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Variant britannique: les clusters se multiplient dans les hôpitaux

A l'entrée de l'unité de soins intensifs d'un hôpital à Gauting, près de Munich, le 2 janvier 2021 (PHOTO D'ILLUSTRATION).

A l'entrée de l'unité de soins intensifs d'un hôpital à Gauting, près de Munich, le 2 janvier 2021 (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Christof STACHE © 2019 AFP

Les foyers épidémiques sont de plus en plus nombreux dans les hôpitaux de la région parisienne, selon le chef du service d'infectiologie à l'hôpital Tenon, Gilles Pialoux, interrogé par Le Parisien.

Il s'agit, selon Gilles Pialoux, de l'un des effets direct de la diffusion du variant britannique du Covid-19 sur le territoire. Dans une interview accordée au Parisien ce mardi, le chef du service d'infectiologie à l'hôpital parisien Tenon affirme que les foyers de contamination sont de plus en plus nombreux dans les hôpitaux. Cette multiplication aurait une conséquence non-négligeable sur les déprogrammations d'opérations.

"Les soignants sont épuisés"

"Il y a, en effet, de plus en plus de clusters dans les hôpitaux. D'un côté, les soignants sont épuisés, ils respectent moins les gestes barrière au fil du temps, et, de l'autre, ils sont davantage infectés par ces variants plus contagieux", indique Gilles Pialoux à nos confrères du Parisien.

Ce dernier observe également plusieurs cas de soignants qui ont été infectés entre les deux doses Pfizer. En janvier au total, 18 foyers épidémiques ont ainsi été recensés dans cinq hôpitaux de la capitale: Saint-Antoine, la Pitié-Salpêtrière, Charles-Foix, Tenon et Rothschild. "Cela se traduit par 820 jours sans pouvoir travailler et 120 lits fermés", souligne le spécialiste. Et cette situation n'est pas propre à la région parisienne.

Fin janvier, un cluster qualifié de "préoccupant" a été signalé à l'hôpital de Dieppe (Seine-Maritime), avec 140 soignants et 123 patients testés positifs au coronavirus. Une inquiétude partagée à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire largement épargné par l'épidémie, où plusieurs praticiens ont été testés positifs fin janvier dans le seul hôpital de l'île.

Une hausse des déprogrammations

En région parisienne, "il y a déjà des déprogrammations parce que les soignants contaminés sont en quarantaine", s'inquiète le chef du service d'infectiologie à Tenon. Et d'ajouter:

"Cette problématique des clusters n'est absolument pas prise en compte."

La multiplication de ces foyers épidémiques s'explique, selon le spécialiste, par la viralité du variant britannique: "Il représente 30% des admissions dans les hôpitaux de Paris alors qu'il n'était que de 1% à 3%, il y a trois semaines", note-t-il.

"Les réanimations se remplissent plus vite que les services d'hospitalisation, ce que l'on n'avait pas vraiment observé depuis le début de l'épidémie", ajoute Gilles Pialoux.

Face à cette situation inquiétante, la possibilité pour tous les soignants de bénéficier du vaccin AstraZeneca est plébiscitée par le spécialiste, mais prévient-il, "même si on va plus vite, dans le meilleur des cas, tous les soignants volontaires seront immunisés d'ici la fin avril."

Des soignants réfractaires au vaccin

Il assure par ailleurs qu'un nombre important de praticiens sont opposés à la vaccination: "beaucoup ne veulent pas se faire vacciner." Un constat partagé par Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, le Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées, qui affirmait jeudi dernier dans les colonnes du Figaro:

"Il y a un clivage entre les salariés qui veulent se faire vacciner, et un pourcentage non-négligeable de salariés qui refusent. Ceux-là sont les mêmes qui, chaque année, refusent de se faire vacciner contre la grippe, et sont souvent récalcitrants à la vaccination tout court."
Esther Paolini Journaliste BFMTV