BFMTV

Que sait-on des deux variants du Covid-19 détectés en France?

Deux mutations du Covid-19, provenant du Royaume-Uni et d'Afrique du Sud, ont été détectées en France. Elles pourraient être plus transmissibles mais pas intrinsèquement plus dangereuses.

Au cours du mois de décembre, deux variants du Covid-19, provenant respectivement du Royaume-Uni et d'Afrique du Sud, ont été identifiés en France. Ces nouvelles mutations, qui semblent être plus contagieuses, inquiètent les autorités sanitaires. "L'objectif est de réagir très vite pour éviter les cas secondaires (...) et de freiner pour éviter une surcharge du système de santé", a expliqué à l'Agence France-Presse (AFP) Bruno Coignard, directeur des maladies infectieuses à Santé Publique France.

"On n'a aucun élément qui atteste d'un plus fort pouvoir pathogène. Par contre, qui dit plus forte transmissibilité dit éventuellement une beaucoup plus forte incidence, et donc même à létalité égale, une pression sur le système de santé plus importante", a-t-il ajouté.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a également prévenu, la semaine dernière, que le risque est "élevé" que les deux variants du Covid-19 récemment découverts soient une source de pression supplémentaire sur les systèmes de santé et une cause de mortalité plus élevée.

· Le variant sud-africain "501.V2"

Le variant sud-africain, baptisé "501.V2", a été confirmé le 30 décembre chez un homme de retour d'Afrique du Sud et résidant dans le Haut-Rhin, à proximité de la frontière suisse, a indiqué le ministère de la Santé.

À son retour d'un séjour en Afrique du Sud, l'homme, qui avait développé des symptômes évocateurs du Covid-19, a réalisé un test RT-PCR en Suisse. Le test s'étant révélé positif, un séquençage du virus a été réalisé, confirmant la mutation identifiée en Afrique du Sud en octobre. Cette dernière est responsable d'une grande majorité des nouveaux cas, qui augmentent considérablement chaque jour. Avec plus de 28.000 morts, il s'agit du pays le plus endeuillé du continent africain.

Dans ce pays, près de "80 à 90% des génomes séquencés à partir de la deuxième moitié de novembre" présentaient cette variante, rapportait à l'AFP Tulio de Oliveira, directeur de l'institut de recherche sud-africain KRISP. Selon lui, "tous les éléments vont dans le sens que cette variante est davantage transmissible" que les précédentes souches.

Le variant sud-africain a, pour l'instant, été détecté en Grande-Bretagne, en Finlande, en Suisse et donc en France.

· Le variant anglais "VOC 202012/01"

Le variant anglais, baptisé "Voc 202012/01" a quant à lui été confirmé en France le 25 décembre, à Tours, sur un Français arrivé de Londres quelques jours auparavant. Il a également été détecté le 30 décembre chez une deuxième personne qui avait séjourné au Royaume-Uni, a indiqué la semaine dernière Santé Publique France, sans préciser dans quelle région.

Détecté pour la première fois en septembre en Grande-Bretagne, ce variant présente 22 mutations sur son génome. L'une en particulier, nommée N501Y, se situe au niveau de la protéine Spike (spicule) du coronavirus, une pointe à sa surface qui lui permet de s'attacher aux cellules humaines pour les pénétrer, jouant donc un rôle clé dans l'infection virale.

Comme pour le variant sud-africain, plusieurs études présentées au Royaume-Uni indiquent que la mutation anglaise est plus contagieuse que la souche d'origine. L'une d'elles, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), estime que cette contagiosité est supérieure de "50% à 74%" et que cela pourrait avoir des conséquences sur le nombre de morts et d'hospitalisations liées au Covid-19 outre-Manche.

Rien ne démontre à ce stade que cette variante entraîne des formes plus graves, mais, même à risque constant, la probable "forte augmentation" du nombre de cas provoquée par cette mutation pourrait avoir d'importantes conséquences sur le bilan de l'épidémie, ont souligné les chercheurs de la LSHTM.

Le variant britannique a déjà été retrouvé dans plusieurs pays, comme le Canada, les États-Unis, le Portugal, la Jordanie, la Corée du Sud, le Chili et la France.

Clément Boutin avec AFP