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Blagues de Hollande: de la frontière entre humour et dérapage

François Hollande ne résiste pas à un trait d'esprit ni à une remarque amusée. Mais son humour lui joue aussi des tours.

François Hollande ne résiste pas à un trait d'esprit ni à une remarque amusée. Mais son humour lui joue aussi des tours. - -

François Hollande est connu pour son humour… ravageur. Mais de nombreuses voix s'élèvent contre les dégâts que provoquent les régulières saillies présidentielles, comme celle sur l'Algérie, qui a fait polémique ce week-end.

Pour les uns, ce sont de simples traits d'humour; pour d'autres, des maladresses, voire des bourdes. François Hollande doit-il refréner son inclination à la plaisanterie? La dernière saillie sur l'Algérie et les "regrets" présidentiels qui ont suivi vont dans ce sens.

La dernière d'une longue série

Evoquant le 16 décembre le retour de Manuel Valls d'Algérie, le président avait déclaré devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), sur le ton de la plaisanterie, que le ministre de l'Intérieur était rentré d'Algérie "sain et sauf". "C'est déjà beaucoup", avait ajouté François Hollande. Devant le tollé provoqué en Algérie, l'Elysée avait dû fait part de "ses sincères regrets pour l'interprétation (...) faite de ses propos". L'opposition française avait, pour sa part, jugé cet épisode "consternant".

Or, cette plaisanterie présidentielle n'est pas la première à créer la polémique. En février dernier, François Hollande recevait le président du Nigeria, le jour même de la démission de Benoît XVI. "Nous devons laisser à l'Eglise catholique déterminer comment elle entend organiser cette succession. Nous ne présentons pas de candidat", avait-il alors déclaré. Certains catholiques y ont vu un manque de respect.

Le même mois, au Salon de l'agriculture cette fois, le président répond à un enfant qui s'étonne de n'avoir jamais vu Nicolas Sarkozy en vrai, en lui répondant: "Tu ne le verras plus". Un trait d'humour perçu comme un trait de mépris par une partie de la droite.

Humour de Hollande: du bon et du moins bon

D'autres sorties, moins polémiques, ont émaillé cette année. Le 3 avril à Casablanca, faisant écho au mauvais temps qui touchait le Maroc, Hollande rappelle que la pluie avait rythmé le début de son quinquennat: "Gouverner c'est pleuvoir. De ce point de vue là, nous réussissons au-delà de toutes nos espérances". Le président paraphrase alors le célèbre "Gouverner, c'est prévoir" d'Emile de Girardin, journaliste et homme politique français du 19e siècle.

Le 29 mai 2013 à Rodez, lors d'un discours sur la politique économique de la France et la progression du chômage, François Hollande évoque à nouveau la pluie sur un ton que certains qualifient de volontariste, d'autres de désinvolte: "A un moment, quand il y a beaucoup de mauvaises nouvelles, qu'il pleut tout le temps, au moins depuis un an... Vous allez voir, ça va se lever".

Même dans des circonstances qui inciteraient à la retenue, le président ne se départ pas de son humour. Après la démission de Jérôme Cahuzac, François Hollande blague à propos du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qui n'est plus "strictement paritaire", soulignant le fait qu'on y compte désormais "plus de femmes que d'hommes".

Un trait de caractère

Le goût de François Hollande pour la galéjade ne date pas d'hier. Premier secrétaire du Parti socialiste en 2002, au second tour de l'élection présidentielle, il déclare, à propos de Jacques Chirac: "Il y en a un pour lequel ça va faire du mal, mais beaucoup de mal, un mal dont vous n’avez même pas idée, de mettre le bulletin pour lequel je n’avais jamais imaginé, le mettre ou nous le mettre [rires], c’est celui-là".

Du temps où il était Premier ministre, Lionel Jospin avait voulu prévenir François Hollande: "Ton humour te perdra". Plus récemment, lors de la primaire socialiste, l'actuel ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui soutenait Dominique Strauss-Kahn, l'avait surnommé "Monsieur Petites-blagues".

Nommé en 2007, en 2008 et en 2011 au prix de l'humour politique décerné par le Club éponyme, François Hollande ne l'a jamais reçu. L'UMP Gérard Longuet, farouche opposant à sa politique, est en revanche le lauréat 2013 avec cette phrase: "Hollande est le mariage pour tous… sauf pour lui!" A blagueur, blagueur et demi.

David Namias et Alexis Cuvillier