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Gilets jaunes: Macron maintient le cap mais veut s'occuper "de la fin du monde et de la fin du mois" 

Ce mardi, après que des manifestations ont encore agité Paris et le pays ce week-end, motivées par un ras-le-bol fiscal et social, Emmanuel Macron s'est exprimé. Il a assuré entendre les mécontents mais, s'il a annoncé de nouvelles mesures, il a surtout réaffirmé ses positions.

C'est peu dire que sa parole était attendue. Ce mardi, Emmanuel Macron s'est exprimé publiquement à l'occasion des premiers pas du Haut Conseil pour le climat, en présence du Conseil national de la transition écologique. Alors que les gilets jaunes ont manifesté et frappé les esprits dans le pays ce week-end, il a commencé par marteler qu'il n'entendait changer ni "d'avis, ni de cap", cap qu'il a décrit comme "juste et nécessaire".

Macron ne confond pas manifestants et casseurs 

"Ce qu’on dit durant une campagne, quelque soit la campagne, engage. On ne peut pas être le lundi pour l’environnement et le mardi être contre la hausse de la taxe sur le carburant", a-t-il argué. Le président de la République a saisi l'occasion de dénoncer la contradiction qu'il prête à une opposition, désormais unie dans son opposition à l'orientation fiscale de sa politique énergétique: "Cette taxe a été votée en 2009, 2014, 2015, engageant de nombreuses personnalités de différents bords." Il a filé ses attaques contre ses détracteurs dans le monde politique, les accusant de diffuser des "rumeurs et des fausses informations". "Que des responsables politiques s’en fassent l’écho, ce n’est pas digne", a-t-il posé. 

Emmanuel Macron a ensuite évoqué plus directement le mouvement des gilets jaunes. Il a d'abord reconnu en ce dernier une "contestation de grande ampleur", ponctuée de "manifestations importantes". Il a affirmé qu'il dissociait les quelques débordements observés samedi sur les Champs-Elysées du mouvement lui-même: "Je ne confonds pas les actes inacceptables avec les manifestations sur lesquelles ils se sont greffés. Je ne confonds pas les casseurs avec les citoyens qui ont voulu passer un message". 

Vers une "grande concertation de terrain" 

Plus tard, le chef de l'Etat a appuyé: "J’ai vu les difficultés de ceux qui roulent et ont du mal à boucler leur fin de mois." Il a cherché à rendre compte du quotidien des Français modestes à travers un dialogue fictif:

"On leur a dit : ‘Vous n’avez pas les moyens d’aller vivre dans une grande ville ? C’est pas grave, allez dans une ville périphérique ! Vous avez besoin de vous déplacer ? Achetez une voiture ! Vous n’avez pas les moyens d’une voiture essence ? C’est pas grave, achetez une voiture diesel’"

Il a déclaré que politique sociale et politique environnementale allaient de pair: "Nous devons entendre l’alarme sociale mais il y a aussi une alarme environnementale qu’il ne faut pas oublier". Il a doublé son propos en soutenant qu'il fallait s'occuper de front de "la fin du monde et de la fin du mois". S'il a détaillé plusieurs mesures d'accompagnement, de 7 à 8 milliards d'euros dévolus au soutien aux énergies renouvelables à une adaptation de la fiscalité à la fluctuation des prix, il a surtout promis une "grande concentration de terrain", mobilisant les territoires mais aussi les gilets jaunes. 

Il assure qu'il ne se "dérobera pas" 

Enfin, Emmanuel Macron a constaté que la crise dépassait, et de loin, la seule question du carburant et même le secteur de l'énergie. Evoquant le consentement à l'impôt, il a glissé: "Je ne me déroberai pas à ces sentiments et même ce ressentiment". Il a juré qu'ils n'auraient aucune "faiblesse" face à "ceux qui manipulent, instrumentalisent et recherchent la violence". Toutefois, il a admis: 

"Il y a dans ce qui s’exprime et le soutien ce mouvement quelque chose qui vient de plus loin et sans doute de plusieurs décennies. Je renonce à chercher toute forme d’excuses. Je crois comprendre profondément cette colère sourde des citoyens face à des pouvoirs loin d’eux, face à des vies qui semblent empêchées, bloquées par des taxes, des normes, une perte de sens. Mon devoir est d’y apporter une réponse. (...) On ne fera pas les changements malgré ou sans la France à laquelle on a déjà beaucoup demandé."
Robin Verner