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TOUT COMPRENDRE - Que sait-on du nouveau variant britannique du Covid-19?

Un membre du personnel médical montre sur l'écran d'un ordinateur le variant britannique

Un membre du personnel médical montre sur l'écran d'un ordinateur le variant britannique - CHRISTOPHE SIMON / AFP

Le nombre de cas du variant britannique du coronavirus s'est multiplié en France ces derniers jours, faisant craindre une nouvelle épidémie dans l'épidémie.

Faut-il s'inquiéter de cette mutation du virus au Royaume-Uni? Le nouveau variant du Covid-19 détecté en décembre en Angleterre s'est répandu depuis dans plusieurs pays, dont la France. Ce dimanche les autorités sanitaires russes et mexicaines ont à leur tour annoncé avoir découvert leurs premiers cas, chez des personnes revenant de voyage.

Plus contagieux, mais pas forcément plus mortel, le variant "VUI – 202012/01" fait craindre une nouvelle année rythmée par une épidémie difficilement contrôlable, alors que l'arrivée des vaccins avait fait naître l'espoir de la fin de la crise sanitaire liée au Covid-19.

· Où et quand est-il apparu?

L'apparition de ce premier variant du Covid-19 en Angleterre, et a été rendue publique mi-décembre, alors que le nombre de cas de coronavirus sur le sol britannique ne cessait d'augmenter.

"L'augmentation des cas liés à la nouvelle variante est apparue pour la première fois à la fin du mois de novembre", précise le site du gouvernement britannique. "Nous avons ensuite découvert un cluster lié à cette variante se propageant rapidement à Londres et dans l'Essex", comté situé dans le sud-est de l'Angleterre. Ces zones ont été soumises à un confinement avant Noël pour éviter que le virus ne se propage davantage.
Présence du variant britannique du coronavirus du 20 septembre 2020 au 4 janvier 2021 en Angleterre
Présence du variant britannique du coronavirus du 20 septembre 2020 au 4 janvier 2021 en Angleterre © Public Health England

La pays a par la suite retracé le parcours de cette variante qui, selon les recherches britanniques, est à l'origine "apparue en septembre 2020 et a ensuite circulé à des niveaux très bas dans la population jusqu'à la mi-novembre".

· Est-il plus dangereux ?

Pour le moment, il n'y a pas de preuve sicentifique que ce variant soit plus mortel, ou cause des cas plus graves, mais "nous continuons à étudier les cas pour mieux comprendre cela", explique le gouvernement britannique. Sa dangerosité réside principalement dans le fait qu'il est 50% à 70% plus contagieux que les autres souches, une circulation plus forte que les scientifiques tentent actuellement d'expliquer.

Cette forte propagation entraine actuellement au Royaume-Uni dans les zones touchées une surcharge dans les hôpitaux. Or depuis un an, c'est la peur de voir les services hospitaliers débordés qui dirige, en grande partie, les politiques gouvernementales, car cela oblige le personnel soignant non seulement à déprogrammer des opérations chirurgicales, mais aussi à faire un tri parmi ceux ou celle qui seront traités pour Covid-19.

"En un mois et demi, le virus anglais est devenu prépondérant dans une grande partie de l'Angleterre, la contagion est énorme, les hôpitaux sont complètement débordés", déclare à l'AFP Philippe Froguel, généticien. "Si on ne fait rien, on se retrouvera probablement dans la situation britannique entre le 1er et le 15 février".

Le laboratoire Pfizer a assuré dans un communiqué vendredi que "les anticorps de personnes qui ont reçu le vaccin Pfizer-BioNTech Covid-19 neutralisent efficacement le SARS-CoV-2 avec une mutation", qu'il s'agisse du variant britannique ou sud-africain. Une nouvelle rassurante pour les mois à venir, dans l'attente des résultats d'autres laboratoires à l'origine de vaccins.

· Comment le virus a-t-il muté?

"Ce n'est pas nouveau, car les virus de ce type-là mutent souvent, toute la question est de savoir où est-ce qu'il mute, et là on est en face à plus de 20 mutations sur la même souche", expliquait sur BFMTV fin décembre Didier Pittet, infectiologue et président de la mission d'évaluation sur la gestion de la crise du coronavirus. "Cette nouvelle variante est au fond une variante qui est le fruit d'une succession de mutations".

Neuf à dix de ces mutations se trouvent sur la protéine "spike-S", qui semble jouer un rôle majeur dans la capacité du virus "à adhérer à la muqueuse de l'homme et donc aux récepteurs", continue Didier Pittet, ce qui expliquerait notamment sa capacité à se propager plus que la souche d'origine.

· Comment est-il détecté?

"Ce variant anglais sur certaines PCR, mais pas toutes, donne un signal que j'appellerais défectueux", explique ce lundi sur BFMTV Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique. "Donc la PCR est positive mais on voit qu'elle n'est pas positive comme les autres. Et à partir de ces PCR qui donnent un signal défectueux, on fait un séquençage derrière et on confirme ou non la présence du variant anglais".

Des tests sont en cours de conception pour pouvoir détecter directement le variant, explique le gouvernement britannique. Ils "peuvent être adaptés rapidement pour répondre à la nouvelle variante", assure-t-il.

· Combien de personnes sont touchées?

Au 4 janvier 2021, un total de 6008 cas avec cette variante ont été identifiés en Angleterre, via une surveillance génomique de routine, selon le dernier rapport du ministère de la Santé anglais, sachant que tous n'ont évidemment pas été déctectés. "Le nouveau variant a remplacé les variants plus anciens dans la population britannique", notamment parce qu'il est plus contagieux, déclare Paul Kellam, professeur de génomique virale à l'Imperial College de Londres, cité par The Guardian ce lundi.

Dans une proportion moindre, le variant a été déctecté dans plusieurs autres pays, malgré les fermetures de plusieurs frontières après la découverte du variant. Des premiers cas ont ainsi été repérés en Corée du Sud, aux Etats-Unis, au Canada, au Japon, au Chili, au Portugal, en Australie, en Allemagne, en Espagne, en Russie, au Mexique ou encore en Italie.

Quelques cas du variant ont aussi été détectés en France. Ce week-end, au moins huit cas liés à la mutation anglaise ont été identifiés au sein d'un cluster familial à Marseille (Bouches-du-Rhône). L'Agence régionale de Santé a annoncé lundi que deux cas de ce variant avaient été confirmés dimanche à Lille (Nord) mais ne suscitaient pas d'inquiétude.

· Quelle stratégie en France?

Plusieurs études sont à l'oeuvre pour tenter de cartographier l'étendue de la circulation de la mutation sur le sol français. À Roubaix (Nord), une campagne de tests doit par exemple permettre d'évaluer la circulation du Covid-19, mais aussi de ce variant et d'éventuel autres, comme le sud-africain, aussi détecté en France. Tous les échantillons positifs seront en effet soumis à un séquençage afin d'identifier l'éventuelle présence de mutations.

"L'important c'est de savoir combien il y a [de personnes infectées par le variant] sur le territoire français parce que ça va conditionner complètement notre stratégie sur les trois mois qui viennent", explique Arnaud Fontanet, soulignant que "l'on va très vraissemblablement avoir une recrudescence du nombre de cas en France dans les semaines qui viennent".

· Pourra-t-on contrôler le variant?

"La manière de contrôler ce virus est la même, quelle que soit la variante. Il ne se propagera pas si nous évitons tout contact étroit avec les autres", explique le gouvernement britannique. "Lavez-vous les mains, portez un masque, gardez vos distances avec les autres et réduisez vos contacts sociaux".

Il est également primordial de s'isoler dès les premiers symptômes.

Arnaud Fontanet note tout de même que malgré des mesures de restrictions fortes adoptées dès fin décembre, le virus continue de circuler fortement au Royaume-Uni. Plus rassurant, il rappelle qu'en un an, "on a quand même tout ce qu'on a appris sur la façon de contrôler la circulation du virus, qu'on ne connaissait pas en février (...) et puis on a un vaccin entre les mains".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV