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Ukraine: Russie et Occident proches du point de rupture

Soldats ukrainiens devant la base militaire de Sebastopol, en Crimée, ce lundi 3 mars.

Soldats ukrainiens devant la base militaire de Sebastopol, en Crimée, ce lundi 3 mars. - -

Des hommes armés qui continuent de débarquer en Crimée, des occidentaux qui haussent le ton contre la Russie et des bourses qui s'effondrent: la tension autour du dossier ukrainien n'est pas retombée ce lundi.

Alors que les militaires russes continuaient à débarquer en Crimée, république autonome en Ukraine ce lundi, les Occidentaux ont haussé le ton contre Moscou. Washington a indiqué envisager "tout un éventail de sanctions" contre la Russie tandis que les dirigeants européens ont prévu de se réunir en urgence jeudi à Bruxelles. Et la crainte d'une nouvelle escalade militaire a fait chuter les bourses européennes, de New York et de Moscou.

>> Revivez les événements de la journée de lundi

> Des milliers de soldats russes en Crimée

Une véritable invasion: c'est ce que les autorités ukrainiennes ont dépeint de la situation en Crimée ce lundi. Selon elles, les militaires russes ont continué de débarquer massivement tout au long de la journée dans cette péninsule russophone située au Sud de l'Ukraine, et toutes les bases militaires étaient encerclées par des forces pro-russes.

Les autorités ont ainsi comptabilisé que, depuis vendredi soir, Moscou avait envoyé Crimée 6.000 soldats supplémentaires, outre ceux déployés dans les bases historiques que la Russie y possède déjà. Dans la soirée, le président par intérim Oleksandr Tourtchinov a exhorté Moscou à mettre un terme à ce qu'il considère une "agression".

Selon la présidence, les autorités ukrainiennes gardent néanmoins le contrôle des événements. Preuve de la tension croissante, Kiev a mobilisé ses réservistes.

> Les Occidentaux menacent de "couper les ponts"

Face à cette démonstration de force de la Russie, qui cherche ainsi à préserver ses intérêts en Ukraine après l'éviction du président Viktor Ianoukovitch, les dirigeants occidentaux ont exhorté Moscou à faire baisser la tension - tout en la menaçant de sanctions.

Le département d'Etat américain a ainsi indiqué être en train de "préparer" tout "un large éventail de sanctions" en cas d'aggravation des tensions en Ukraine. Le président Barack Obama, lui, a estimé que la Russie se trouvait "du mauvais côté de l'Histoire" en Ukraine.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis en urgence, ont exprimé quant à eux leur "extrême inquiétude", a indiqué en fin d'après-midi le Français Laurent Fabius. Ils ont également directement mis en cause Moscou, et appelé au "repli" des forces déployées ces derniers jours en Crimée.

> Réunions d'urgence en perspective

Face à la gravité de la situation, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont décidé de se réunir en sommet extraordinaire à Bruxelles jeudi. Dans la soirée, François Hollande a indiqué qu'il s'y rendrait.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait de son côté se réunir dès ce lundi après-midi à New York (15h30 locales, soit 21h30 françaises) à la demande de la Russie. De son côté, l'Otan tiendra, au niveau des ambassadeurs, une nouvelle réunion sur la situation en Ukraine mardi - soit la deuxième en trois jours. Elle pourrait être suivie d'une réunion Otan-Russie.

Lundi soir, le président ukrainien Oleksandr Tourtchinov a exhorté l'ensemble des dirigeant occidentaux à "une aide véritable", et pas seulement à un "un soutien moral".

> Ianoukovitch a demandé l'aide militaire à la Russie

Au cours de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU en cours lundi soir à New York, l'ambassadeur russe à l'ONU a indiqué que l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait lui-même demandé une aide militaire de la Russie. Vitali Tchourkine a ainsi cité un message adressé à Vladimir Poutine par le président déchu, lui demandant de "défendre la population ukrainienne".

Par ailleurs, cette réunion n'augurait pas la sortie de crise. Alors que l'ambassadeur russe réitérait que "les actions de la Russie" en Crimée étaient "appropriées et légitimes", les Etats-Unis rétorquaient par la voix de leur propre ambassadrice, Samantha Power, que "la mobilisation russe" en Crimée s'était "faite en réponse à une menace imaginaire". "C'est un acte d'agression et il doit cesser", a-t-elle martelé.

> Des conséquences économiques désastreuses

La crainte d'une escalade des tensions armées en Ukraine s'est également ressentie lundi sur les marchés financiers. Ainsi, la Bourse de Paris était en forte baisse dans l'après-midi (-2,11%), mais limitait un peu ses pertes à la clôture. Wall Street, elle, affichait une nette reculade: le Dow Jones lâchait 0,74% et le Nasdaq 0,66%.

Mais la plus forte baisse a incombé à la Bourse de Moscou. La monnaie russe, le rouble, a chuté à des niveaux sans précédent. Selon les économistes, la crise ukrainienne risque d'ailleurs d'affecter largement l'économie russe. Mais la Russie pourrait, de son côté, faire aux Européens un chantage à l'énergie, en arrêtant les "prix d'amis" sur le gaz qu'elle leur exporte massivement.

M. T.