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35 heures, statut des fonctionnaires... quand Macron hérisse l'aile gauche de la gauche

Lors d'un groupe de réflexion, Emmanuel Macron a jugé que le statut des fonctionnaires n'était "plus justifiable". Même s'il se défend de vouloir mener une réforme en ce sens, le ministre de l'Économie est un habitué des sorties libérales. Florilège.

Le ministre de l'Économie tient sa polémique du mois. En jugeant le statut de fonctionnaires "plus adéquat avec le monde tel qu'il va", "plus justifiable compte tenu des missions", Emmanuel Macron récidive en proposant une nouvelle sortie socialement décomplexée qui a de quoi se faire se dresser les farouches opposant au ministre jugé trop libéral, notamment par l'aile gauche de la gauche. Même s'il se défend de vouloir mener cette réforme.

Dénonciation de ce qu'il qualifie de "conservatisme de gauche", envolée lyrique à la grâce du "thatcherisme" ou recours au 49-3 pour faire passer son texte de loi à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie au CV de banquier détonne dans ce gouvernement de gauche. Au point d'être obligé de se revendiquer de gauche de temps en temps, comme lorsqu'il affirmait qu'"être de gauche, c'est faire des réformes en amont", devant un pare-terre de "réformateurs" du parti socialiste ou quand il conciliait gauche et réussite sur le plateau Des paroles et des actes

"Être de gauche n'empêche pas d'être de bon sens"

Avant de s'attaquer au sacro-saint statut de la fonction publique, l'épouvantail de l'aile gauche de la gauche s'en était pris aux 35 heures. Devant les patrons enamourés réunis lors de l'université du Medef, Emmanuel Macron avait détruit cette "fausse idée" selon laquelle "la France pourrait aller mieux en travaillant moins". Car comme il l'affirme haut et fort dans une interview à Ouest-France parue au début du mois de septembre, "être de gauche n'empêche pas d'être de bon sens, être efficace".

Chaque rentrée est synonyme pour Emmanuel Macron de propos explosifs. L'an dernier, tout juste nommé patron de Bercy, il livrait son diagnostic pour le pays: "La France est malade", assurait-il. Déclarations qu'il réitérait quelques mois plus tard au moment du vote sur la loi sur le travail. En septembre 2014, il avait ces mots maladroits au sujet des salariés de Gad qu'il a qualifié d'"illéttrées". Quelques semaines après, le tout nouveau ministre de l'Économie commet une nouvelle bourde en défendant son projet de libéralisation de l'activité d'autocar. "Avec la relance des autocars, les pauvres voyageront plus facilement", expliquait-il. 

Hollande, en pompier de service

À chaque déclarations polémiques s'enchaînent excuses, mea culpa, mise au point d'Emmanuel Macron. Mais surtout recadrage en règle par la tête de l'exécutif. Pour sa sortie sur les 35 heures, c'est Manuel Valls qui est monté au front. Il n'y aura pas de "remise en cause du temps légal de travail et des 35 heures", tranchait le Premier ministre ajoutant que les "petites phrases" font "mal à la vie publique".

Pour ces nouveaux propos explosifs sur la fonction publique, François Hollande a joué le pompier de service en tentant d'éteindre l'incendie politique avant qu'il ne se propage. Au cours d'une cérémonie à la préfecture de Corrèze vendredi, le président de la République a rappelé son attachement au statut de fonctionnaire. Une stratégie qui fait dire à certain que le jeune et très populaire ministre de l'Economie est envoyé au front pour tester les envies de réformes. 

"François Hollande rassure les Français, calme le jeu sur le rythme mais insiste sur les réformes, Manuel Valls rassure Bruxelles sur la volonté de son gouvernement de réformer la France, Jean-Christophe Cambadélis (avec Hollande) ménage l'électorat socialiste en réaffirmant ses positions traditionnelles pendant qu'Emmanuel Macron cristallise les critiques", soulignait Apolline de Malherbe sur BFMTV.

Justine Chevalier