BFMTV

Londres, Paris, Montréal: à l'étranger aussi les Algériens expriment leur ras-le-bol de Bouteflika

Une pancarte "Non au 5e mandat" lors d'une manifestation contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à sa succession, le 24 février 2019 à Paris.

Une pancarte "Non au 5e mandat" lors d'une manifestation contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à sa succession, le 24 février 2019 à Paris. - Stéphane de Sakutin - AFP

Le ras-le-bol des Algériens vis-à-vis de la longue présidence d'Abdelaziz Bouteflika, candidat à un 5e mandat, s'exprime aussi bien dans les rues algériennes qu'à l'étranger.

Il n'y a pas que dans les rues de la capitale et des grandes villes algériennes que les mécontents d'une cinquième candidature d'Abdelaziz Bouteflika se mobilisent. Ces derniers jours, la communauté algérienne de plusieurs villes dans le monde a manifesté son ras-le-bol.

"Pouvoir assassin", "Système dégage", "Seul le mandat du peuple", pouvait-on ainsi lire dimanche dernier sur les pancartes brandies par des Algériens réunis place de la République à Paris. Une photo géante du président Bouteflika, barrée d'un "non au 5e mandat", avait été accrochée au pied de la statue célébrant la République.

"On a besoin d'un président valide", avait déclaré à l'AFP Ahmed Ouaguemouni, 60 ans, ancien membre de l'opposition algérienne vivant dorénavant en France. "Bouteflika, il est toujours à l'hôpital", avait-il ajouté, tandis qu'un manifestant brandissait un cadre doré vide, symbole de l'absence du président octogénaire à la santé précaire, paralysé et quasiment muet.

Il faut dire que le président de 81 ans, victime d'un AVC en 2013, a effectué son quatrième mandat en ne faisant que de rares apparitions publiques. Ces dernières années, il a multiplié les séjours médicaux à l'étranger.

"Le système a pris le pouvoir"

"C'est le système algérien qui nous a fait venir en France", estimait de son côté Abdel Djamel, un médecin de 66 ans exilé à Paris depuis 1992. "En France, 6 000 médecins algériens sont réfugiés. Le système a pris le pouvoir, alors que seul le pouvoir civil compte, pas le pouvoir militaire", protestait-il.

A Marseille, une poignée d'Algériens ont commencé à manifester contre un cinquième mandat du président sortant. "Le peuple a compris qu'il y avait un bras de fer à mener. On ne peut plus attendre, cinq mandats, c'est trop !", explique à l'AFP Hichem Doghmane, un Algérien de 39 ans qui se présente comme l'une des chevilles ouvrières de la mobilisation naissante dans la cité phocéenne.

Dimanche dernier, une centaine d'Algériens se sont rassemblés sur le cours Belsunce, dans l'un des quartiers historiques de l'immigration algérienne en France. Une goutte d'eau par rapport aux dizaines de milliers d'Algériens installés à Marseille.

Pour l'instant, contrairement à l'Algérie, le mouvement peine à rassembler dans la diaspora "au-delà des gens déjà assez politisés", constate auprès de l'AFP Mehdi Nacer-Khodja, franco-algérien de 32 ans.

"Pour l'instant, les Algériens de France attendent de voir. Beaucoup sont des immigrés qui ont connu les décennies noires" dans les années 1990 ou ont quitté leur pays à cause de la violence, et "certains sont résignés", analyse-t-il.

Londres, Genève, Montréal

De l'autre côté de la Manche, des Algériens ont manifesté dimanche dernier devant leur ambassade à Londres. Un rassemblement similaire était prévu sur la place des Nations à Genève.

Au Canada, c'est par des températures négatives que les Algériens ont exprimé leur ras-le-bol du gouvernement Bouteflika et leur opposition à un 5e mandat, comme le montrent plusieurs photos postées par "Les Algériens de Montréal" et des vidéos mises en ligne par le mouvement Mouwatana.

La santé fragile, le chef de l'Etat algérien se trouve actuellement à Genève pour ce que la présidence décrit comme "des examens médicaux périodiques". Dimanche, il doit officiellement déposer sa candidature à la présidentielle.

Liv Audigane avec AFP