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Coronavirus: des personnes âgées ont-elles été écartées des hôpitaux lors du pic de l'épidémie?

Des syndicats réclament un secrétariat d'Etat aux personnes âgées

Des syndicats réclament un secrétariat d'Etat aux personnes âgées - Pixabay

Des chiffres démontrent une nette baisse du taux de personnes âgées en réanimation pendant le pic de l'épidémie. Selon Eric Ciotti, il y a eu un tri volontaire écartant les plus âgés de ces services.

Au pic de l'épidemie de coronavirus en France, le taux de personnes âgées de plus de 75 ans dans les services de réanimation a fortement chuté dans les hôpitaux, selon des données récupérées et publiées par Le Monde. Tournant habituellement autour de 25%, il est descendu à 14% au niveau national du 30 mars au 5 avril, à 6% en Île-de-France, selon les chiffres provisoires de la DGOS (Direction générale de l’offre de soins).

"Malheureusement, il y a eu une forme de régulation", déclare sur RMC ce jeudi Eric Ciotti, rapporteur de la commission d'enquête sur la gestion de la crise du coronavirus.

Le député a assisté aux auditions de différents professionnels de la Santé lors de la commission, et il est catégorique: les personnes âgées ont été écartées des soins dans certains cas au plus fort de l'épidémie: "Ces chiffres le démontrent (...) il y a une forme de tri qui a été fait", notamment à cause de la saturation des hôpitaux.

"Un accès au soins limité"

Selon Eric Ciotti, étant donné que les personnes âgées ont été plus touchées, et plus gravement atteintes, par le coronavirus, "si on est logique, on devrait constater qu'il y a plus de personnes âgées en réanimation, or il y en a moins que d'habitude. C'est naturellement une constatation qui démontre qu'il y a eu un accès au soins limité pour des personnes âgées".

La question d'un tri impactant les personnes âgées avait déjà été posée il y a quelques mois, au plus fort de l'épidémie.

"Oui, on va être appelé à prioriser les malades. Si on reprend les termes du président Emmanuel Macron, on est en guerre, eh bien ça s'appelle du tri, comme sur le champ de bataille où on laisse des blessés graves parce qu'on pense qu'ils vont mourir", expliquait en mars à l'AFP Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive réanimation à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Mi-mai, l'hebdomadaire Marianne avait publié une enquête, avec des témoignages de responsables d'Ehpad assurant que le Samu avait à plusieurs reprises refusé d'hospitaliser des résidents de ces établissements. "Il y a des personnes âgées qui auraient probablement pu être sauvées", déclarait alors Florence Arnaiz-Maumé, secrétaire générale du Synerpa, le syndicat professionnel des Ehpad privés.

"Nous avons constaté que les SAMU étaient embolisés", a declaré Annabelle Vêques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et de services pour personnes âgées, relève Le Monde. "Les appels parfois n’aboutissaient pas, et passé plusieurs jours, plusieurs semaines, certaines équipes étaient résignées".

Ces comportements ont été relevés entre autres dans le Grand-Est ou en Île-de-France, des régions particulièrement touchées par l'épidémie du coronavirus. Car si le chiffre nationale du taux d'admission des plus de 75 ans en réanimation a chuté à 14%, il s'agit d'un chiffre global, avec des disparités selon les régions et les hôpitaux.

Le tri dans les hôpitaux n'est pas nouveau

La question de l'admission des personnes âgées en réanimation est posée depuis plusieurs années, le tri dans les hôpitaux n'est en effet pas apparu avec le coronavirus. Pour faire ce choix, trois critères d'évaluation, qui s'appliquent aussi pour le coronavirus: "le souhait du patient", son état de santé général et la gravité de la maladie, précisait Bertrand Guidet en mars.

"On n'a pas eu le sentiment de changer nos procédures de tri", a déclaré lors de son audition Agnès Ricard-Hibon, présidente de la société française de médecine d'urgence (SFMU). "Est-ce qu'il y avait un projet de vie compatible, ou est-ce qu'il n'y en n'avait pas? C'est en fonction de ce projet de vie, de la capacité des personnes en Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées) à supporter l'intensité de soins, que l'on a pris nos décisions", explique-t-elle.

Au-delà d'un critère concernant la place limitée dans ces services, il s'agit en effet de savoir si la personne est capable de supporter la réanimation, qui a été plusieurs fois décrite comme une procédure très lourde pour le malade.

"Est-ce qu'on pose réellement la question à ces personnes âgées de savoir s'ils veulent ou pas qu'on leur impose ce marathon, en sachant que l'on sait pertinemment qu'ils vont s'écrouler au kilomètre 1, 2, 3...", explique-t-elle. Elle demande s'il n'est pas mieux de mettre en place des traitements "dans le confort des Ehpad", plutôt qu'aux "urgences sur un brancard avec des soignants qu'ils ne connaissent pas".

Le profil des patients "totalement différent"

Il y a pu avoir des "blocages" face à la saturation des hôpitaux, explique au Monde Marc Léone, secrétaire général adjoint de la société française d’anesthésie et de réanimation, également auditionné. Mais d'après lui, des patients ont d'eux-mêmes renoncé à entrer en service de réanimation. De plus, la déprogrammation de plusieurs actes chirurgicaux a également changé les profils des patients admis en réanimation.

Selon le ministère de la Santé, qui a réagi aux déclarations d'Eric Ciotti, le profil de ces patients "était totalement différent" de celui de 2019: "l'impact de la déprogrammation des activités chirurgicales non urgentes sur le profil des patients accueillis en réanimation est majeur", fait-il valoir.

Pour le ministère, comparer les chiffres d'admission en réanimation de cette année et des années précédentes procède d'une "utilisation fallacieuse des données fournies" par la DGOS. Notamment parce que le nombre de patients en réanimation, au pic de l'épidémie, était beaucoup plus important cette année (2700 en Ile-de-France contre 1200 l'année précédente), ce qui "rend difficiles les comparaisons", car le pourcentage établi ne se fait pas sur les mêmes chiffres.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV