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TOUT COMPRENDRE - Le débat sur le "passeport vaccinal"

Une aiguille et une fiole du vaccin Pfizer/BioNTech.

Une aiguille et une fiole du vaccin Pfizer/BioNTech. - Bertrand Guay

La création d'un "passeport vaccinal", qui attesterait qu'une personne a été vaccinée contre le Covid-19, soulève de nombreuses questions en France et à l'étranger. Un tel document pourrait être demandé pour voyager, se rendre au restaurant ou aller au cinéma.

Alors que la plupart des pays du monde ont commencé à vacciner leur population contre le Covid-19, une idée fait son chemin: la création d'un "passeport vaccinal". À quoi servirait-il? Quelles questions soulève-t-il? Comment les autorités se positionnent-elles? BFMTV.com fait le point sur le débat.

· Qu'est-ce-qu'un "passeport vaccinal"?

De la France à Israël en passant par la Suisse, la création d'un "passeport vaccinal", "passeport sanitaire" ou "passeport vert" a été émise au sein des sphères politiques et économiques. Il s'agit d'un document qui atteste qu'une personne a bien été vaccinée contre le Covid-19. Il permettrait, à ceux qui le détiennent, de voyager librement à l'étranger, de se rendre au restaurant ou d'aller au cinéma.

Le gouvernement israélien a par exemple présenté, début janvier, une application qui sera l'équivalent d'un passeport numérique pour obtenir un droit d'entrée dans les lieux publics, après un test PCR négatif ou une vaccination. Sans ce sésame, les restaurants, cinémas ou encore salles de concert resteront inaccessibles.

En Suisse, l'Association professionnelle des organisateurs de concerts, de spectacles et de festival y voit quant à elle le moyen de rouvrir les stades et lieux culturels fermés depuis plusieurs mois, rapporte la RTS.

L'industrie du tourisme, durement touchée par la crise coronavirus, considère ce "passeport vaccinal" comme un espoir pour que les voyages redeviennent possibles sans trop de contraintes (test PCR négatif, quarantaine à l'arrivée dans un pays...). La compagnie aérienne australienne Qantas envisage d'ailleurs déjà d'exiger un tel document pour les voyageurs internationaux arrivant en Australie.

À noter qu'un document similaire, le certificat international de vaccination, existe déjà. Il est délivré aux personnes qui se sont fait vacciner contre la fièvre jaune et est obligatoire pour se rendre dans certains pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en a dressé la liste.

· Pourquoi ce document fait-il débat?

L'instauration d'un "passeport vaccinal" fait cependant débat. En France, où la vaccination contre le Covid-19 n'est pas obligatoire, de nombreuses personnes y restent encore réfractaires. Si 47% des Français souhaitent se faire vacciner, selon le dernier sondage Elabe réalisé pour BFMTV, encore 40% ne veulent pas s'y soumettre. Un tel document pourrait donc diviser la société en deux, entre ceux qui disposeraient de ce sésame et pourraient reprendre une vie normale, et les autres. Une atteinte aux libertés individuelles qui pose question.

Des incertitudes entourent également les différents vaccins développés à travers le monde. S'ils empêchent de développer les symptômes de la maladie, on ne sait pas encore exactement combien de temps dure leur protection. Il existe également une inconnue concernant le fait que les personnes vaccinées puissent être porteuses du virus de façon asymptomatique et le transmettre.

Alain Fischer, le "Monsieur vaccin" du gouvernement français, s'est dit opposé à un "passeport vaccinal" en s'appuyant sur ces questions qui restent encore en suspens concernant l'immunité conférée par les vaccins.

"Je n'y suis pas favorable pour des raisons d'abord scientifiques et un peu éthiques aussi. Si j'ai reçu le vaccin en février, j'ai 95% de chances d'être protégé en février, en mars, en avril probablement, mais en mai, juin et juillet on n'a pas encore les informations. Dans l'état des connaissances, ce passeport serait une fausse sécurité", a-t-il expliqué le 8 janvier sur BFMTV-RMC.

· Quelle est la position des autorités?

Fin décembre, le gouvernement avait déposé un projet de loi portant sur l'institution d'un "régime pérenne de gestion des urgences sanitaires", avant de l'abandonner. Le texte laissait la possibilité au Premier ministre de conditionner l'exercice de certaines activités et l'accès à certains lieux à des conditions sanitaires, comme la présentation d'un test négatif récent ou d'un certificat de vaccination.

Plusieurs voix au sein de l'exécutif se sont depuis élevées contre la mise en place d'un "passeport vaccinal". Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, a indiqué, la semaine dernière sur notre plateau, trouver "choquante" une telle idée, assurant que l'unanimité des acteurs du cinéma et du spectacle vivant l'ont rejetée.

En début de semaine, Jean-Baptiste Djebarri, le ministre délégué aux Transports, a affirmé sur LCI que le gouvernement "recherche l'unité nationale" et qu'"il est important de ne pas avoir de catégories de population, (…) de ne pas avoir une segmentation de la population", que créerait un tel document.

Au niveau de l'Europe, la Grèce a appelé cette semaine l'Union européenne à adopter ce certificat de vaccination afin de redonner un coup de pouce au tourisme, rapporte le média Euronews. Lors d'une réunion de la Commission européenne, le 11 décembre, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas ne s'étaient pas montrés favorables à une telle mesure. "La libre circulation des personnes ne devrait pas être conditionnée à un certificat" avait rappelé l'Hexagone.

À l'international, le comité d'urgence de l'OMS s'est dit vendredi opposé "pour le moment" à l'instauration de certificats de vaccination contre le Covid-19 comme condition pour permettre l'entrée dans un pays à des voyageurs internationaux.

"Il y a toujours trop d'inconnues fondamentales en termes d'efficacité des vaccins pour réduire la transmission (du virus) et les vaccins ne sont encore disponibles qu'en quantité limitée", a-t-il souligné dans ses recommandations selon l'Agence France-Presse (AFP), ajoutant qu'une preuve de vaccination ne doit pas exempter des autres mesures de précaution sanitaire.

· Un "passeport vaccinal" inévitable?

Le médecin français Michel Cymes, interrogé ce samedi sur notre antenne, est persuadé que le "passeport vaccinal" va forcément voir le jour. Selon lui, une telle mesure permettrait, malgré les contraintes, de relancer progressivement l'économie du secteur de la culture.

Et une récente initiative, outre-Atlantique, va dans son sens. Malgré les nombreuses questions soulevées par le "passeport vaccinal", une coalition américaine de sociétés informatiques, d'institutions de santé et d'ONG a annoncé jeudi qu'elle allait travailler sur une version numérique et papier d'un tel document. Baptisée VCI (Vaccination Credential Initiative), la coalition comprend notamment le géant de l'informatique Microsoft et les éditeurs de logiciels Salesforce et Oracle.

Clément Boutin Journaliste BFMTV