petit arrangement avec la réalité réussi à faire sa propre histoire". Devant le tribunal, Cedric R. dit avoir été poussé à faire une demande d'indemnisation auprès du Fond de garantie des victimes de terrorisme pour se justifier auprès des victimes qu'il côtoyait à l'époque. Mais récuse toute volonté d'enrichissement ou d'arnaque.

"À cette époque-là, je n'allais pas bien du tout"

Comment en est-il arrivé là? Comment a-t-il menti aux vraies victimes, à ses parents, à ses frères? "À cette époque-là, je n'allais pas bien du tout, je me sentais seul débute Cedric R.. J'ai trouvé un sentiment d'appartenance auprès d'un groupe dans lequel j'étais bien. Je cherchais de la reconnaissance." Pourquoi être aller consulter des spécialistes après les attentats? "J'ai utilisé ça pour me décharger de ce que j'avais à dire", répond-il.

Pourquoi s'être fait un tatouage en rapport avec le 13-Novembre, après celui qu'il a déjà en référence à l'attaque du 11 septembre 2001. "J'ai été bouleversé (par les attaques, NDLR), c'est quelque chose de horrible", livre-t-il encore, estimant que l'attentat de New York l'avait incité à devenir secouriste. 

Justine Chevalier