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Macron a-t-il répondu aux revendications des gilets jaunes?

Des gilets jaunes à Bordeaux, le 20 avril 2019.

Des gilets jaunes à Bordeaux, le 20 avril 2019. - MEHDI FEDOUACH / AFP

Du vote blanc à l'augmentation du Smic, BFMTV.com s'est penché sur les 15 principales mesures réclamées par les gilets jaunes et les réponses apportées, ou non, par le gouvernement.

Cinq mois de manifestations, un grand débat national, une allocution présidentielle en décembre puis une conférence de presse ce jeudi à l'Elysée... Et finalement, qu'ont gagné les gilets jaunes depuis le début du mouvement? Leurs principales revendications ont-elles été prises en considération? Voici un tour d'horizon, non exhaustif, des principales mesures réclamées par les gilets jaunes depuis le début du mouvement et la réponse, parfois parcellaire voire inexistante, apportée par l'exécutif.

1. Instaurer le référendum d’initiative citoyenne (RIC): PARTIELLEMENT

Jeudi soir, le président de la République a définitivement écarté la mise en place d’un référendum d'initiative citoyenne. Mais il propose de faciliter la mise en oeuvre d'un référendum à l'initiative du peuple (RIP), en abaissant à 1 million le nombre de signatures nécessaires pour saisir le Parlement (contre environ 4,5 millions actuellement).

Cette mesure devrait figurer dans la réforme constitutionnelle que le chef de l'État veut voir revenir au Parlement "à l'été". Il veut également renforcer le droit de pétition au niveau local à travers "un droit d'interpellation des élus au-delà d'un certain seuil, qui sera à définir".

2. Reconnaissance du vote blanc: NON

Principale exigence des gilets jaunes, le chef de l'État s’est opposé à la comptabilisation du vote blanc comme exprimé: "Blanc, c'est l'agrégation des rejets des refus, c'est trop facile", a-t-il déclaré. Il a également exclu l’instauration d’un vote obligatoire.

3. Augmenter le Smic: PARTIELLEMENT

Le 10 décembre, le président de la République a demandé “au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire afin qu'on puisse vivre mieux de son travail dès le début d'année prochaine.

Le salaire d'un travailleur au Smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu'il en coûte un euro de plus pour l'employeur.” Dans les faits, environ 55% des salariés au Smic et touchant la prime d’activité ont bénéficié de cette hausse.

4. Rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF): NON

Emmanuel Macron a réaffirmé ne pas vouloir revenir sur la réforme de l'ISF, tant décriée par les gilets jaunes. À ses yeux, il s'agit d'une "réforme pour produire, pas une réforme pour les plus fortunés". Il a toutefois admis le principe d'une évaluation de cette suppression en 2020.

5. Revalorisation des retraites: OUI

Le président de la République a annoncé que les retraites "de moins de 2000 euros" seront réindexées sur l'inflation en 2020, mais aussi qu'aucune pension n'augmentera moins vite que les prix à partir de 2021.

Il a par ailleurs souhaité que "la retraite minimale" pour une carrière complète soit portée à 1000 euros, un montant selon lui "significativement supérieur" au minimum vieillesse qu'il a promis de relever à 900 euros l'an prochain. Cette annonce fait suite à celle faite en décembre de supprimer la hausse de la CSG pour les personnes touchant moins de 2000 euros par mois.

6. Baisse de la TVA des produits de première nécessité: NON

Voulue par les gilets jaunes, la TVA sur les produits de première nécessité n’a pas été abordé par Emmanuel Macron. Cette proposition avait déjà été écartée par le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin: “Ce n'est pas l'idée la plus facile à mettre en oeuvre, ni le meilleur moyen de soutenir le pouvoir d'achat (...) La difficulté avec la TVA, c'est que la baisse ne se répercute pas forcément au profit du consommateur”, expliquait-il au JDD début avril.

7. Taxer davantage les grandes entreprises (Google, Amazon…): EN COURS

Google, Apple, Facebook et Amazon sont régulièrement critiqués pour leurs pratiques d'optimisation fiscale. Le gouvernement français a donc lancé un projet de loi pour taxer les géants du numérique sur leur chiffre d'affaires.

Adopté début avril en première lecture à l'Assemblée nationale, il devrait s'appliquer aux GAFA mais aussi à d'autres groupes comme Airbnb et pourrait rapporter 400 millions d'euros en 2019, puis 650 millions en 2020-2022.

8. Pas de fermeture d’écoles, de maternités et amélioration des services publics: OUI

Le président ne veut “plus avoir d'ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d'hôpitaux, ni d'écoles sans l'accord du maire", a-t-il déclaré, avant de de demander à Edouard Philippe "une profonde réorganisation de notre administration", destinée à déployer "plus de fonctionnaires sur le terrain" tout en supprimant des postes "en administration centrale" à Paris, a annoncé le chef de l'État. Emmanuel Macron a également annoncé la création dans "chaque canton", d'ici à "la fin du quinquennat", d'un "endroit où on puisse trouver réponse aux difficultés qu'on rencontre", baptisé "France services".

9. Maximum 25 élèves par classe de la maternelle à la terminale: PARTIELLEMENT

Sans aller jusqu’à la terminale comme le souhaitent les gilets jaunes, il a proposé que les classes de grande section de maternelle, de CP et de CE1 ne "dépassent jamais 24 élèves" par classe.

Le chef de l'Etat veut aussi "étendre le dédoublement des classes (de CP et CE1), qui fonctionne, et a déjà de très bons résultats dans les quartiers défavorisés, (...) à la grande section de maternelle".

10. Une aide pour les familles monoparentales: OUI

Parmi le million de familles bénéficiant d'une pension alimentaire, "20 à 40% ne la perçoivent pas, soit totalement, soit partiellement", estime Christelle Dubos, secrétaire d'État auprès de la ministre des Solidarités.

Le président Macron a annoncé ce jeudi son intention de confier aux caisses d'allocations familiales le recouvrement des pensions alimentaires afin de lutter contre ces impayés et aider de nombreuses mères célibataires en situation de précarité.

11. Suppression de la hausse sur la taxe carbone: OUI

Dès le 5 décembre, l'exécutif a renoncé pour l'année 2019 aux augmentations de taxes sur les carburants. "Le président et le Premier ministre ont souhaité de concert que la hausse de la taxe carbone prévue dans le budget 2019 soit supprimée”, avait expliqué l’Élysée.

12. La fin de la limitation à 80 km/heures sur les routes secondaires: NON

Depuis juillet dernier, la mesure d'abaisser de 90 à 80 km/h la vitesse maximale sur 400.000 kilomètres de routes secondaires ne cesse d’être critiqué, notamment au sein du mouvement des gilets jaunes. Mais l'annulation de la baisse de la limitation de vitesse n’a pas été évoqué par Emmanuel Macron lors de la conférence de presse.

En janvier, le président a néanmoins déclaré être ouvert à des aménagements locaux. Une position sur laquelle s’est alignée Edouard Philippe, en déclarant, début avril être prêt à “composer”, sans donner plus de précision.

13. Baisse du prix du gaz et de l’électricité: EN COURS

Début décembre, le gouvernement a annoncé un gel de la hausse des tarifs de l’électricité et du gaz “pendant l’hiver qui s’annonce”. Mais une hausse de 5,9% des prix est bien prévue pour l’été 2019.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, a donc annoncé vendredi “un nouveau mode de calcul pour l'année prochaine" afin de ne plus subir autant les évolutions décidées par la Commission européenne de régulation de l'énergie (CRE).

14. "Un grand plan d'isolation des logements”: (très) PARTIELLEMENT

Afin de réduire sa facture énergétique, la rénovation des fenêtres a été ajoutée dans le champ d’application du crédit d’impôt énergétique (CITE) pour 2019, avec un montant plafonné à 100 euros.

Afin de renouveler toutes les chaudières au fioul dans les dix prochaines années, le gouvernement a également mis en place un système de chaudière au gaz ou à l’électricité pour un montant d’un euro, via l’augmentation des certificats d’énergie à hauteur de 4000 euros.

15. Plus de moyens pour la justice, la police, la gendarmerie et l’armée: (très) PARTIELLEMENT

À la suite des premiers samedis de mobilisation des gilets jaunes, des négociations entre l’Intérieur et les syndicats de police ont permis de valider une prime de 300 euros aux forces de l’ordre mobilisées. Une réponse insuffisante au vue des manifestations pour dénoncer le manque de moyens et les suicides dans les rangs des forces de l’ordre. Cette prime ne s’adresse ni à la gendarmerie ni à l’armée.

Enfin, la loi de programmation 2018-2022 prévoit une augmentation de 24% du budget alloué au ministère de la justice. Mais la plupart des professionnels du droit estiment que ces moyens sont encore largement insuffisants.

Esther Paolini