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Envisagé, esquissé... oublié? Comment Macron semble avoir, pour de bon, écarté l'idée d'un référendum

Emmanuel Macron, le 25 avril 2019

Emmanuel Macron, le 25 avril 2019 - AFP - Ludovic Marin

Durant sa conférence de presse, le chef de l'État a dit avoir écarté l'option d'un référendum d'ici la fin de l'année. L'idée avait plus ou moins été entretenue par certains membres de son entourage durant le grand débat.

"Il va pas le faire, son référendum. C'était séduisant un temps, mais là ce serait trop clivant, il y a trop de fractures." À quelques heures de la conférence de presse d'Emmanuel Macron, ce sénateur centriste de poids sent bien les choses. Même s'il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre, depuis plusieurs semaines, que l'idée de lancer un référendum pour dénouer la crise des gilets jaunes avait du sérieux plomb dans l'aile. 

Dans le doute, il fallait toutefois poser la question au premier concerné. "La décision d'en appeler au référendum, elle est en effet (...) à la main du président de la République. Aujourd'hui, je n'ai pas retenu cette option sur les décisions que j'ai présentées", a répondu le chef de l'État. Il n'exclut cependant pas d'utiliser l'article 11 de la Constitution d'ici "la fin du quinquennat". Sa dernière activation remonte à 2005.

Option sérieusement envisagée

"Est-ce que j'ai (...) une idée précise de telle ou telle décision qui serait soumise à référendum? Non. C'est une liberté que je conserve et qui, à certains moments, peut permettre de clarifier les choses, un débat", a concédé Emmanuel Macron.

Pour le locataire de l'Élysée, cet outil démocratique est "l'ordalie de la République". Une épreuve du feu, un jugement.

Il a pourtant sérieusement envisagé de s'y soumettre, avec le mois de septembre en ligne de mire. Lui-même l'a dit durant cette conférence de presse. Début février, alors que le grand débat national battait son plein, plusieurs membres de l'entourage d'Emmanuel Macron étaient convaincus que celui-ci devait "repasser par le peuple".

"Le référendum est le seul moyen de se relégitimer en dehors d’une élection anticipée ou d’une dissolution de l’Assemblée nationale", affirmait auprès du Monde l'un de ses proches. Dans Le Journal du Dimanche, un autre y voyait un "moment citoyen" qui permettrait au président de "repartir politiquement pour pouvoir continuer à réformer". Et le même d'évoquer l'hypothèse d'un "référendum à questions multiples", trouvaille inédite et casse-cou, décryptée à l'époque par BFMTV.com

Tambouille

Pendant une courte période, il avait même été envisagé, par certains esprits macronistes enhardis et créatifs, d'adosser un référendum au scrutin des européennes, le 26 mai. Un moyen tactique de renforcer la participation le jour J, mais qui comportait son lot de risques, en premier lieu celui de générer une réelle confusion entre les enjeux et, aussi, d'entraîner une surmobilisation des opposants au chef de l'État. L'idée, fort peu soutenue par l'entourage du Premier ministre Édouard Philippe, a été vite jetée aux oubliettes. 

La crise des gilets jaunes s'enlisant et le grand débat national s'éternisant, les vertus clivantes du référendum ont donc, semble-t-il, eu raison de l'élan initial, malgré l'intérêt des Français pour cette solution. C'est bien là le revers de la médaille de cette option plébiscitaire: elle n'est bénéfique que lorsque le président de la République dispose d'une assise solide. À l'heure actuelle, Emmanuel Macron en est loin. 

"Piège absolu"

Le recul historique est pour beaucoup dans son choix. Dans l'article du Monde cité plus haut, un ministre qualifiait le référendum de "piège absolu". Et de citer le précédent de 2005, lorsque les tenants du "non" au traité constitutionnel européen l'ont emporté avec plus 55% des suffrages. Un échec cuisant pour le pouvoir de l'époque, qui a débouché sur un traumatisme démocratique avec l'adoption, deux ans plus tard, du traité de Lisbonne par voie parlementaire. 

En réalité, les exemples de référendums "réussis", pour un président en exercice, sont loin d'être légion. Le cas du général de Gaulle, qui organisait régulièrement de tels rendez-vous pour asseoir sa légitimité, à bien des égards exceptionnelle, est isolé. D'autant que son règne s'est achevé, justement, à l'occasion d'un référendum perdu, celui de 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Au fil du temps, la défiance des Français à l'égard de leurs dirigeants s'accroissant, il est devenu quasiment impossible de tirer des dividendes politiques de cet outil. Les successeurs du général ne s'y sont d'ailleurs pas trompés: la moitié d'entre eux (Emmanuel Macron compris, donc) n'y a pas eu recours une seule fois. D'où l'idée de l'actuel chef de l'État, pour compenser, de mettre en place un référendum d'initiative citoyenne à l'échelle locale et simplifier (le mot est fort) l'usage du référendum d'initiative partagée.

Jules Pecnard