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Covid-19: un confinement le week-end est-il suffisamment efficace?

Une femme masquée sur la promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes) durant le premier confinement, le 18 avril 2020.

Une femme masquée sur la promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes) durant le premier confinement, le 18 avril 2020. - VALERY HACHE / AFP

À la veille de nouvelles annonces gouvernementales, la piste d'un confinement de l'Île-de-France et des Hauts-de-France le week-end a été évoquée par l'exécutif mercredi. Mais cette mesure s'est-elle révélée efficace là où elle a été adoptée?

Pour faire face à l'urgence sanitaire, Emmanuel Macron a prévenu, ce mercredi lors d'un déplacement dans les Yvelines, qu'il était prêt à prendre les décisions qui s'imposent. Lesquelles précisément? Selon nos informations, l'exécutif envisage donc d'instaurer un confinement le week-end en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, comme cela a déjà été mis en place dans le Dunkerquois, dans les Alpes-Maritimes ou encore dans le Pas-de-Calais.

Mais ces confinements partiels eu-t-ils eu des effets sur la situation sanitaire là où ils ont été décidés? Il est difficile de réellement mesurer concrètement l'impact d'une telle mesure sur les données Covid. Le confinement partiel a incontestablement eu des effets positifs sur les indicateurs épidémiologiques dans certains territoires où elle a été décidée, comme au Portugal, en Colombie ou encore en Guyane française, mais ces résultats ne peuvent pas s'analyser uniquement au regard des mesures du week-end.

Des effets encore difficilement mesurables à l'hôpital

Dans la communauté urbaine de Dunkerque, après deux week-ends confinés consécutifs, le taux d'incidence a baissé de 24%, passant de 1039 cas pour 100.000 habitants à 785 nouveaux cas mardi 9 mars, puis à 673 cas à date du vendredi 12 mars, selon l'ARS des Hauts-de-France - mais cet indicateur peut-être brouillé par l'évolution du nombre de tests, comme le rappelle Guillaume Rozier, responsable de CovidTracker.

Par ailleurs, la situation dans les hôpitaux du Dunkerquois restait encore très tendue mardi dernier. L'hôpital de Dunkerque accueillait alors 80 patients Covid et l'ensemble des lits de réanimation étaient occupés.

"Les mesures de confinement du week-end donnent un résultat sur le taux d’incidence", s'était félicité mercredi dernier Benoît Vallet, directeur de l'ARS Hauts-de-France. Avant de nuancer: "Pour qu’il se traduise au niveau hospitalier, il faut encore 10 à 15 jours."

Même constat dans les Alpes-Maritimes: le taux d'incidence (qui s'élève désormais à 456 cas pour 100.000 habitants) est en baisse depuis fin février. Difficile toutefois de dire si cela est réellement imputable au confinement le week-end, car cette baisse était déjà amorcée avant que ne soit appliquée la mesure. Et là aussi, cela n'a pas encore eu d'effets sur la pression hospitalière.

Dans le Pas-de-Calais où la mesure est en vigueur depuis le 6 mars, les chiffres restent hauts, et ils sont encore trop instables pour en tirer des conclusions. Pourtant, Philippe Froguel, professeur au CHU de Lille et à l'Imperial College de Londres, est catégorique. Pour lui, "le confinement tel qu'il a été fait dans le Pas-de-Calais a été totalement inefficace et c'est très triste de le dire mais il n'y a eu aucune diminution du nombre de cas malgré le confinement le week-end".

Effet vacances ou effet confinement?

"De manière générale, on ne peut pas conclure puisque ces mesures ont été mises en place en période de vacances scolaires qui, on le sait, ont un impact sur l'épidémie", estime dans Le Figaro Pascal Crépey, épidémiologiste à l'École des hautes études en santé publique. "Les vacances ont pris fin le 8 mars à Nice et à Dunkerque donc il faut encore attendre un peu pour voir l'effet propre du confinement le week-end."

"On ne sait pas" si une telle mesure fonctionne, souligne quant à lui le professeur Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique en Belgique. "On sait qu'un confinement est une solution ultime lorsqu'on commence à être totalement dépassé par le contrôle de l'épidémie, mais ici il y a quand même des inconnues. En terme d'efficacité, un confinement le week-end n'est quand même pas très sûr parce que les gens vont rester chez eux le week-end certes, mais je rappelle qu'on se contamine aussi dans le cadre de la cellule familiale", a développé le médecin.

"Et puis, c'est un peu paradoxal et contradictoire, parce qu'on sait que tous les événements à l'extérieur sont, d'une certaine manière, moins à risque. Donc en confinant les gens à l'intérieur, on risque de créer des clusters dans les familles", a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, il est incertain d'avancer qu'un confinement deux jours par semaine aurait les mêmes effets en région parisienne que dans les territoires où cela a été déjà appliqué, comme le rappelait Pascal Crépey dans les colonnes du Parisien.

"Si on ne veut absolument pas confiner strictement la population sept jours sur sept, l’imposition du télétravail pourrait être plus justifiée scientifiquement qu’un confinement le week-end", avançait aussi le chercheur.

Appels des soignants à un confinement strict

De nombreux soignants considèrent qu'un confinement le week-end serait trop insuffisant au vue de la gravité de la situation sanitaire. Les services de réanimation sont également quasiment saturés dans les Hauts-de-France, et le taux d'incidence a de nouveau grimpé à 418 nouveaux cas de contamination pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours dans la région parisienne.

La hausse du nombre de malades en réanimation oblige les hôpitaux d'Île-de-France à déprogrammer près de la moitié de leurs opérations non-urgentes. Et la situation pourrait encore s'aggraver, selon les prévisions de l'AP-HP: jusqu'à 2800 patients pourraient être hospitalisés en soins intensifs au 6 avril, soit plus que lors de la première vague.

"D'un point de vue sanitaire, bien-sûr qu'il faut un confinement important et pas que le week-end", a affirmé sur BFMTV Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive et de réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

"Il faut couper le robinet, cela veut dire couper le nombre de nouvelles contaminations en ville. Et le seul moyen qu'on ait pour cela, et c'est bien malheureux, c'est de confiner les gens", a-t-il affirmé, avant d'ajouter: "La question, c'est: 'que fait-on pour réduire le nombre de morts de cette maladie? C'est comme quand vous avez une fuite d'eau chez vous, si vous décidez juste d'écoper l'eau, ça ne va pas marcher."

"Il faut réduire les contacts 7 jours sur 7"

"Je pense que ça n'est pas suffisant", a aussi abondé Jean-Paul Mira, chef du service de réanimation à l'hôpital Cochin (APHP) à Paris sur notre antenne. "Je pense que les personnels soignants, notamment les réanimateurs qui sont amenés à prendre en charge ces patients, souhaiteraient un confinement plus lourd. C'est ce qu'on se dit entre nous, et c'est ce qui a été dit au président", a-t-il encore défendu.

Même son de cloche venant de la part du professeur Rémi Salomon, pour qui il faut absolument "réduire les contacts au maximum, 7 jours sur 7". "Donc si c'est un confinement le week-end, en semaine, le virus continue de circuler, les gens continuent de se voir au travail, les gens continuent de se voir dans les commerces", notait le président de la Commission médicale de l'AP-HP mercredi matin sur BFMTV.

À la fin du mois de février, la mairie de Paris avait elle aussi jugé qu'un confinement le week-end était "trop faiblement efficace sur le plan sanitaire et trop contraignant sur le plan de la vie quotidienne".

Quitte à confiner, certains politiques préféreraient pourtant que cela soit mis en place seulement le week-end, et pas le reste la semaine, afin notamment de limiter les dégâts sur l'économie. C'est par exemple le cas de la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, qui a plaidé mercredi pour un confinement le week-end, jugé "moins pénible" que le confinement total. Reste à voir quelles seront les modalités retenues par le gouvernement ce jeudi.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV