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L'épreuve de français du bac 2019 était-elle "trop difficile" comme le dénonce une pétition?

Photo d'illustration d'une épreuve du baccalauréat 2019 à Strasbourg

Photo d'illustration d'une épreuve du baccalauréat 2019 à Strasbourg - Frédérick Florin - AFP

Une pétition pour protester contre la difficulté de l'épreuve de français au bac des élèves de première S et ES a recueilli plus de 35.000 signatures sur le site Change.org. "Le poème était en vers libres, d'une auteure contemporaine et qui ne s'accompagnait pas d'un mouvement littéraire en particulier parmi ceux étudiés au fur et à mesure de l'année", se plaignent notamment les pétitionnaires.

Leur "travail fut détruit, inutile et bafoué. Des centaines d'heures de travail pour tomber sur l'inconnu". Dans une pétition mise en ligne à la suite des épreuves anticipées du baccalauréat de français lundi, les élèves de premières ES et S se plaignent de l'auteur qui leur était imposé pour le commentaire de texte: Andrée Chedid.

Adressée au ministère de l'Éducation nationale, la réclamation recueillait plus de 35.000 signatures à l'écriture de cet article. A titre d'échelle, pour cette session du baccalauréat, ils étaient en tout 385.219 à être inscrits à ces épreuves anticipées en série générale.

Pourquoi ce texte est-il jugé trop difficile?

La difficulté ne viendrait pas du fait que l'auteure de poésie semblait inconnue à la plupart des candidats, car "souvent en poésie, les auteurs sont presque inconnus des élèves, donc Andrée Chédid suivait la continuité", explique l'auteur de la pétition.

Mais que "le poème était en vers libres, d'une auteure contemporaine et qui ne s'accompagnait pas d'un mouvement littéraire en particulier parmi ceux étudiés au fur et à mesure de l'année", ce alors que "tout au long de l'année, les élèves de première s'attaquent à l'immense tâche d'apprendre ces mouvements littéraires qui ne sont pas faciles à comprendre", travail qui ne leur aurait, apparemment pas servi.

Les élèves de Première ES et S étudient quatre objets d'étude dans l'année scolaire, dont "La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle". Pour 2018-2019, ils ont découvert dans cette matière soit une oeuvre de Victor Hugo, (Les Contemplations, livres I à IV), soit de Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal) ou encore de Guillaume Apollinaire (Alcools) explique le ministère de l'Éducation.

C'est à partir de ces lectures et des notions qui les entourent qu'ils devaient appréhender l'épreuve de français, et plus précisément la poésie cette année. Mais les cours accumulés n'auraient pas servis à une partie des candidats, qui n'auraient pas réussi à accrocher leurs connaissance au texte "Destination : arbre" d'Andrée Chedid (1991). "La difficulté de l'épreuve était extrêmement élevée par rapport à la capacité des élèves à raisonner et à connaitre des notions sur la poésie", assure la pétition.

Quelles règles pour le commentaire de texte?

Dans le bulletin officiel spécial n°7 du 6 octobre 2011, qui encadre l'épreuve du commentaire de texte, il n'est notifié nulle part que le corpus proposé au baccalauréat doit être connu des élèves. Pour le commentaire de texte "le candidat compose un devoir qui présente de manière organisée ce qu'il a retenu de sa lecture et justifie son interprétation et ses jugements personnels", explique le bulletin du ministère. Le résultat attendu s'attache donc beaucoup à la compréhension personnelle profonde du candidat.

Face à un texte trop hermétique, il était de toute façon possible pour les élèves de choisir le sujet de dissertation, qui partait du vers "Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise...", d'Anna de Noailles. Ou encore l'invention, qui demandait de prendre le contrepied des mots "Nulle part le bonheur ne m’attend", de Lamartine.

Mais d'après la pétition, les élèves ont été poussés à choisir le commentaire. "Rappelons que la majorité des professeurs invitent leurs élèves à prendre le commentaire dû à la difficulté de la dissertation en poésie et du sujet d'invention".

Des points en plus pour compenser la difficulté?

En conséquence de cette difficulté ressentie comme exacerbée, les signataires de la pétition réclament que soient assouplis les critères de notation "pour que cette année corresponde à ce qu'un baccalauréat de Français devrait être".

Ce n'est pas la première fois que ce scénario survient à la sortie d'une épreuve du baccalauréat. Il arrive d'ailleurs quasiment tous les ans, pour différentes épreuves et filières. En 2014, plus de 50.000 lycéens de la filière S avaient signé une pétition pour protester contre la difficulté de l'épreuve de mathématiques

Benoît Hamon, alors ministre de l'Éducation, avait déclaré que "des commissions d'harmonisation étalonneront les corrections en fonction de la difficulté du sujet". Le barème avait été adapté et la "bienveillance" recommandée lors de la correction. 

Des comités d'harmonisation existent déjà dans le cadre de la correction du baccalauréat. Ils permettent d'éviter qu'une copie soit moins bien notée qu'une autre en raison de la trop grande sévérité d'un correcteur, mais aussi de comprendre et d'ajuster des écarts de note trop importants entre les résultats d'un élève dans l'année et le jour de l'épreuve. Si cette épreuve de français est réellement une catastrophe, une harmonisation devrait donc, naturellement, rehausser les moyennes.

Salomé Vincendon