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Présidentielle

"Emmerder " les non-vaccinés, "ressortir le Kärcher": pourquoi les politiques veulent "parler cash"

Valérie Pécresse et Emmanuel Macron lors de l'inauguration de la maison d'Emile Zola le 26 octobre 2021

Valérie Pécresse et Emmanuel Macron lors de l'inauguration de la maison d'Emile Zola le 26 octobre 2021 - Ludovic MARIN / POOL / AFP

A 94 jours du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats multiplient les sorties pour marquer les esprits. Une façon de se faire entendre en pleine pandémie. Au risque de multiplier les outrances.

Des sorties qui se veulent cash. Après les propos d'Emmanuel Macron dans une interview au Parisien dans laquelle il déclare avoir "très envie" d'"emmerder" les non-vaccinés, Valérie Pécresse souhaite "ressortir le Kärcher de la cave" pour "nettoyer les quartiers", comme avait souhaité le faire Nicolas Sarkozy en 2005. Pandémie, réseaux sociaux, volonté de casser une image élitiste... Les raisons pour expliquer ce franc-parler sont nombreuses.

Premier motif invoqué par les communicants: la crise sanitaire, qui rend plus compliqué pour les candidats ou les futurs candidats de se faire entendre des Français.

La tentation du happening

"Face à la multiplicité des informations très anxiogènes, les politiques ressentent le besoin de devoir se faire remarquer plus fortement pour marquer les esprits et passer le mur du son du Covid-19. Les réseaux sociaux poussent aussi à aller vite à et utiliser des mots qui frappent les esprits", remarque Émilie Zapalski, spécialiste de la communication, auprès de BFMTV.com.

Gaspard Gantzer, l'ancien communicant de François Hollande à l'Élysée, note également une évolution notable du langage utilisé depuis la campagne présidentielle de 2017.

"L'époque a changé, c'est inconstestable. On sent monter la tentation du happening, de la petite phrase permanente alors qu'il y a encore quelques années, les candidats aimaient se distinguer par un trait d'esprit ou un certain humour. On est désormais entré dans l'ère de la vulgarité, une certaine trumpisation des esprits", regrette l'enseignant à HEC et Sciences-Po Paris.

Et de citer l'exemple des "vaffenculo days" lancés par le populiste Beppe Grillo, le chef du Mouvement 5 étoiles en Italie, qui appelait à bouter hors du Parlement les élus corrompus en 2018.

Des propos intentionnels

Ces expressions cherchent également à casser l'image élitiste de Valérie Pécresse et d'Emmanuel Macron. Quand l'une est accusée par Gérald Darmanin d'être une "bonne candidate pour Versailles mais pas pour Tourcoing", l'autre souffre de son image de "président des riches".

"Ces propos sont tenus de manière bien intentionnelle. Ils permettent de se mettre en scène comme quelqu'un qui fait preuve de franchise, qui parle d'une certaine façon comme tous les Français", décrypte Marie-Virginie Klein, directrice générale associée du cabinet de conseil en communication Tilder.

L'explication ne convainc pas Gaspard Gantzer. "Parler vrai, c'est parler simplement et sincèrement. Parler vrai, ce n'est pas parler vulgaire. La vulgarité n'a jamais sa place en politique", juge cet ancien proche de François Hollande.

Ces petites phrases peuvent également avoir un goût d'opportunisme alors que le chef de l'État n'a cessé au début de son mandat de mettre en scène son goût pour la "pensée complexe", tout en multipliant les entretiens dans des revues très prestigieuses comme La Nouvelle revue française, une revue de critique littéraire.

Donner le ton pour la campagne présidentielle

Le président de la République avait fait son mea culpa le 15 décembre dernier, regrettant certains propos "cash" qu'il avait pu tenir.

"Je pense que dans certains de mes propos, j'ai blessé des gens et je pense qu'on peut bouger les choses sans blesser des gens et c'est ça que je ne referai plus parce que, au moment où je l'ai fait, je n'ai pas mesuré que je blessais", a ainsi avancé le président pendant un entretien-fleuve sur TF1.

"D'une certaine façon, ce parler vulgaire donne le ton pour la campagne présidentielle à venir. Face à l'impuissance des actes, face aux difficultés à changer le réel, on va utiliser le pouvoir des mots. Dans une campagne express comme celle qui s'annonce, ce genre de propos vont se multiplier", conclut Émilie Zapalski.

Marie-Pierre Bourgeois