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Hamon broyé par la tenaille Mélenchon-Macron

Benoît Hamon lors d'une conférence de presse à Paris le 7 novembre dernier.

Benoît Hamon lors d'une conférence de presse à Paris le 7 novembre dernier. - PHILIPPE LOPEZ - AFP

Coincé entre Jean-Luc Mélenchon sur sa gauche et Emmanuel Macron sur sa droite, Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste est distancé par l'un comme par l'autre dans les sondages. Une situation aussi inédite qu'alarmante pour lui et sa famille politique.

De plus en plus de personnalités du Parti socialiste, dont Manuel Valls ce mercredi, choisissent Emmanuel Macron dans le cadre de la présidentielle, et de l'autre côté la campagne de Jean-Luc Mélenchon est en pleine phase ascendante. Dans cette situation, c'est peu dire que la candidature de Benoît Hamon traverse une mauvaise passe.

Un siphonnage en règle

D'après le dernier sondage de l'institut Elabe pour BFMTV publié mercredi, les intentions de vote en faveur de Benoît Hamon en vue du premier tour plafonnent à 10%, tandis que celles au profit du leader de la "France insoumise" sont plus importantes de cinq points. Emmanuel Macron, de son côté, voit les suffrages autour de son nom estimés pour l'heure à 25,5%. Examinée dans le détail, cette enquête d'opinion permet de mieux comprendre le glissement de l'ancien ministre de l'Education nationale dans ces projections en montrant qu'un siphonnage en règle de l'électorat socialiste est à l'oeuvre.

Benoît Hamon est le candidat pour lequel ont opté 21% des électeurs de François Hollande au premier tour de l'élection de 2012. C'est à peine mieux que Jean-Luc Mélenchon, qui parvient à en fédérer 19%, et c'est bien moins qu'Emmanuel Macron qui s'attire les bonnes grâces de 46% des anciens électeurs "hollandais". 

Sur notre antenne, Sylvain Courage, rédacteur en chef à L'Obs, a commenté la position pénible dans laquelle se trouve Benoît Hamon aujourd'hui:

"On connaît la stratégie du casse-noix de Mélenchon qui se réalise absolument, c’est-à-dire qu’entre les deux mâchoires constituées par Mélenchon et Macron, le Parti socialiste est en train de se vider comme jamais. Pour l’instant, la stratégie de Benoît Hamon c’est sans doute de limiter les dégâts pour avoir le moins mauvais score possible au premier tour et ménager la survie d’un Parti socialiste sans doute réduit dans sa surface."

Hamon, victime de la tectonique des pôles

Cette "stratégie du casse-noix", Jean-Luc Mélenchon l'avait mise en mots et en images lors d'un meeting au Mans (Sarthe) au moment d'expliquer dans quel étau il souhaitait enfermer le candidat du Parti socialiste que la primaire n'allait pas tarder à désigner.

"Il faut que ça serre des deux bords: Macron et Mélenchon", s'était-il amusé sur scène en moulinant des bras avant de conclure sans appel: "Et au milieu, ça fait de l'huile". 

Dans une note publiée sur son blog ce mardi, Jean-Luc Mélenchon a théorisé les difficultés de Benoît Hamon et l'affaiblissement de la candidature de ce dernier sous les coups de boutoir de plusieurs bords politiques conjugués. Selon lui, il est étouffé entre les "trois pôles qui se disputent l’hégémonie idéologique sur notre société".

Ceux-ci seraient les suivants: la "règle brune", regroupant Marine Le Pen mais aussi Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau, au discours "tribal"; la "règle d'or", que Jean-Luc Mélenchon résume en "chacun pour soi, le marché pour tous", qui serait principalement représentée par Emmanuel Macron; et un troisième pôle, le "tous ensemble" qu'il espère "fédérer". Et Benoît Hamon serait actuellement piégé entre deux de ces pôles:

"Entre ces blocs, d’inégale importance, les candidatures qui essaient de se positionner entre deux de ces pôles entrent dans une tension ingérable", est-il ainsi écrit sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, visant François Fillon et Benoît Hamon. 

"On est à front renversé"

Les troupes de Benoît Hamon sont bien conscientes du danger. Outre Jean-Luc Mélenchon, il s'agit aussi de mettre fin à l'hémorragie en direction d'Emmanuel Macron. Dans cet objectif, certains, dans l'entourage du candidat, plaident pour un changement d'attitude. Ainsi, l'ancien candidat à la présidentielle écologiste, qui s'est depuis désisté en faveur du député élu dans les Yvelines, Yannick Jadot, a évoqué auprès de L'Opinion la nécessité d'appuyer le discours écologique pour que Benoît Hamon se pose également en candidat des progressistes et concurrence Emmanuel Macron sur ce terrain.

L'écologiste a identifié un autre problème, expliquant partiellement le retard de son chef de file par rapport à celui d' "En marche!": "Il incarne le renouvellement et Benoît Hamon apparaît comme l’héritier turbulent de François Hollande. On est à front renversé. Emmanuel Macron c’est la même politique que François Hollande, en pire !"

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Benoît Hamon

Robin Verner