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Comment Macron est devenu l’interlocuteur européen privilégié de Trump

Emmanuel Macron et Donald Trump le 14 juillet 2017

Emmanuel Macron et Donald Trump le 14 juillet 2017 - ALAIN JOCARD / AFP

Emmanuel Macron est arrivé à Washington ce lundi pour une visite d'État de trois jours. Le président espère profiter de ses liens étroits avec Donald Trump pour le faire plier sur les dossiers chauds.

Washington déroule le tapis rouge. À l’occasion de la première visite d’État d’un dirigeant étranger depuis l’élection de Donald Trump, Emmanuel Macron est arrivé ce lundi soir dans la capitale américaine pour un déplacement de trois jours qui débutera par un dîner symbolique à Mount Vernon, la prestigieuse résidence de George Washington. Un accueil en grandes pompes censé consolider la relation entre les deux chefs d’État qui ont affiché leur complicité à plusieurs reprises.

Les débuts ont pourtant été mitigés entre les deux hommes. Leur première rencontre en public à Bruxelles le 25 mai 2017 a notamment été marquée par une poignée de main féroce, amplement commentée par les médias. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron taclait la décision de son homologue de quitter l’accord de Paris sur le climat. Dès lors, rien ne prédestinait les deux présidents, que tout opposaient, à se rapprocher.

Un contexte européen favorable à Emmanuel Macron

Du moins jusqu’au 14 juillet 2017 lorsque Donald Trump a été reçu avec les honneurs à Paris à l’occasion de la fête nationale qui scellera leur rapprochement. Le locataire de la Maison Blanche a été ébloui et l’a fait savoir. Pour la presse américaine, c’est le début d’une "bromance inattendue" entre les deux dirigeants qui semblent partager pour seuls points communs leur anticonformisme et leur statut d’outsider lors des élections présidentielles dans leurs pays respectifs.

Depuis, Emmanuel Macron s’est imposé comme l’interlocuteur européen privilégié de Donald Trump. Il faut dire que le président français a su profiter d’un contexte favorable en Europe alors qu’Angela Merkel, après une négociation de six mois pour former son gouvernement, est affaiblie politiquement, tandis que Theresa May est occupée avec le Brexit.

Récemment, Emmanuel Macron a lui-même évoqué sa "relation personnelle très forte" avec le dirigeant américain sur Fox News. Les deux hommes se parlent régulièrement et se sont téléphonés sept fois en une semaine pour aborder la crise en Syrie.

Une entente de façade?

Mais cette amitié improbable est loin d’être désintéressée. Les médias américains soupçonnent une entente de façade et une amitié opportuniste. "Ce n’est pas une 'bromance' mais simplement l’intérêt commun des deux côtés", expliquait l’ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud. Et d’ajouter: "Pour le président de la France, quelle que soit son orientation politique, avoir une bonne relation avec le président des États-Unis qui, après tout, est l’homme le plus puissant du monde, c’est important".

L’étroite relation entre Donald Trump et Emmanuel Macron permet d’abord au président américain, cible de nombreuses critiques à travers le monde, de montrer qu’il n’est pas isolé. Pour le président français, c’est un bon moyen pour faire plier son homologue sur les dossiers sensibles, tels que l’accord sur le nucléaire iranien qu’il veut préserver ou les relations commerciales avec l’Europe.

"Du côté français, ce n’est pas tellement ‘Est-ce que cette amitié est sincère?’ mais ‘Est-ce que cette amitié est efficace?’. C’est-à-dire ‘Est-ce que Emmanuel Macron va obtenir des avancées sur les dossiers clés?’", analyse François Durpaire, consultant États-Unis sur notre antenne, précisant que "rien n’est gagné. […] Ca semble très compliqué d’obtenir quelque chose de Donald Trump. Parce qu’il a fait campagne et jusqu’à maintenant, il n’a pas trahi ses promesses".

Paul Louis