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Macron se passerait bien d'un texte de soutien des hollandais

Emmanuel Macron et François Hollande, le 23 mai 2016.

Emmanuel Macron et François Hollande, le 23 mai 2016. - Francois Mori - Pool - AFP

Les derniers fidèles de François Hollande préparent un texte "d'identité politique progressiste", interprétable comme un soutien implicite à Emmanuel Macron, dans l'espoir de participer à sa majorité parlementaire s'il était élu le 7 mai. "Une tuile" pour En Marche!

Après Manuel Valls, un nouveau "baiser de la mort" pour Emmmanuel Macron? Selon L'Opinion, les fidèles du président de la République, bien décidés à laisser le candidat socialiste Benoît Hamon en rase campagne, mettent sur pied un texte de soutien implicite au leader d'En Marche!. Une démarche qui ne manquerait pas d'ajouter de l'eau au moulin des Républicains, aux yeux desquels l'ancien conseiller de l'Élysée n'est que le continuateur du chef de l'État. "C’est une sacrée tuile", regrette d'ailleurs un proche d'Emmanuel Macron. 

Rédigé par le socialiste Alain Bergounioux, ce texte "d'identité politique progressiste" s'emploiera d'abord à défendre le quinquennat de François Hollande, mais sera, aussi, une profession de foi européenne en faveur d'une "politique économique réaliste". Le hollandais Stéphane Le Foll, à la barre de cette opération avec la bénédiction du Palais, s'est assuré de réunir au moins une centaine de signataires pour le texte, avant de décider ce jeudi d'une date de publication.

Dans l'entourage de Stéphane Le Foll, on dément formellement que le texte, qui pourrait n'être publié qu'après le premier tour, soit un appel déguisé au vote Macron: "Le texte passe actuellement dans beaucoup de mains de ministres, parlementaires, premiers fédéraux PS... chacun peut l'amender. Ce n'est pas du tout un texte de soutien implicite à Macron. C'est un appel au sursaut. L'objectif : que l'on soit un maximum de sociaux démocrates PS à l'Assemblée pour former une majorité ou une opposition, selon le résultat de la Présidentielle."

Il s'agirait donc de battre le rappel pour serrer les rangs: "Si Macron gagne, ajoute la même source, il y a un vrai risque d'éclatement entre ceux qui vont rejoindre En Marche et ceux qui resteront au PS. Il faut rester unis !"

Faire partie de la majorité Macron

L'enjeu de la manœuvre, qui mise sur une victoire d'Emmanuel Macron sans majorité à l'Assemblée, est simple pour cette frange du PS: ne pas être balayée du paysage politique, ni au palais Bourbon, ni au sein même du parti. "Emmanuel Macron aura besoin de nous pour constituer sa majorité. Nous pouvons être dans un soutien, avec ou sans participation. On verra ça entre les deux tours", confie un "éléphant" à L'Opinion.

"Quand ils ont vu la première liste des investitures d’En Marche !, ils ont surtout eu la trouille d’être battus", glisse un socialiste. Rue de Solférino, on semble se résoudre à l'idée d'être une force d'appoint de la future majorité macronienne, avec les législatives comme priorité absolue:

"Il faut faire monter sur le pont toutes les personnalités encore valides. Un bon score aux législatives est essentiel car si Emmanuel Macron a besoin de 150 députés pour compléter sa majorité et qu’on termine à 80, on ne lui servira à rien", explique un porte-parole du PS.

"Il faut d'abord se taire jusqu'au 23 avril"

L'initiative de l'arrière-garde hollandaise est loin de faire l'unanimité au sein même du parti, où l'on craint que la planche de salut En Marche!, qui tire une partie de sa force de sa "nouveauté", ne coule sous le poids des représentants du quinquennat. Une élue proche du chef de l'État reste interdite:

"Ce texte dit qu’il faut voter Macron, sans le dire. C’est du Hollande tout craché. Mais avec Stéphane Le Foll comme premier signataire, il va être interprété comme la tentative du chef de l’État de tirer les ficelles. Cela va faire beaucoup de dégâts chez nous et chez Macron. C’est à se demander ce que l’Élysée à en tête."

Certains préféreraient donc que l'exécutif fasse profil bas: "Pour avoir un groupe socialiste fort à l’Assemblée, il faut d’abord se taire jusqu’au 23 avril. Il s’agit de la dernière affaire d’une petite officine de dépressifs qui ne se résignent pas à ce que François Hollande ne soit pas candidat", peste un dirigeant socialiste.

Le calcul des socialistes est d'autant plus incertain qu'Emmanuel Macron n'est pas, pour l'heure, disposé à accueillir les transfuges hollandais.

"Valls s’est pris la porte il y a deux semaines, Le Foll va lui aussi se prendre la porte", fait savoir un soutien du candidat, "Macron joue sa survie, son ADN". 

Louis Nadau