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Raoult, Villiers, Bigard... Macron craint la candidature d'un outsider en 2022

Philippe de Villiers et Emmanuel Macron, aux Herbiers (Vendée) en juin 2018.

Philippe de Villiers et Emmanuel Macron, aux Herbiers (Vendée) en juin 2018. - Ludovic MARIN / POOL / AFP

De la droite identitaire aux humoristes proches des gilets jaunes, Emmanuel Macron multiplie les prises de contact avec des personnalités éloignées de son cercle politique. Ces mêmes qui jouissent d'une popularité auprès de Français avec lesquels il espère renouer, d'ici 2022.

"C’est ça, le vrai Nouveau Monde: la fin de la politique", prédit Philippe Rickwaert, héros de la série Baron noir, incarné par Kad Merad. La fiction pourrait-elle bientôt rejoindre la réalité? Dans la saison 3 de la saga politique produite par Canal +, Christophe Mercier, blogueur populaire anti-système, bouleverse la campagne présidentielle au point de se retrouver aux portes de l’Elysée.

Dans la vraie vie également, une candidature populiste "fout la trouille" à la Macronie, selon les propos "d'un puissant conseiller de l’exécutif" rapporté dans une chronique du Monde publiée ce dimanche. Une inquiétude perceptible, aussi, dans les échanges et rencontres du chef d'Etat avec plusieurs personnalités de cette scène "anti-système" ces derniers mois.

Phénomène à la Coluche

Déjà en février, l’éventualité d’une candidature proche des gilets jaunes, comme celle de l'animateur de C8 Cyril Hanouna avait fait souffler un vent de panique dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

"Le risque pour nous serait l'émergence d'un phénomène à la Coluche. Alors là, on serait très mal", avait reconnu un macroniste historique à notre antenne.

Depuis, une pandémie est passée par là. On espère que de cette crise sanitaire émerge "un monde d’après". Durant celle-ci, la seule personnalité ayant réellement émergé est un outsider de la communauté scientifique: le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU-Méditerranée et premier apôtre de la chloroquine pour lutter contre le coronavirus.

Alors que l’épidémiologiste est décrié par ses confrères - pour ses déclarations fracassantes ou ses légèretés méthodologiques -, il est cajolé par le Président, qui l'invite à l'Elysée ou le rencontre dans son laboratoire de la cité phocéenne.

"La politique, c’est un métier. Je n’aurais jamais voulu faire un truc pareil", a toutefois assuré à BFMTV le microbiologiste. 

Se rapprocher de "la France en colère"

Ce week-end également, les commentaires se sont multipliés autour d’un coup de téléphone passé par le président à l’humoriste Jean-Marie Bigard. "Je représente la France en colère. (...) Les heures de colère du peuple sont à venir", avance-t-il au micro de Sud Radio. Ce dernier avait réclamé la réouverture des bars dans une vidéo visionnée 3,7 millions de fois par des internautes.

Selon l’artiste, Emmanuel Macron aurait donné raison à celui qui a rejoint la liste de Marcel Campion pour les municipales parisiennes et lui aurait fait la promesse de "changer de stratégie". Quelques mois plus tôt, ce même humoriste racontait avoir eu un retour de Brigitte Macron concernant son appel pour empêcher la fermeture d’une maternité à Guimgamp.

"Capter la popularité" de ces "porte-parole de la contestation" 

Emmanuel Macron n'hésite pas non plus à draguer des personnalités populaires de la droite souverainiste ou identitaire. C’est ainsi que Philippe De Villiers a chaleureusement remercié le président sur Twitter pour son action dans la réouverture prochaine du Puy du Fou. De même, Valeurs Actuelles a révélé un appel de soutien, durant près d’une heure, passé à l’essayiste Eric Zemmour à la suite de son agression en pleine rue.

Hanouna, Raoult, Bigard, De Villiers, Zemmour… Pour le politologue, Jérôme Sainte-Marie, interrogé par Le Monde, en tissant des liens avec ces personnalités, le chef d’Etat espère ainsi "capter la popularité" de ces "porte-parole de la contestation". Une façon de se positionner pour la prochaine présidentielle.

Esther Paolini