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Ces 4 passages du discours de Le Pen plagiés sur Fillon

Dans son discours de Villepinte, la présidente du Front national reprend mot pour mot le discours identitaire de François Fillon du 15 avril.

Mot pour mot: lors de son meeting de lundi à Villepinte, où Nicolas Sarkozy avait lui aussi organisé un meeting en 2012, Marine Le Pen a poussé le mimétisme avec Les Républicains jusqu'à plagier purement et simplement le discours de François Fillon prononcé le 15 avril au Puy-en-Velay. Quatre passages du texte du candidat Les Républicains, consacrés - un comble - à l'identité sont particulièrement concernés. Ces deux discours ont en fait le même inspirateur: Paul-Marie Coûteaux, défenseur de "l'union des droites", fournisseur de notes pour Marine Le Pen et soutien de François Fillon jusqu'au soir du premier tour. 

Sur les frontières

L'original: 

"Trois façades maritimes : la Manche et la Mer du Nord ouvertes sur le monde anglo-saxon et l’immensité septentrionale ; la façade atlantique, qui nous ouvre depuis des siècles le grand large et nous livre ses aventures ; la façade méditerranéenne, foyer de civilisations parmi les plus vieilles et les plus riches de l’Histoire. C’est déjà beaucoup, c’est déjà exceptionnel !
Mais c’est aussi trois frontières terrestres : les Pyrénées d’abord, qui engagent la France dans cet immense ensemble qu’est le monde hispanique et latin. Il y a la frontière des Alpes, vers l’Italie notre sœur, et au-delà l’Europe centrale, balkanique et orientale. Et puis il y a la frontière du Rhin, la plus ouverte, la plus dangereuse, la plus prometteuse aussi – ce monde germanique avec lequel nous eûmes tant de conflits et avec lequel nous avons encore à construire tant de coopérations."

La copie: 

  • Avec ses trois façades maritimes, la Manche et la mer du Nord qui nous relie au monde anglo-saxon, et l’immensité septentrionale. La façade atlantique, qui nous projette vers le grand large, et nous parle d’aventure. La façade méditerranéenne, foyer des civilisations humaines parmi les plus vieilles et les plus riches de l’histoire.
    Mais aussi ses trois frontières terrestres. Les Pyrénées d’abord, qui engagent la France vers cet immense ensemble qu’est le monde hispanique et latin. Nos Alpes, qui nous ouvrent vers l’Italie, notre sœur. Et au-delà l’Europe centrale, balkanique et orientale. Et puis, il y a la frontière du Rhin, la plus ouverte, le plus prometteuse aussi. Ce monde germanique avec lequel nous avons à construire tant de coopérations, pour peu que nous retrouvions le statut d’allié, et non d’inféodé, d’asservi ou de soumis.

Sur la langue française 

L'original:

"Si l’on apprend notre langue, quelquefois à grand prix, en Argentine ou en Pologne, s’il existe des listes d’attente pour s’inscrire à l’Alliance française de Shanghaï, de Tokyo, de Mexico, ou bien au lycée français de Rabat ou de Rome, si Paris est la première destination touristique mondiale, c’est que la France est autre chose et bien plus que la puissance industrielle, agricole ou militaire qu’elle peut et doit redevenir."

La copie:

"Si l’on apprend notre langue, quelquefois à grand prix, en Argentine ou en Pologne, s’il existe des listes d’attente pour s’inscrire à l’Alliance française de Shanghaï, de Tokyo, de Mexico, ou bien au lycée français de Rabat ou de Rome, si Paris est la première destination touristique mondiale, c’est que la France est autre chose et bien plus que la puissance industrielle, agricole ou militaire qu’elle peut et doit redevenir."

La France dans le monde

L'original:

"La France, je l’ai dit, c’est une histoire, c’est une géographie, mais c’est aussi un ensemble de valeurs et de principes transmis de génération en génération comme des mots de passe. (…) C’est finalement une voix singulière adressée à tous les peuples de l’univers."
Puis, plus loin: "Singulière, pourquoi ? Simplement parce que le mot France réveille aux oreilles de multiples hommes, à travers les continents, une petite musique particulière. En Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Europe centrale, autour de la Méditerranée, il évoque bien autre chose qu’un pays situé au bout du cap européen."

La copie:

"La France, c’est aussi un ensemble de valeurs et de principes transmis de générations en générations, comme des mots de passe. (…) Et puis c’est une voix, une voix extraordinaire, singulière, qui parle à tous les peuples de l’univers."
"Singulière, pourquoi ? Simplement parce que le mot France réveille aux oreilles de multiples hommes, à travers les continents, une petite musique particulière. En Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Europe centrale, autour de la Méditerranée, il évoque bien autre chose qu’un pays situé au bout du cap européen."

"L'univers tourmenté" et la "troisième voie" française

Si le discours de Marine Le Pen a été légèrement adapté, ces deux passages sur l'état actuel du monde, menacé à la fois par "le totalitarisme islamique" et le "mondialisme", sont encore quasiment identiques.

L'original:

"Si nous regardons cet univers tourmenté, il apparaît très clairement qu’il se divise dangereusement entre deux conceptions de l’homme et de la vie : d’un côté ceux pour qui tout se règle à la fin des fins selon des critères matériels, estimait l’ancien premier ministre. En face de lui, s’est dressée une religion aveugle et aveuglante qui est, comme je l’ai écrit, un totalitarisme pur."

La copie:

"Si on regarde cet univers tourmenté, et c’est la clé pour comprendre le monde, nous voyons que deux idéologies totalitaires cherchent à se mettre en place autour de nous, avance-t-elle. D’un côté le mondialisme, qui conçoit le monde comme un grand marché où l’homme n’est plus qu’un consommateur ou un producteur. (…) De l’autre, l’idéologie islamiste, qui cherche à asservir le monde par la terreur et par une vision religieuse nihiliste et obscurantiste."

Et les deux candidats - François Fillon ne s'étant toutefois pas qualifié au second tour - de remettre au goût du jour un classique du gaullisme, défendant l'idée d'une "troisième voie" (à l'époque entre collectivisme et capitalisme).

L'original:

"Eh bien il y a heureusement entre les deux, une troisième voie est proposée à ce siècle : la voie française, soucieuse de l’humanité, de l’homme, du libre arbitre, de la raison, la voie de la culture, du doute, de la discussion, du compromis, du dialogue, la voie de l’équilibre, de la liberté des individus et des peuples. Je crois sincèrement que cette voie-là, la voie française, reste un espoir pour le monde du XXIe siècle", lançait François Fillon au Puy-en-Velay.

La copie:

"Entre le tout économique et le tout religieux, nous ouvrons et nous traçons une voie alternative, assure-t-elle. Une voie qui procède de notre héritage culturel. Une voie qui est seule conforme à nos valeurs de civilisation, c’est-à-dire soucieuse de l’humanité de l’homme, et qui nous recommande de faire confiance à la raison et au libre arbitre. Cette voie c’est celle de la culture. C’est aussi celle du doute, de la discussion, du compromis, c’est la voie de l’équilibre, de la liberté des individus et des peuples. (…) Je crois sincèrement que cette réponse, et cette réponse-là seulement, est profondément française."

Pris en flagrant délit de braconnage électoral, la direction du Front national revendique un "clin d’œil assumé à un bref passage touchant d’un discours sur la France", venant "d’une candidate de rassemblement qui montre qu’elle n’est pas sectaire". Cette proximité, revendiqué ou non, illustre la stratégie d'élargissement du Front national vers le reste de la droite "dure", déjà mise en œuvre dans l'alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. François Fillon a cependant appelé, dès sa défaite au soir du premier tour, à voter en faveur d'Emmanuel Macron contre Marine Le Pen le 7 mai. 

Louis Nadau