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Politique

Rencontre Poutine-Macron: un "dialogue franc et direct" sur la situation internationale

Cet après-midi, le président russe, Vladimir Poutine, et le président de la République, Emmanuel Macron, ont donné une conférence de presse commune au château de Versailles, dans la galerie des Batailles. Ils ont notamment évoqué les sujets internationaux.

Ce lundi, Emmanuel Macron recevait Vladimir Poutine au château de Versailles, trois cents ans après la visite diplomatique du tsar Pierre le Grand dans les mêmes lieux. Dans l'après-midi, les deux chefs d'Etat ont donné une conférence de presse commune, après un déjeuner prolongé à la table d'Alain Ducasse, dans la galerie des Batailles, au premier étage de l'aile du Midi de l'ancienne résidence des Bourbons.

L'Etat syrien au centre des discussions

Emmanuel Macron a d'abord évoqué les discussions bilatérales au sujet de la Syrie: "Sur la Syrie j’ai rappelé nos priorités. Et je crois que nous pourrons travailler ensemble les prochaines semaines. Notre priorité absolue, c’est la lutte contre le terrorisme et l’éradication de Daesh. Je souhaite ensuite que nous aidions à une transition démocratique tout en préservant un Etat syrien."

Le chef d'Etat français a mentionné deux de ses volontés profondes dans ce dossier: "une ligne rouge très claire existe de notre côté, l’utilisation d’armes chimiques par qui que ce soit. Une utilisation des armes chimiques entraînera une riposte immédiate de la France. La seconde, c’est l’accès à l’aide humanitaire."

Vladimir Poutine a rappelé le point de vue russe sur la politique à mener vis-à-vis de la situation syrienne: "Nous estimons que nous ne pouvons pas lutter contre la menace terroriste tout en détruisant l’Etat syrien." Le président russe a ajouté la mention d'une mesure concrète: "Le plus important, c’est la lutte contre le terrorisme. Le président français a proposé de mettre en place un groupe de travail pour lancer une coopération pratique contre la menace terroriste, particulièrement dangereuse pour nous, comme pour les pays occidentaux."

Ukraine: Macron veut s'inscrire dans le processus de Minsk

Au milieu des bustes des maréchaux de Napoléon et de certains des plus grands généraux français, un autre sujet a été abordé lors de ce point-presse: celui de la crise ukrainienne.

"Nous avons longuement parlé de la situation en Ukraine et du processus de Minsk. Notre souhait est de mettre en place un échange sur le modèle dit 'Normandie', aux côtés de l'Allemagne et en présence de l’OSCE dans la région. Ce processus doit perdurer. Nous avons partagé nos vues, et j’ai appelé à une désescalade de ce conflit", a ainsi déclaré Emmanuel Macron. 

  • Vladimir Poutine a fustigé les sanctions internationales contre son pays, décidées en raison de la situation ukrainienne: "Ces sanctions ne contribuent aucunement à régler cette crise!"

La problématique des droits de l'Homme a aussi été, rapidement, soulevée. En ce qui concerne les persécutions s'abattant contre les personnes homosexuelles en Tchétchénie, le président français a lancé: "J’ai rappelé au président Poutine l’importance de plusieurs sujets, dont celui du respect de toutes les personnes, et sensibilités. Nous avons évoqué le cas des personnes LGBT en Tchétchénie. Nous avons convenu d’avoir un suivi extrêmement régulier ensemble. Vladimir Poutine a d’ailleurs annoncé plusieurs initiatives dont le fait de mettre en lumière les actions des autorités locales."

La présidentielle française s'invite dans l'échange

Interrogé par un journaliste sur une potentielle "ingérence" politique de la Russie dans certaines élections (comme les présidentielles américaine et française, par exemple), le natif de saint-Pétersbourg a vertement répondu: "Pour ce qui est de la soi-disant ingérence de la Russie dans les élections de tel ou tel pays, nous ne l’avons pas abordé. Le président n’a manifesté aucun intérêt pour cette question et moi, encore moins. (...) On ne peut fonder des actions sur des suppositions."

Ne fallait-il pas voir toutefois dans la venue de Marine Le Pen au Kremlin durant la campagne et sa réception par Vladimir Poutine, une préférence marquée du successeur de Boris Eltsine pour une pièce de l'échiquier politique français? "Marine Le Pen vient systématiquement à Moscou. Son opinion sur la sauvegarde des identités européennes n’est pas sans fondement. C’est mon avis. Nous sommes prêts à accueillir n’importe qui, à tout moment. Pourquoi devrions-nous refuser d’accueillir Marine Le Pen ? Et ça ne veut pas dire que nous voulions influencer les élections." 

Vladimir Poutine a laissé entendre qu'il ne s'était pas fait d'illusion sur les chances de la présidente du Front national de remporter la présidentielle française: "Nous avons toujours su quelle était l’opinion de la France, nous lisons les sondages. (...) Nous ne sommes pas des enfants."

Emmanuel Macron, quant à lui, a expliqué pourquoi il avait barré l'entrée à son quartier général aux reporters de deux médias russes. "Russia Today et Sputnik ont été des outils d’influence qui ont répandu des contre-vérités sur ma personne et ma campagne. A cela, je ne céderai rien. Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportés comme des organes de presse et de journalisme mais comme des organes de propagande mensongère."

Un dialogue "très franc et direct"

La nature des relations franco-russes et de la cordialité, ou non, des échanges s'étant tenus en privé entre les deux hommes ont aussi occupé la conférence. "On partage des désaccords mais au moins on les a partagés. Ça a été un dialogue très franc et direct. Je ne vous dirai pas tout ce que nous nous sommes dits. Il en va ainsi de la bonne politique", a énoncé Emmanuel Macron. 

Le président russe n'a pas nié la persistance de certaines divergences entre les deux Etats. Mais il a voulu se montrer optimiste en relevant que la Russie et la France pouvaient s'unir sur certains dossiers. Les deux présidents se sont ensuite éclipsés pour prendre l'air du côté des jardins à la française de Le Nôtre puis découvrir l'exposition "Pierre le Grand" abritée par le pavillon de Trianon. 

Robin Verner