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Ce qu'a dit Macron sur l'immigration et la laïcité, thèmes absents des remontées du grand débat

Le chef de l'État a réitéré son attachement à l'entretien de frontières européennes communes et dénoncé "l'islam politique" qui fait sécession dans certaines banlieues françaises.

C'était le grand absent du grand débat national. Au point que certains ont pu croire qu'il n'était plus au cœur des préoccupations des Français. Jeudi soir, pourtant, Emmanuel Macron a choisi d'aborder le thème de l'immigration et de la laïcité durant sa conférence de presse à l'Élysée.

Ajoutant ces deux questions au nombre des "peurs" et "inquiétudes" de la population, le chef de l'État a exalté un patriotisme "ouvert", "inclusif". 

Puis d'expliquer qu'une Nation se tenait aussi "par ses limites et ses frontières". Quant à la laïcité, dont il a assuré en janvier qu'elle ne serait pas réformée "contre l'islam", le président a évoqué sa mise en danger par un "islam politique, qui veut faire sécession avec notre République". La tonalité n'était pas la même qu'en février, lorsque durant un débat avec des élus dans l'Essonne, l'intéressé disait ne pas "du tout" croire "aux gens qui (érigent) des murs".

Schengen "ne marche plus"

"Pour être ouvert, il faut avoir des limites. Pour accueillir, il faut avoir une maison. Donc il faut des frontières, il faut qu'elles soient respectées, il faut des règles", a-t-il affirmé, avant de constater qu'aujourd'hui, "les choses ne tiennent pas comme elles devraient". 

Déclarant que l'espace Schengen et le système des accords de Dublin qui l'accompagne ne "marchent plus", Emmanuel Macron a dit faire du "combat en matière de migrations" le deuxième après celui sur le climat. Se plaçant, conformément à sa matrice idéologique, à l'échelle européenne, le locataire de l'Élysée a réitéré son appel à une politique européenne commune de "coopération" avec l'Afrique.

"Une Europe forte (...) c'est aussi une Europe qui tient ses frontières, qui les protège", estime-t-il. 

Débat annuel au Parlement

Toujours dans le domaine de l'immigration, Emmanuel Macron a tancé, sans les citer nommément, les États membres de l'espace Schengen qui "disent, 'j'en suis quand c'est pour la liberté de circulation, mais je ne veux pas en être quand il s'agit de répartir la charge, pas de solidarité chez moi'". "Qu'est-ce que c'est que cette affaire?", s'est indigné le président de la République, taclant par ailleurs les pays qui sont "dans le laxisme". 

Au niveau national, le chef de l'État a concédé que certains détournaient le regroupement familial et le droit d'asile, en lequel il dit croire "profondément":

"C'est un devoir, c'est dans notre Constitution. Mais pour bien accueillir ceux qui y ont droit, nous devons lutter plus efficacement contre ceux qui en abusent, contre les filières de passeurs."

Pour répondre à ces défis, Emmanuel Macron a remis sur la table, jeudi soir, l'une des questions qu'il avait posées en janvier via sa "lettre aux Français": celle de la place du Parlement dans ce domaine. 

"Je souhaite que nous puissions instaurer, chaque année au Parlement, un débat sur la politique migratoire. Je pense que c'est une bonne discipline", a annoncé le président, sans toutefois préciser s'il s'agirait d'un débat sans vote, auquel cas ses conséquences demeureraient minimes. 

"Reconquête républicaine", bis

Défendant les "permanences" auxquelles les Français sont attachés, Emmanuel Macron a, de façon plus succincte, abordé le sujet de la laïcité. Comme il a de nombreuses fois eu l'occasion de le dire depuis un an, le chef de l'État y voit une "liberté de croire en Dieu ou de ne pas y croire, de pouvoir vivre ensemble dans la concorde et le respect". Et l'hôte des lieux de préciser son diagnostic:

"Aujourd'hui, nous ne devons pas nous masquer. Quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité. On parle du communautarisme qui s'est installé dans certains quartiers de la République, on parle d'une sécession qui s'est parfois sournoisement installée, (...) on parle de gens qui, au nom d'une religion, poursuivent un projet politique, celui d'un islam politique, qui veut faire sécession avec notre République."

Sans évoquer de pistes précises ou de calendrier, Emmanuel Macron a demandé à son gouvernement d'être "intraitable" à ce sujet et de renforcer sa politique de "reconquête républicaine". Il a également exigé un meilleur contrôle des financements étrangers du culte musulman, objectif déjà édicté il y a plus d'un an. Depuis, les choses tardent à se mettre en place.

Emmanuel Macron l'a pourtant assuré jeudi, ce communautarisme est "une menace sur la capacité à tenir la Nation ensemble".

Jules Pecnard