BFMTV

Colonisation française: Emmanuel Macron se défend de toute "repentance"

Emmanuel Macron a explicité, dans une vidéo de près de quatre minutes postée sur Facebook sa position, selon lui "équilibrée", sur la colonisation française en Algérie.

"L'équivalent d'une vie d'homme s'est écoulé depuis la fin de la guerre d'Algérie. Ma génération ne l'a pas connue. Sommes-nous condamnés, à jamais, à vivre dans l'ombre de ce traumatisme pour nos deux pays? Il est temps de clôturer ce deuil. Il faut pour cela avoir le courage de dire les choses", a déclaré Emmanuel Macron dans une vidéo publiée jeudi après-midi sur sa page Facebook. Le but, pour le candidat de En Marche!, est de mettre au clair, sa position concernant le passé colonial de la France. En marge de son récent déplacement en Algérie, il avait qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité", lors d'une interview donnée à la chaîne Echourouk News, le mercredi 15 février.

L'utilisation de cette expression au sens juridique précis, dont l'entourage du candidat a dit vouloir en l'occurrence s'affranchir, avait suscité un tollé à droite et à l'extrême droite. François Fillon a évoqué une "détestation de notre histoire", une "repentance permanente". Une critique cohérente avec l'idée que le candidat de la droite et du centre se fait de la colonisation, soit comme il l'avait dit le 28 août à Sablé-sur-Sarthe, un moyen pour la France "de partager sa culture".

"Sans repentance", mais "sans refoulé" non plus

Repentance: le mot était lâché. Dans sa vidéo de presque quatre minutes, Emmanuel Macron se défend de faire acte de "repentance". "Mais sans refoulé, non plus", ajoute-t-il immédiatement, rappelant "la barbarie" et les "actes de torture".

"Je ne céderai rien à tous les responsables politiques qui aujourd'hui cherchent à instrumentaliser notre Histoire, à instrumentaliser mes propos à des fins clientélistes et électoralistes."

Sur le fond, le candidat de En Marche! juge que "la France et l'Algérie doivent cesser de se renvoyer leur passé à la figure, directement ou implicitement". "J'ai pu mesurer cette semaine, en me rendant sur place, que la France est aussi bien autre chose pour l'Algérie que l' ancien colonisateur. Je crois que nous pouvons construire une relation nouvelle qui n'enlève rien à la mémoire de chacun, qui reconnaît la mémoire et les blessures de chacun. Qui reconnaît les douleurs de tous, mais, en les réconciliant, les dépasse pour aller vers l'avant."

Préalablement, Emmanuel Macron avait pris soin de dire aux anciens combattants que "[ses] propos n'étaient pas destinés contre [eux]". Il avait aussi évoqué la "trahison" de l'Etat français tant envers les pieds-noirs que les harkis et reconnu "la responsabilité de l'Etat français".

Ne pas comparer la Shoah, le génocide arménien ou la guerre d'Algérie

A nos confrères de RTL, Emmanuel Macron a redit qu'il avait "tenu des propos équilibrés sur la colonisation". 

"J'avais tenu à peu près les mêmes propos il y a quelques mois (en novembre, NDLR), et j'avais eu droit à la polémique inverse, semble s'étonner le candidat. On m'avait dit qu'en quelque sorte, implicitement, je reconnaissais les bienfaits de la colonisation", s'est-il étonné.

Quant à l'utilisation du vocable "crime contre l'humanité", le candidat précise qu'il n'avait nulle "idée, en prononçant ce terme, de comparer à la Shoah ou au génocide arménien ce qui s'est passé dans la guerre d'Algérie". Il s'agissait, selon lui, sans faire de "nominalisme et revenir à la définition juridique", de "souligner la gravité des crimes contre l'humain qui ont été commis au moment de la guerre d'Algérie".

David Namias