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Attentat à l'aéroport d'Istanbul: pourquoi la Turquie est visée

Un nouvel attentat, qui n'a pas encore été revendiqué, a fait au moins 41 morts et 239 blessés mardi soir à l'aéroport international Atatürk d'Istanbul. La Turquie est en proie, depuis un an, à des attaques récurrentes. Explications.

Au moins 41 personnes, dont des étrangers, ont été tuées et 239 blessées mardi soir dans un triple attentat-suicide, qui n'a pas encore été revendiqué, à l'aéroport international Atatürk d'Istanbul. C'est la troisième fois que la capitale turque est frappée depuis le début de l'année. Istanbul avait déjà été visée en janvier: 12 touristes allemands ont été tués dans un quartier hautement touristique. En mars, quatre touristes ont perdu la vie dont trois Israéliens et un Iranien sur la célèbre avenue Istiklal. 

Cette attaque est la dernière d'une longue série. Depuis un an, le pays est secoué tous les mois par des attentats, dont cinq ont été perpétrés par des kamikazes.

Des attaques régulières depuis un an

"On a eu 18 ou 20 attentats visant des civils sur le sol turc, que ce soit à Istanbul ou Ankara ou dans une région frontalière de la Syrie", analyse sur BFMTV Guillaume Perrier, ancien correspondant en Turquie pour Le Monde. "Aujourd'hui, c'est un pays qui vit dans la peur permanente".

Ces attentats peuvent être attribués aux rebelles turcs du PKK, mais aussi au groupe terroriste Daesh.

"La Turquie mène une lutte contre le terrorisme international et lutte simultanément contre plusieurs organisations terroristes, dont principalement le PKK, avec sa branche syrienne le PYD", le Parti de l'union démocratique, parti politique kurde syrien, précise sur BFMTV Ali Onaner, ministre-conseiller à l'ambassade de Turquie en France.

La piste du PKK

En juillet 2015, la trêve est rompue entre Ankara et le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation politique et armée formée en 1978. Avec l'une de ses branches radicales, le Tak, le groupe rebelle mène régulièrement des attaques, surtout contre des policiers, des militaires ou des bâtiments officiels.

"Le PKK a dit qu'il allait mener le combat dans des centres urbains et que les touristes pourraient être des cibles collatérales même s'ils n'étaient pas directement visés", a souligné sur BFMTV Dorothée Schmid, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri), spécialiste de la Turquie.

La piste de Daesh

De son côté, Daesh n'a jamais revendiqué d'attaques sur le sol turc. Mais plusieurs lui ont été attribuées, notamment les attentats-suicides du 12 janvier et du 19 mars. A chaque fois, les cibles étaient des touristes.

Dans le cas du triple attentat-suicide perpétré mardi soir contre l'aéroport d'Istanbul, il n'a pas encore été revendiqué. Mais de nombreux indices laissent penser que Daesh est responsable. Malgré l'absence de revendication, les autorités turques ont elles-mêmes désigné l'organisation jihadiste quelques heures après l'attaque. "Les indices pointent Daesh", a déclaré le Premier ministre turc Binali Yildirim.

La cible et le mode opératoire rappellent l'attaque menée en mars dernier à l'aéroport de Bruxelles, où deux kamikazes s'étaient fait exploser près des comptoirs d'enregistrement, mais aussi l'attentat du Bataclan, à Paris en novembre 2015, lors duquel trois kamikazes s'étaient introduits dans la salle de concert, avant d'ouvrir le feu par rafales sur le public, et de se faire exploser pour l'un d'eux.

La cible, une plate-forme stratégique du tourisme en Turquie et au Moyen-Orient, porte également à croire que Daesh pourrait se trouver derrière l'attaque.

"L'aéroport d'Istanbul est le 11e le plus fréquenté au monde et accueille plus de 60 millions de passagers. C'est l'équivalent de l'aéroport de Roissy", fait valoir l'ancien correspondant du journal Le Monde en Turquie, Guillaume Perrier, sur BFMTV. "L'aéroport Atatürk, c'est le coeur névralgique de l'industrie du tourisme en Turquie."

Faire payer à la Turquie son changement de position?

Selon Frédéric Encel, docteur en géopolitique, la Turquie est en partie responsable des attaques menées par le mouvement terroriste.

"Il y a un échec de la politique turque, qui est franchement complaisante vis-à-vis de Daesh et de l'islamisme radical. On lui a permis d'exporter son pétrole, autrement dit le nerf de la guerre, par le biais du territoire turc. C'est un véritable échec", analyse le spécialiste sur BFMTV.

Ce que confirme Christian Makarian, spécialiste des questions internationales à L'Express. Il accuse sur BFMTV la Turquie d'avoir soutenu des mouvements islamistes pour favoriser la chute de Bachar al-Assad au début de la guerre en Syrie. Et estime qu'Ankara paie aujourd'hui son récent engagement armé contre le groupe jihadiste.

"La Turquie a aidé, appuyé un certain nombre de mouvements islamistes, notamment en favorisant et en laissant passer des armes. Mais elle a changé: elle a frappé Daesh, des vols au sein de la coalition ont été effectués et augmentés pour bombarder ses positions. Le groupe terroriste fait payer à la Turquie son retournement d'attitude après des années d'ambiguïté et de complaisance, voire de bienveillance."

Depuis un an, en Turquie, plus de 200 personnes ont été tuées dans des attentats.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV