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"Sauve ton hôtel": lancement d’une plateforme pour soutenir les établissements français

Sauve ton Hôtel

Sauve ton Hôtel - Sauve ton Hôtel

Déçus du manque de solidarité des grandes plateformes de réservation en ligne, des hôteliers indépendants se sont regroupés pour lancer un appel à l’aide et inciter les voyageurs à réserver leurs séjours sans passer par des intermédiaires.

Après trois mois d’arrêt imposé par l’épidémie de Covid-19 et l’entrée en vigueur des mesures de confinement, le secteur de l’hôtellerie espère attirer cet été les vacanciers français, incités par le gouvernement à privilégier des séjours "bleu blanc rouge". Mais ils espèrent surtout les attirer "en direct" et contourner ainsi les commissions imposées par les grandes plateformes de réservation en ligne comme Booking, Expedia ou Algoda, qui s’élèvent de 15 à 25%.

A l’initiative de Kevin Machefert, directeur général du groupe familial éponyme qui regroupe une vingtaine d’établissements en France, une plateforme baptisée "Sauve ton hôtel", a été lancée. Objectif: permettre aux touristes de réserver directement leurs séjours auprès des hôteliers, en échange d’une réduction sur le prix des chambres ou d’avantages proposés sur place.

"Cette opération a pour but de promouvoir un tourisme plus responsable et local, moins onéreux pour les hôteliers, plus avantageux pour les voyageurs, en privilégiant des réservations directes auprès des établissements, sans intermédiaires", précise le communiqué.

350 établissements se sont déjà inscrits sur la plateforme et plus de 1000 autres sont en train de finaliser leur enregistrement, souligne Kevin Machefert. Grâce à un moteur de recherche qui permet de sélectionner une région, la gamme de l’établissement, son environnement, les clients peuvent choisir leur hébergement en ayant connaissance des conditions sanitaires mises en place et de l’aménagement des services proposés. Ils peuvent également découvrir en un coup d’oeil les « avantages » proposés par les hôteliers qui ont dans la grande majorité accepté d’assouplir leurs conditions d’annulation: des remises pouvant aller jusqu’à 30% sur le prix des chambres, un surclassement selon les disponibilités, des coupons pour la restauration, des activités gratuites… Des offres qui ont déjà séduit près de 3000 voyageurs.

"C’est une belle initiative qui nous permet de gagner en visibilité en cette période particulièrement difficile", estime Lucie Brindjonc, directrice générale de l’Hostellerie Cèdre & Spa, située à Beaune.

"Pour remercier les clients qui réservent directement sur notre site, nous leur offrons 15% de remise sur les chambres", ajoute-t-elle.

Le circuit court de l’hôtellerie

S’il reconnaît que les agences de tourisme en ligne ont permis de "créer beaucoup de valeur en révolutionnant le monde de la réservation de chambres", Kevin Machefert regrette le manque de solidarité de ces plateformes en ces temps de crise sanitaire et économique. Alors que le gouvernement a incité les vacanciers dont les séjours avaient été annulés en raison du confinement à privilégier des avoirs, ces opérateurs "ont exigé des hôteliers des remboursements", regrette-t-il, évoquant "un coup de poignard dans le dos".

Dans certaines régions, notamment en Corse, des directeurs d’établissements ont d’ailleurs fait le choix de boycotter Booking pour protester contre le refus de renégocier les commissions. "Avec l’opération Sauve ton hôtel, nous privilégions une réponse plus pacifique et moins martiale", explique le directeur qui souhaite instaurer un "mouvement de désintermédiation", la création d’un "circuit court" dans l’hôtellerie, comme cela se développe dans le secteur de l’alimentation ou de l’habillement.

Fière de son succès, trois semaines seulement après son lancement officiel, « Sauve ton hôtel » pourrait être pérennisée sur le long terme. « Nous sommes reçus cette semaine par les directeurs des comités régionaux du tourisme et rencontrerons les membres du gouvernement à la rentrée », annonce Kevin Machefert qui espère que cette opération permettra d’induire un changement profond dans le comportement des consommateurs.

Mélanie Rostagnat Journaliste BFMTV