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Macron et les 35 heures: histoire d'un désamour

Il voulait séduire les patrons, il a froissé le Premier ministre. En évoquant à demi-mot le temps de travail devant le Medef, Emmanuel Macron a fait une allusion à des positions qu'il a déjà soutenues, à plusieurs reprises, en faveur d'un assouplissement des 35 heures.

Cela fait longtemps qu’Emmanuel Macron a fait savoir qu’il n’était pas convaincu par les 35 heures, un principe cher à la gauche française. Ce jeudi, il l’a répété à demi-mot devant le Medef, provoquant au passage l’ire de l’aile gauche du Parti socialiste: la France n'ira pas "mieux en travaillant moins"... avant de devoir se rétracter auprès de l'AFP, affirmant qu'il ne parlait pas du tout des 35 heures.

"Je ne parlais pas des 35 heures mais du rapport au travail. Il en faut plus, pas moins", a-t-il décrypté.

Toujours est-il que ce ne serait pas la première fois qu'Emmanuel Macron fait part de ses doutes quand à ce mécanisme. Avant d’être ministre de l’Economie, Emmanuel Macron avait par exemple remis en cause les 35 heures dans une interview donnée au Point en août 2014.

"Nous pourrions autoriser les entreprises et les branches, dans le cadre d’accords majoritaires, à déroger aux règles de temps de travail et de rémunérations", avançait le successeur d'Arnaud Montebourg, "à la condition explicite qu’il y ait un accord majoritaire avec les salariés".

Les 35 heures d'accord, mais pas "sur un piédestal"

Puis il avait dû atténuer sa position au moment de sa nomination à Bercy en 2014.

"Je n'ai jamais parlé de la remise en cause des 35 heures", assénait-il au mois de septembre.

Mais il affirmait tout de même aussitôt que s'il y a "des branches où les 35 heures sont une bonne chose. Dans d'autres catégories, d'autres secteurs, elles ne semblent pas adaptées aujourd'hui".

En novembre de cette même année, le ministre louvoyait à nouveau entre deux positions.

"On peut défendre les 35 heures - et pour ma part je les défends - sans pour autant les mettre sur un piédestal", déclarait-il devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'impact de la réduction progressive du temps de travail.

Puis il avait ajouté une subtile nuance: "le cadre légal des 35 heures n'est pas suffisant, car les salariés, comme les entreprises, ont besoin de plus de souplesse. Qui serions-nous pour refuser à quelqu’un qui le souhaite, et qui a besoin de travailler plus que 35 heures par semaine, lui dire que c'est impossible?", interrogeait-il à l'époque avec des pincettes.

Des "petites phrases" qui dérangent

La nouvelle sortie du ministre, souvent critiqué à gauche pour ses positions trop libérales, lui a valu un recadrage très ferme dès ce vendredi. Le Premier ministre Manuel Valls s'est vu obligé d'affirmer à Châlons-en-Champagne qu'il n'y aurait pas de "remise en cause du temps légal de travail et des 35 heures", ajoutant que les "petites phrases" font "mal à la vie publique". Les intéressés se reconnaîtront.

Des accords pour aménager le temps de travail sont possibles depuis 2013, mais ce dispositif ne s'adresse qu'aux entreprises en difficulté, et est limité dans le temps, à deux ans maximum.

A. D.