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Rescapé du Bataclan, Sébastien raconte ses discussions avec les kamikazes

L'entrée du Bataclan est fermée d'une bâche blanche, après les attaques du 13 novembre qui ont fait 129 victimes à Paris et Saint-Denis.

L'entrée du Bataclan est fermée d'une bâche blanche, après les attaques du 13 novembre qui ont fait 129 victimes à Paris et Saint-Denis. - Bertrand Guay - AFP

Le dialogue a duré plus d'une heure. Sorti vivant du Bataclan, Sébastien raconte comment les kamikazes ont discuté avec leurs otages avant l'assaut de la police.

"Vous êtes d'accord avec ce qu'on a fait?" La question, posée par l'un des kamikazes aux otages, laisse les victimes sans voix. "Ils venaient de nous faire leur prêche, de nous expliquer qu'ils faisaient ça pour la Syrie, pour l'Irak, pour qu'on comprenne ce que ça fait quand on tue des civils", raconte Sébastien, l'un des otages du Bataclan, sur l'antenne d'RTL. "Après, ils nous ont demandé si on était d'accord avec eux".

"Ils m'ont fait brûler des billets"

"Certains ont hoché la tête" et c'est alors, selon Sébastien, que l'un des kamikazes lui demande du feu. "Ils m'ont tendu une liasse de billets et m'ont demandé si je tenais à l'argent. Et puis ils m'ont demandé de la brûler avec mon briquet", sans doute pour détruire un autre symbole, imagine Sebastien.

Il se souvient également des précautions qu'il a dû prendre pour discuter avec les terroristes. "Ces conversations sont marquées du sceau de l’urgence parce qu’à tout moment, une parole déplacée peut provoquer la mort", raconte l'ex-otage qui avoue également avoir "essayé de faire de l'humour avec eux". Sans succès.

"J'ai voulu faire une blague pour désamorcer la bombe, mais ça les a énervé, ils m'ont demandé de me calmer", raconte Sebastien avant de livrer ses souvenirs sur l'opération de police qui a mis fin à l'attaque de la salle de concert.

"Ils ont voulu se sauver, mais trop tard"

Pendant les courtes négociations menées avec les forces de l'ordre, les kamikazes n'avaient qu'une demande selon Sébastien, "que la police recule". C'est la "seule vraie demande qu'ils ont formulée au travers des 4 ou 5 appels aux policiers, c'est que les policiers ne s'approchent pas". Les kamikazes ont d'ailleurs utilisé leurs otages en ce sens. "On faisait le guet à la fenêtre, ils nous demandaient où étaient les policiers et de leur crier de ne pas s'approcher", raconte Sébastien.

Finalement, les kamikazes comprennent qu'ils sont piégés. "Ils ont réalisé trop tard que la vie était importante, ils ont voulu se sauver mais trop tard", estime Sébastien. Ils emmènent alors leurs otages dans une pièce étroite où ils se retranchent. L'assaut final ne fait pas de victime parmi les otages, "grâce à la précision salvatrice du Raid", toujours selon ce témoin en première ligne. 

Sébastien, qui a longtemps discuté avec les kamikazes, pense avoir saisi une partie de leur personnalité. "Ils avaient besoin d'un idéal, et le monde dans lequel ils vivaient ne leur offrait pas cet idéal. On leur en a offert un de vengeance, de haine et de terreur" estime-t-il, conscient qu'il a eu une "chance énorme".

Paul Aveline