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Turbulences à l'UMP: "Sarkozy est le seul à incarner toutes les droites"

Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy, et François Fillon: qui sera le candidat de l'UMP en 2017?

Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy, et François Fillon: qui sera le candidat de l'UMP en 2017? - -

Le débat sur le mariage homo a cristallisé les divisions nées au sein de l'UMP après la guerre des chefs Copé-Fillon. L'absence de cap et de leadership font vaciller le parti.

Crispée par de nombreuses dissensions internes, l'UMP vacille sur son socle. Ultime clivage en date, la manifestation contre le mariage homo dimanche dernier. Malgré de nombreux avertissements lancés par des ténors du parti, Jean-François Copé a tenu à marcher dans le sillon des opposants à la loi, pourtant déjà promulguée, sans d'ailleurs donner un cap clair sur ce que ferait la droite de ce texte si elle est propulsée au pouvoir en 2017.

Une crise de leadership dont ont profité de nombreuses voix radicales à droite pour faire entendre leur message, de Christine Boutin sur le mariage homo à Guillaume Peltier sur les primaires pour les municipales à Paris. L'UMP est-elle en danger? Réponse avec le politologue Thomas Guénolé, spécialiste de la droite (*).

Qui incarne aujourd'hui le leadership à droite? Est-ce Nicolas Sarkozy?

Il y a quatre familles à l'UMP: la droite gaulliste, la droite libérale, la droite traditionnelle et la droite sécuritaire. Nicolas Sarkozy est le seul à les incarner toutes les quatre: durant son mandat, il a joué des gammes sur la partition de chaque famille. Il est donc le mieux placé pour 2017. Copé n'incarne que la famille sécuritaire, après être passé par la famille libérale, tandis que Fillon n'incarne que la droite gaulliste.

Sarkozy a une stratégie du retour qui s'appelle l'absence omniprésente, la même suivie par DSK avant l'épisode du Sofitel. Il est la figure dont le retour est attendu mais dont personne ne parle ouvertement. Sarkozy est le "Voldemort" de l'UMP (personnage d'Harry Potter, ndlr), celui dont on ne prononce pas le nom mais à qui tout le monde pense.

Raffarin craint "un virus mortel" à l'UMP: la radicalisation. Qu'en pensez-vous?

La radicalisation éloigne toujours le centre de gravité qui unit les électeurs, quelle que soit leur famille au sein de l'UMP. Ce phénomène existe pour chaque famille. Lorsque la droite libérale se radicalise, elle devient l'extrême droite poujadiste, contre l'impôt sur le revenu par exemple; lorsque c'est la droite gaulliste, elle devient l'extrême droite souverainiste; lorsque que c'est la droite sécuritaire, elle devient l'extrême droite xénophobe, et pour la famille des "tradis", elle devient l'extrême droite traditionaliste, contre l'avortement par exemple. Mettez l'un de ces ingrédients en excès, et vous obtenez un cocktail UMP imbuvable pour un certain nombre d'électeurs.

De nouvelles voix ont émergé avec le débat sur le mariage homo. Cela peut-il être un facteur d'éclatement?

C'est un risque. En ce moment, des éléments extérieurs font de l'entrisme à l'UMP, en étant porteur de messages radicaux. Comme il n'y a pas de cap clair, ces messages ont un écho médiatique. L'UMP est devenue l'auberge espagnole des radicaux. Les chefs de file traditionalistes ont parlé très fort durant ce débat, et l'UMP les a laissé parler. Or, selon un sondage IFOP pour Femme actuelle, paru en mars dernier, 1 électeur UMP sur 3 est pour la PMA et la GMA dans les couples de femmes!

Parmi ces nouvelles voix, il y a notamment Geoffroy Didier, chef de file de la Droite forte. Il était pourtant en 2006 le porte-parole de La Diagonale, un club de "sarkozystes de gauche", qui soutenait le mariage homo. Dans le bestiaire de l'UMP, Geoffroy Didier est manifestement un invertébré.

Pourquoi Copé accepte-il de remettre sa place de chef en jeu?

Il prend le risque d'être battu en cas de nouvelle élection, mais il était obligé d'accepter que les militants décident si ils veulent élire de nouveau un chef, puisque la fraude est avérée. Ce sera un vote d'absolution du péché de fraude, et cela permettra de mettre fin aux contestations de la légitimité de l'élection de Copé.

(*) A paraître le 6 juin: "Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible?", aux Editions First.


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Alexandra Gonzalez