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"C'est une démocratie, ce n'est pas une royauté": les étudiants algériens défilent contre Bouteflika

La perspective d'un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, qui apparaît rarement en public depuis son AVC de 2013, a poussé ces derniers jours des milliers d'Algériens à protester dans les rues.

Ils étaient des milliers mardi dans les rues d'Algérie pour dire non à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika. Après plusieurs manifestations en fin de semaine dernière, ce sont cette fois-ci les étudiants qui se sont mobilisés en masse pour le changement, dans la capitale comme dans plusieurs villes du pays.

A Annaba, à 400km à l'est d'Alger, entre 2000 et 3000 personnes ont défilé sans incidents, selon un journaliste d'un média local cité par l'AFP. Sans prendre le risque d'être arrêtés, "ce qui pourrait dissuader les gens de se mobiliser vendredi", relève-t-il.

C'est en effet après la prière hebdomadaire musulmane vendredi dernier que des centaines d'Algériens se sont rassemblés, plusieurs cortèges se rassemblant notamment à proximité du siège de la présidence à Alger. A deux jours du dépôt officiel de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, vendredi prochain pourrait signer une nouvelle mobilisation.

A une quinzaine de kilomètres d'Alger, à l'USTHB à Bab Ezzouar, entre 2 000 et 3000 étudiants étaient là aussi mobilisés selon notre correspondant sur place Redha Menassel. Il fait également état d'une manifestation sévèrement brimée et encadrée d'environ 300 étudiants à la faculté centrale d'Alger.

Une étudiante manifeste contre un 5e mandat d'Abdelaziz Bouteflika, le 26 février 2019 à Alger.
Une étudiante manifeste contre un 5e mandat d'Abdelaziz Bouteflika, le 26 février 2019 à Alger. © Ryad Kramdi - AFP

Quelque 100 à 200 autres étudiants, munis de pancartes et scandant des slogans contre le 5e mandat, se sont aussi regroupés à l'extérieur du campus, de l'autre côté de la grille, a constaté une journaliste de l'AFP. A la fac de Bouzareah, sur les hauteurs de la capitale, quelques centaines de personnes étaient réunies.

"Il n'y aura pas de 5e mandat Bouteflika"

"Il n'y aura pas de 5e mandat Bouteflika", scandaient notamment les nombreux jeunes femmes et hommes mobilisés ce mardi. "Etudiants contre le 5e mandat !", pouvait-on entendre aussi, notamment en réaction au soutien affiché de 11 associations estudiantines à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

Environ 500 étudiants en journalisme ont fait un sit-in sur leur campus, tandis que quelques centaines d'autres étaient regroupés à l'extérieur, selon une journaliste locale sur place. Si les dispositifs policiers étaient nombreux, des milliers d’étudiants ont réussi à les déjouer, parfois négociant leur passage personne par personne afin de pouvoir défiler.

"Policiers et étudiants sont des frères", ont notamment scandé certains. Plusieurs cortèges ont fini par se rejoindre et constituer "une masse d'étudiants" de plusieurs milliers de personnes dans le centre d'Alger vers 15h, décrit Le HuffPost Algérie.

Au pouvoir depuis 1999, la capacité à diriger le pays d'Abdelaziz Bouteflika est fréquemment remise en cause en raison de sa santé fragile. A 81 ans, le président algérien ne fait que de rares apparitions publiques et ne s'est que très peu exprimé devant les caméras durant son quatrième mandat. 

Des étudiants rassemblés contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à Oran, le 26 février 2019.
Des étudiants rassemblés contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à Oran, le 26 février 2019. © AFP

"On veut changer ce système"

"A un moment donné, il doit céder sa place, c'est obligatoire, c'est une démocratie, ce n'est pas une royauté. On est tous révoltés aujourd'hui, on est tous unis", martelait un jeune homme interrogé dans un cortège de la capitale. "On est tous contre le 5e mandat, on veut changer ce système", abondait devant la caméra une étudiante à ses côtés.

En régions, des manifestations - dont il n'était pas possible de déterminer l'ampleur dans la soirée mardi - ont eu lieu à Constantine (400 km à l'est d'Alger), Tizi Ouzou (100 km à l'est d'Alger), Ouargla (est), etc. Le quotidien El Watan fait état de "milliers d'étudiants" à Sidi Bel Abbès, à une centaine de kilomètres au sud d'Oran.
Liv Audigane avec AFP