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Le baromètre des éditorialistes - Affaire Benalla: "Macron reste très protégé"

Alors que le président de la République garde le silence depuis plusieurs jours sur l'affaire Benalla, la responsabilité de l'Elysée a été pointée du doigt lors des auditions de lundi à l'Assemblée. Pour les éditorialistes de BFMTV, l'Elysée est en première ligne, mais Emmanuel Macron est protégé.

Les auditions menées lundi par la commission des Lois de l'Assemblée nationale à propos de l'affaire Benalla ont ressemblé à une partie de ping-pong. De Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, au préfet de police Michel Delpuech, chacun se renvoie la balle et fait remonter la responsabilité à l'Elysée. Emmanuel Macron garde officiellement le silence depuis jeudi et a annulé des déplacements prévus en début de semaine. Comme l'a rapporté son entourage, il a reconnu des "dysfonctionnements" et promis une réorganisation au sein de la présidence. Cela suffira-t-il à éteindre l'incendie? Le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron doit être auditionné à son tour ce mardi.

Pour Jonathan Bouchet-Petersen, journaliste politique à Libération, et Christophe Barbier, éditorialiste à BFMTV, l'Elysée est en première ligne dans cette affaire, mais pas forcément le président de la République, qui reste pour le moment protégé.

> Christophe Barbier: "L'Elysée est une pétaudière"

"L’incendie s’est rapproché un peu plus de l’Elysée, mais pas forcément d’Emmanuel Macron. Il est quand même très protégé juridiquement par les règles de la constitution d’une commission d’enquête, et par ailleurs pour l’instant on n’est pas du tout dans ce qu’une partie de l’opposition dénonce, c’est-à-dire une conspiration, une affaire d’Etat.
On a un bonhomme, Alexandre Benalla, quelques-uns de ses copains, qui visiblement profitaient de leur poste pour outrepasser leurs fonctions. Ils ont abusé le président de la République, c’est très grave, ils ont profité d’un esprit de cour tout autour, où personne n’osait déjuger le président et dire du mal de son garde du corps préféré, mais pour l’instant ça ne va pas plus loin. En revanche l’Elysée comme machine a complètement dysfonctionné. On nous vendait l’Elysée d’Emmanuel Macron comme une espèce d’écurie de Formule 1, de start-up, avec des wonderboys… C’est une pétaudière, l’Elysée, et il faut y mettre bon ordre avant les vacances.
(Cette affaire) concerne Emmanuel Macron, parce que les attaques politiques des oppositions convergent vers lui. On veut lui faire mettre un genou à terre, on veut au mieux le convoquer devant les commissions d’enquête, au minimum on veut le mettre en difficulté, l’obliger à changer de style, et ça c’est peut-être acquis. Emmanuel Macron ne pourra pas se contenter de nous montrer qu’il est au travail, il devra nous donner les résultats de ce travail, du travail qu’il a commandé à Alexis Kohler, et dont il est lui la caution: le réaménagement complet de son équipe, un nouvel Elysée pour un nouveau président qui travaillera autrement".

> Jonathan Bouchet-Petersen: "On s'oriente vers Alexis Kohler et Patrick Strzoda"

"Il y a deux responsabilités. Tout d'abord, dans quel contexte Alexandre Benalla a pu se trouver dans un dispositif sur le terrain? On sent que cela concerne un peu plus la préfecture de police, avec un préfet de police de Paris qui dit globalement ‘je ne suis pas au courant, ça s’est joué en-dessous’. Ce qu’on entend du syndicat des commissaires de police, c’est que c’était courant, Alexandre Benalla était régulièrement invité, intégré. Ce n’était pas formel, mais le cadre d’observateur n’existe pas, donc c’est un enseignement de cette affaire: par copinage malsain, pour reprendre les mots du préfet de police, on peut aller sur un dispositif de police et sortir du cadre assez largement. Donc ça va à l’Elysée, maintenant à quel niveau? On sent bien le côté politique sur Emmanuel Macron. Mais là il y a plutôt une distinction entre Alexis Kohler, qui est l’homme fort de l’Elysée, le secrétaire général, et Patrick Strzoda, qui est le directeur de cabinet (d’Emmanuel Macron). Clairement on s’oriente vers Alexis Kohler, qui a été choisi par Emmanuel Macron, nommé par lui pour réorganiser l’Elysée à la suite des dysfonctionnements, et un Patrick Strzoda, qui est à la retraite en octobre, qui est celui qui a dit à Alexandre Benalla ‘oui vas-y, tu peux y aller’. C’est lui qui a sanctionné, après avoir prévenu le président de la République. C’est lui qui originellement avait fait la demande de port d’arme pour Alexandre Benalla, refusée par Beauvau lors du précédent quinquennat comme sous celui-ci. Il va être auditionné aujourd’hui, ça va être intéressant de voir quelle posture il a".

C.V.