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Mohamed Abrini, de petit délinquant à jihadiste

Mohamed Abrini a été arrêté vendredi à Anderlecht, une commune bruxelloise, en Belgique. Il avait été filmé avec Salah Abdeslam deux jours avant les attentats du 13 novembre, et est suspecté d'avoir rempli un rôle logistique.

D'après les dires de Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, son ami d'enfance, n'a eu aucun rôle dans les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis. Depuis l'arrestation de ce dernier, Abrini restait l'homme le plus recherché d'Europe, et se cachait. Vendredi, sa cavale a pris fin à Anderlecht, une commune bruxelloise. "A partir du moment où un terroriste est arrêté, ça fait un terroriste de moins en liberté mais ça fait surtout une source de renseignements en plus", salue le journaliste Nicolas Hénin sur BFMTV.

Agé de 30 ans, Mohamed Abrini a grandi à Molenbeek. C'est d'ailleurs dans cette commune bruxelloise qu'il a connu Salah Abdeslam, qu'il côtoie depuis son enfance. "De corpulence athlétique", avec "une voix douce", comme le décrit sa fiche de renseignement de la Direction générale de la sécurité intérieure (Dgsi), Abrini était jusqu'alors connu pour des faits de délinquance et condamné à multiples reprises pour des affaires de droit commun.

Plusieurs séjours en prison

Son premier vol, il le commet alors qu'il n'est âgé que de 17 ans. A cette époque, Mohamed Abrini suit une formation pour devenir soudeur qu'il abandonnera rapidement. Au total, il récidivera à 21 reprises pour des délits de droit commun, principalement des vols avec violence et de la détention de stupéfiant. Il fera même appel de sa dernière condamnation, en avril 2015, et comparaîtra devant les juges une nouvelle fois. 

"Même les juges qui l'écoutent témoignent dans la presse qu'ils n'avaient rien vu, ils ne s'étaient pas rendu compte qu'ils avaient affaire à quelqu'un de potentiellement radicalisé", témoigne Nicolas Hénin.

Le spécialiste jihadisme de BFMTV explique que "ce parcours de délinquance accompagne ce parcours de radicalisation". Pour le journaliste Mohamed Sifaoui, "l'islamisme permet à ces hommes à continuer à être délinquants tout en devant plus respectables". Car le moment où Abrini a basculé reste flou. Ainsi, il est soupçonné par le parquet fédéral belge de s'être rendu en Syrie en juin 2015, après avoir été aperçu dans un vol en direction de la Turquie. Un élément que nie sa famille. Mais s'il avait bel et bien effectué ce voyage, il serait resté en Syrie pendant un laps de temps assez restreint.

Une nouvelle fratrie jihadiste?

Ce qui est sûr pour Nicolas Hénin, c'est que Mohamed Abrini, les frères Abdeslam, Abdelhamid Abaaoud ont tous été endoctrinés par un seul homme, un seul recruteur: Khalid Zerkani, arrêté en 2004. C'est aussi peut-être lui qui avait radicalisé le petit frère de Mohamed Abrini, Souleymane, qui lui s'était rendu en Syrie, où il a été tué en 2014, alors qu'il combattait dans les rangs de Daesh, à l'âge de 20 ans. 

A-t-on alors affaire à une nouvelle fratrie jihadiste? Pour le moment, le rôle de Mohamed Abrini dans les attentats du 13 novembre reste flou. "Il n'était pas désigné ou ne s'est pas désigné comme kamikaze", précise Jacques Poinas, ex-chef de l'unité de coordination de lutte antiterroriste. Ce qui est certain c'est que sa présence aux côté d'Abdeslam laisse penser qu'il est un élément important. 

Amis d'enfance, les deux hommes sont filmés, le 11 novembre 2015, soit deux jours avant les attentats de Paris et Saint-Denis, dans une station-service de l'Oise, à bord de la Clio noire dont se servira Abdeslam pour emmener les kamikazes du Stade de France. A-t-il eu un rôle logistique dans les attentats de Paris? Dans ceux de Bruxelles le 22 mars? Est-il l'homme au chapeau des attentats de Bruxelles? Les hypothèses sont encore nombreuses. Sa famille, elle, assure que le soir du 13 novembre, Mohamed Abrini était à Bruxelles.

Justine Chevalier avec Cécile Olliver