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Les pistes du Haut Conseil pour que l'égalité hommes-femmes reste une priorité de Macron

Une Marche des femmes à Lyon le 21 janvier 2017 (photo d'illustration)

Une Marche des femmes à Lyon le 21 janvier 2017 (photo d'illustration) - Jean-Philippe Ksiazek-AFP

Dans un rapport publié ce jeudi, le Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) formule 42 propositions, parmi lesquelles une hausse du budget consacré aux droits des femmes, pour que l'égalité entre les sexes conditionne toute décision politique. Et rappelle Emmanuel Macron à ses engagements de campagne.

Un ministère de plein exercice dédié aux droits des femmes, ou un budget revu à la hausse. Dans un rapport publié ce jeudi, le Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) met les pieds dans le plat et fait, à demi-mot, la leçon à l'exécutif.

"Une préoccupation du quotidien"

Réalisé à la demande de Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, ce rapport formule une quarantaine de propositions pour faire de l'égalité une exigence et un critère de décision au sein des ministères, institutions et collectivités. Et surtout qu'elle devienne "une politique publique légitime et à part entière".

"Si le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes est au fondement de notre République et globalement accepté par le grand public, il est encore aujourd'hui insuffisamment considéré comme un objectif structurant de la décision publique, indique le rapport en préambule. Aujourd'hui encore, le calendrier (...) est trop souvent réduit à deux temps forts annuels, le 8 mars: journée internationale pour les droits des femmes, et le 25 novembre: journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Pourtant, l'égalité (…) doit être une préoccupation du quotidien" et présente "dans toute politique, toute loi, toute mesure."

Alors que de nombreuses associations féministes ont regretté que les droits des femmes ne fassent pas l'objet d'un ministère de plein exercice et que le Premier ministre ne soit pas une Première ministre - comme Emmanuel Macron l'avait souhaité - le HCE rappelle le locataire de l'Élysée à ses engagements de campagne. Le Président avait "indiqué, lorsqu'il était candidat, qu'il ferait de l'égalité la 'grande cause nationale du quinquennat'", glisse le HCE, l'appelant à mots couverts à tenir parole.

Un indicateur trimestriel de l'égalité

Parmi ses propositions, le Haut Conseil recommande de nommer à l'Élysée ainsi qu'à Matignon "un/e conseiller/e dédié/e aux droits des femmes" et d'affecter un référent à l'égalité au sein de chaque ministère - qui existaient durant le quinquennat Hollande. Pour Claire Guiraud, secrétaire générale du HCE et co-rapporteure, il s'agit avant tout de "cohérence".

"On est tous construit sur des stéréotypes et on a tendance à penser au masculin" pointe-t-elle, jointe par BFMTV.com. "Or, de nombreux sujets ont des problématiques différentes si l'on est homme ou femme, à l'exemple du temps partiel. Sans cette expertise sur l'égalité, on passe complètement à côté de cette ambition."

Dans la même veine, l'instance consultative fondée en 2013 préconise d'inscrire à l'ordre du jour du conseil des ministres, à un rythme trimestriel, un suivi d'indicateurs de l'égalité. "Nous rêvons d'une communication aussi régulière que sur les chiffres du chômage ou de la sécurité routière, qui permettrait, tous les mois, de faire un point d'étape", compare Claire Guiraud.

Le budget consacré à l'égalité "sous-financé"

Autre point litigieux abordé dans le rapport: le porte-monnaie. Alors que le budget alloué à l'égalité est au cœur d'une controverse - les associations féministes dénonçant une baisse des crédits que la secrétaire d'État dément - le HCE dénonce un "sous-financement" et appelle à une augmentation afin qu'il soit "à la hauteur" des ambitions du quinquennat.

"C'est la plus petite administration en termes de budget", regrette la co-rapporteure. "À titre de comparaison, le budget espagnol consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes était en 2016 de 0,54 euro par habitant, il n'est que de 0,33 euro en France. L'Espagne vient d'annoncer un milliard d'euros pour lutter contre les violences faites aux femmes. Il ne peut pas y avoir d'égalité sans argent."

Selon Claire Guiraud, la priorité est d'appliquer les mesures déjà existantes. "L'arsenal législatif est là. Les entreprises ont par exemple l'obligation d'une rémunération égale entre les sexes depuis 1972. Pourtant, la majorité d'entre elles sont toujours hors-la-loi. Il faudrait accorder davantage de moyens à l'inspection du travail afin qu'elles soient contrôlées et sanctionnées."

Plus de moyens humains 

Parmi ses autres recommandations, le HCE invite Emmanuel Macron et Edouard Philippe à signer une convention pour une communication publique sans cliché, alors qu'elle est "parfois empreinte de stéréotypes". Et estime qu’il serait salutaire d'exiger des ministères "l'usage du féminin dans les noms de métier, fonction, grade ou titre", qui a du mal à entrer dans les mœurs. En témoigne la sanction infligée à un député UMP en 2014 après avoir refusé d'appeler Sandrine Mazetier, qui présidait la séance à l'Assemblée nationale, "madame la présidente".

"Les droits des femmes ont fait leur entrée au gouvernement il y a quarante-trois ans avec Françoise Giroud. S'il y a eu de nombreux plans, le bilan de l'égalité reste mitigé", dénonce la co-rapporteure. "Une femme meurt toujours tous les trois jours sous les coups de son conjoint et seul 1% des violeurs est condamné. Autre exemple: le premier texte sur la féminisation des noms de métier date d'il y a plus de trente ans. Un vrai changement en faveur de l'égalité ne passera que par un renforcement des moyens humains et financiers."

Céline Hussonnois-Alaya