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Ukraine: contre la Russie "les moyens de pression sont extrêmement limités"

Un homme portant le drapeau russe salue des militaires en treillis qui bloquent l'accès à une base de la frontière ukrainienne à Perelvane, non loin de Simpferopol, le 3 mars 2014.

Un homme portant le drapeau russe salue des militaires en treillis qui bloquent l'accès à une base de la frontière ukrainienne à Perelvane, non loin de Simpferopol, le 3 mars 2014. - -

Si l'Occident semble démuni face au débarquement des troupes russes en Crimée, des moyens de pression existent pourtant, pour tenter d'influencer la position russe. Plus difficile est en revanche d'en évaluer la portée réelle.

Après l'invasion de la Crimée par les troupes russes, les pays occidentaux et une partie de la communauté internationale, à l'exception notable de la Chine, ont mis en garde contre une possible escalade en Ukraine.

De quels moyens disposent-ils pour contrecarrer Vladimir Poutine à ce jeu diplomatique auquel il excelle? Revue de détail des différents moyens de pression, car ils existent, pour tenter d'infléchir la position de Vladimir Poutine.

> Sur le plan militaire

En dépit des protestations de la diplomatie américaine et des coups de fil de Barack Obama, les options militaires restent restreintes.

• Eviter l'escalade

"Les moyens de pression militaires sont extrêmement limités puisque l'Ukraine n'est pas protégée par l'article 5 de la charte de l'OTAN et il est peu probable que les Occidentaux veuillent aller vers une guerre à grande échelle avec la Russie", analyse Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse à l'Ifri. Il faut rappeler que l'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN mais seulement un "pays associé". L'article 5 de la charte instituant une solidarité des membres de l'organisation en cas d'agression ne s'applique donc pas.

• Vers des patrouilles aériennes de l'OTAN?

En fait d'action militaire, les options sont donc limitées. Elles consisteraient surtout à organiser "des patrouilles des avions de l'OTAN sur la zone" et, de manière beaucoup moins probable, "à déployer des troupes à la frontière de la Pologne et de l'Ukraine".

> Sur le plan diplomatique

Les options paraissent déjà plus nombreuses et sont essentiellement de "portée symbolique", explique Tatiana Kastouéva-Jean.

• Vers une exclusion du G8?

Une sanction évoquée notamment par John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, et jugée "inacceptable" par son homologue russe Sergueï Lavrov, serait d'exclure la Russie du G8. Le but serait alors "de mettre la Russie au ban de la communauté internationale". Ce serait là un camouflet pour la Russie qui "a fait énormément d'efforts pour intégrer le G8 pour consolider son statut de grande puissance".

• Vers un boycott des Jeux Paralympiques?

Il est envisagé par les Britanniques, rappelle la chercheuse. La France en revanche n'a pas, à ce jour, fait valoir sa position. Quant aux Etats-Unis, ils n'enverront pas de délégation présidentielle afin de protester contre l'intervention militaire de la Russie en Ukraine, a annoncé lundi la Maison Blanche. "Le président Obama continue de soutenir fermement tous les athlètes qui participeront aux jeux Paralympiques et leur souhaite beaucoup de succès dans leurs épreuves", a déclaré la porte-parole du Conseil de sécurité nationale Caitlin Hayden.

• Vers une liste Magnitsky européenne?

La limitation des visas accordés aux citoyens russes est aussi une possibilité de mettre la pression sur le pouvoir russe et spécialement sur l'élite des hauts fonctionnaires et des businessmen qui voyage et possède des biens immobiliers en Occident, où leurs enfants étudient. "L'Union européenne pourrait réfléchir à l'établissement de sa propre liste Magnitsky", explique la spécialiste de la Russie.

Elle fait ici référence à une disposition adoptée par les Etats-Unis en juillet 2011. Il s'agit d'une liste comprenant les noms d'une soixantaine d'officiels russes interdits de séjour sur le territoire américain, après l'assassinat de Sergueï Magnitsky, avocat fiscaliste qui enquêtait notamment sur des problèmes de corruption.

> Sur le plan économique

Moins risquée que l'option militaire et peut-être plus pertinente, car touchant au portefeuille, des sanctions économiques représentent un dernier champ de sanction.

• Vers un gel des avoir?

Pour Tatiana Kastouéva-Jean, les sanctions "économiques, financières et bancaires" sont celles "qui peuvent vraiment être efficaces" et qui présentent l'avantage d'être "des mesures intermédiaires". Il peut s'agir du "gel des avoirs ou de suspension de différents accords commerciaux en cours".

• Le poids économique de l'Allemagne

Si Angela Merkel est à l'évidence plus entendue que François Hollande par la Russie, cela tient au fait que "l'Allemagne est le pays qui pèse le plus parmi les pays occidentaux". Les intérêts économiques -en termes d'investissements et de partenariat énergétique notamment- sont sans commune mesure avec ceux de la France. Cette importance économique est pour bonne part dans le succès de la chancelière allemande, la seule qui a réussi à renouer le dialogue avec Vladimir Poutine qui a accepté la proposition sur la création d'un "groupe de contact".

David Namias