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Algérie: un vendredi décisif pour les opposants à un 5e mandat de Bouteflika

Un manifestant brandit une pancarte avec un "5" barré et une inscription "Non au 5e mandat" d'Abdelaziz Bouteflika, le 22 février 2019 à Alger.

Un manifestant brandit une pancarte avec un "5" barré et une inscription "Non au 5e mandat" d'Abdelaziz Bouteflika, le 22 février 2019 à Alger. - Ryad Kramdi - AFP

Depuis une semaine, les Algériens manifestent contre un 5e mandat du président sortant, Abdelaziz Bouteflika. A deux jours du dépôt officiel de sa candidature, vendredi promet une importante mobilisation.

Annaba, Tizi Ouzou, Oran, Sidi Bel Abbès, Alger, Montréal, Londres, Marseille, Paris… Dans les rues algériennes comme à l'étranger, de plus en plus de voix se font entendre contre une cinquième candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence.

Vendredi dernier, à l'issue de la prière hebdomadaire musulmane, des milliers d'Algériens se sont rejoints dans les rues; à Alger, ils ont été arrêtés en amont du siège de la présidence. Le geste est symbolique: il est officiellement interdit de manifester dans la capitale depuis 2001. Le spectre de la décennie noire (2001-2002) - une guerre civile ayant coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes - est encore bien présent dans les esprits.

D'où la concession d'un "nombre important" de manifestants dans la bouche du Premier ministre, mais un "appel à la vigilance face au risque de dérapages dangereux". Cela n'a pas découragé les mécontents, d'autant plus que le directeur de campagne d'Abdelaziz Bouteflika, Abdelmalek Sellal, a annoncé ce mardi que le président sortant déposerait officiellement sa candidature ce dimanche.

Contre Bouteflika, contre le régime

Après les manifestations successives des avocats, étudiants, journalistes et même Algériens de l'étranger, ce vendredi s'annonce donc comme une étape décisive de la contestation du "régime Bouteflika". Victime d'un AVC en 2013, Abdelaziz Bouteflika a effectué la totalité de son quatrième mandat en ne faisant que de rares apparitions publiques et prenant la parole en d'encore plus rares occasions.

"Dans toutes les manifestations auxquelles j'ai été, les slogans n'étaient pas juste contre Bouteflika mais contre tout le régime. La plupart des gens pensent que Bouteflika n'est pas en mesure de gouverner et qu'il est maintenu au pouvoir parce ce qu'ils appellent 'le gang'", illustre ainsi sur Twitter Hamdi Baala, journaliste au Huffington Post Algérie.

Des slogans discutés sur les réseaux sociaux, comme le rapporte la correspondante de RFI en Algérie Leïla Beratto. "Un appel demande notamment d'arrêter de chanter "Bouteflika, le marocain, pas de 5e mandat" au nom de la fraternité entre les peuples des deux pays", tweetait-elle mercredi.

L'appel du 1er mars largement partagé

L'appel à manifester ce vendredi 1er mars a en effet été largement partagé sur les réseaux sociaux, rapporte le quotidien algérien El Watan, et ce dès samedi dernier. Le journal fait état de nombreux partages de la part d'intellectuels, d'artistes, de sportifs, de Youtubeurs, mais aussi de simples anonymes.

Plusieurs personnalités, dont l'ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour ou l'ex-ministre Abdelaziz Rahabi, ont apporté leur soutien au mouvement de contestation "pacifique" et incité à "participer tous au vendredi 1er mars 2019", à "continuer à (se) mobiliser et à (s')engager". Même écho du côté de structures comme le mouvement Mouwatana, ou encore le Front des forces socialistes (FFS)

A deux jours du dépôt officiel de la candidature du président de 81 ans, ce vendredi promet d'être une étape critique pour les opposants.

Liv Audigane