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Pour Vittoria Colizza, chercheuse à l'Inserm, "on aura besoin de mesures plus fortes" contre le variant britannique

Si les mesures prises "ont réussi à impacter la circulation de la souche historique, on a une augmentation du variant britannique", explique Vittoria Colizza, spécialiste en modélisation des maladies infectieuses.

Depuis plusieurs semaines, l'arrivée des variants bouscule les connaissances en matière de lutte contre le Covid-19. Plus contagieux, le variant britannique a par exemple continué de se répandre au Royaume-Uni malgré des confinements strictes, et sa circulation augmente en France: selon les derniers chiffres communiqués par Olivier Véran, le variant britannique représente 20 à 25% des infections dans le pays.

Couvre-feu, télétravail, "les mesures prises par le gouvernement ont réussi à impacter la circulation de la souche historique, qui circulait avant l'arrivée des variants", explique à BFMTV Vittoria Colizza, directrice de recherche de l'Inserm et spécialiste en modélisation des maladies infectieuses. Mais en parallèle, "on a une augmentation du variant britannique".

Avec une équipe de chercheurs issus notamment de l'Inserm et de Santé Publique France, elle publie une étude imaginant les scénarios d'évolution de l'épidémie en France, et les mesures qui pourraient freiner cette évolution.

"Une croissance rapide des cas est attendue dans les semaines à venir"

Selon ses recherches, les mesures de protection actuelles, "ne sont pas capables, à cause de l'efficacité plus élevée dans la transmission, de réduire aussi le variant britannique. On aura besoin de mesures plus fortes pour agir", explique Vittoria Colizza. "Dans l'absence de mesures de contrôle renforcée, une croissance rapide des cas est attendue dans les semaines à venir", décrit le résumé de l'étude. La souche britannique pourrait ainsi devenir dominante d’ici la fin du mois de février ou le début du mois de mars, selon ce scénario.

Le plateau actuel, soit la stabilisation du nombre d'hospitalisations et de cas, "est l'émergence et l'équilibre entre les deux dynamiques, une [le virus souche] qui descend et l'autre [le variant britannique] qui est en train d'augmenter", explique-t-elle. "La croissance des variants est inéluctable, ils seront majoritaires en mars", déclare de son côté Christophe Rapp, infectiologue et consultant santé pour BFMTV.

D'après des observations britanniques, ce variant serait 50% plus contagieux que la souche originelle. Et s'il est plus contagieux, en revanche, il ne semble pas entraîner plus de cas graves. Mais proportionnellement, si un nombre plus important de personnes est infecté, forcément, les hospitalisations augmenteront.

Quelles mesures pour faire face?

Pour endiguer une envolée du nombre de cas, "l'étude considère le renforcement de la distanciation sociale, mais pas des mesures plus fortes comme un confinement", écrivent les chercheurs. Tout dépend en réalité de la stratégie que souhaite observer le gouvernement, s'il espère, par exemple, se stabiliser sur ce plateau le temps que tout le monde soit vacciné d'ici à cet été.

"On pourrait mettre des mesures qui sont intermédiaires, pas forcément arriver jusqu'à un confinement", explique Vittoria Colizza, rappelant qu'avec les vacances scolaires, et donc la fermeture des écoles, "on peut imaginer un certain ralentissement de l'épidémie. On peut aussi imaginer une certaine réponse de la population parce que maintenant l'inquiétude autour des variants est assez forte, donc ce ne sont pas seulement des mesures des autorités mais aussi une réponse spontanée des personnes", qui pourrait empêcher une remontée des chiffres, comme le télétravail.

"On est acteurs de cette riposte", rappelle de son côté Christophe Rapp, "et si on améliore nos comportements, si on augmente le télétravail, si on prend en compte le renforcement des dépistages tel qu'il sont faits en Moselle ou à Dunkerque en isolant les gens plus longtemps, en ayant un contact tracing plus incisif", la circulation de l'épidémie pourrait diminuer ou du moins rester stable. Le respect des gestes barrières, le port du masque, la distanciation sociale et la limitation des rassemblements sont, également, toujours d'actualité.

"En tous les cas, la stratégie c'est de gagner du temps pour vacciner en masse notre population, sachant que les effets de la vaccination seront décalés" et n'arriveront "pas avant avril /mai", déclare l'infectiologue.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV