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Avec l'entrée dans l'hiver et le reconfinement, la crainte de plus de dépressions ces prochains mois

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L'arrivée des températures froides et la baisse de luminosité entraînent chaque année des troubles dépressifs dans la population. Cette année, la crise sanitaire pourrait aggraver cette situation.

Dans son bilan hebdomadaire publié jeudi soir, Santé Publique France note une "augmentation significative des troubles dépressifs" fin octobre, notamment liée à la pandémie de Covid-19 et aux restrictions qui en découlent.

Cette dégradation des indicateurs de santé mentale est observée alors qu'avec l'arrivée de la saison automnale apparaissent également, habituellement, les troubles affectifs saisonniers, aussi appelés dépression automnale ou hivernale, faisant craindre une augmentation du nombre de personnes ressentant des troubles dépressifs.

La combinaison de plusieurs facteurs

La cause exacte de cette dépression saisonnière, "n'est pas entièrement comprise, mais elle est souvent liée à une exposition réduite au soleil pendant les courtes journées d'automne et d'hiver", explique le site de santé publique du Royaume-Uni. Elle se caractérise par une humeur maussade, une irritabilité, un sentiment de désespoir, de culpabilité, d'inutilité ou encore de la léthargie, avec une plus grande fatigue.

Or cette année, les personnes souffrant de cette dépression saisonnière seront encore plus isolées pendant la période hivernale avec le confinement, ce qui pourrait aggraver leurs troubles.

L'hiver couplé au confinement entraîne "moins d'activité, moins de socialisation" explique au média américain USA Today Dr Lata McGinn, professeure de psychologie américaine, "sans parler des pertes d'emplois et des pertes de personnes" liées à la pandémie. "La combinaison de tous ces facteurs, je pense, nous mettrait davantage en danger cet hiver".

Des pshycholoques interrogées par le Washington Post soulignent la même crainte. "Il se peut que les personnes à risque de troubles affectifs saisonniers soient les mêmes que celles pour lesquelles la Covid a déjà déclenché une dépression", explique Lisa Carlson, présidente de l'American Public Health Association.

Une augmentation des troubles dépressifs avec la pandémie

"On s'attend à avoir une augmentation du nombre de dépressions depuis le début de la pandémie", souligne à BFMTV.com le Pr Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental. Elle explique que si les personnes ayant des troubles psychiatriques sont à risque pendant cette période difficile, les scientifiques observent "une augmentation des dépressions même chez des personnes qui n'en ont jamais fait auparavant".

Depuis le début de la pandémie, et notamment avec les mesures des restrictions qui ont suivi, le nombre de dépressions a fortement augmenté. Une étude publiée dans la revue scientifique américaine JAMA note que "la prévalence des symptômes de dépression était plus de 3 fois plus élevée pendant la pandémie de Covid-19 qu'auparavant".

La pandémie "a un impact très anxiogène chez l'individu. Il y a la peur d'attraper le Covid, de le transmettre, le deuil, mais aussi la peur de l'impact économique, du chômage...", explique-t-elle, rappelant que le taux de suicide avait bondi à la suite de la crise économique de 2008.
Le psychiatre Jean-François Solal expliquait également mi-octobre à BFMTV avoir vu une vague de nouveaux patients se présenter à son cabinet depuis la rentrée. "On a des décompensations, soit sur le mode dépressif soit sur le mode symptomatique, c'est-à-dire des crises d'angoisse, des phobies, des troubles compulsifs plus importants", décrivait le spécialiste.

"Les besoins de prise en charge en santé mentale vont augmenter"

Marion Leboyer réclame une meilleure prise en charge de ces personnes malades. "La dépression est une maladie sévère, qui se traite mieux si elle est prise en charge tôt", explique-t-elle. En ce sens elle encourage la population à consulter un médecin ou un psychiatre en cas de symptômes. "Il peut s'agir d'une tristesse de l'humeur, une fatigue qui dure, un manque d'énergie, d'envie de faire quoique ce soit... Si on a un doute il faut consulter".

Outre la consultation d'un professionnel, des thérapies pour lutter contre la dépression hivernale existent déjà, comme la luminothérapie, une technique qui consiste à s'exposer entre une demi heure et une heure à une lampe dont la lumière, spécifique, est proche de la lumière solaire. Une alimentation équilibrée et une activité physique sont également conseillées.

Pour mieux vivre le confinement, le psychothérapeute Benjamin Lubszynski conseillait en avril sur BFMTV le recours à la relaxation, afin "d'apprendre à gérer les situations de stress et ainsi éviter toutes les conséquences négatives qui en découlent". Mais aussi d'organiser ses journées afin de ne pas laisser place à l'anxiété, "la routine est essentielle en temps de confinement", déclarait-il.

En cas de souffrance psychique, des associations et plateformes peuvent vous venir en aide, comme Info-Dépression. Le ministère de la Santé recense également les dispositifs d'aide à distance accessibles pendant le confinement.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV