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Qui sont les socialistes rescapés du 1er tour?

Marisol Touraine.

Marisol Touraine. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Les rares socialistes en position de l'emporter le 18 juin bénéficient de l'absence de La République en marche ou devront obtenir les voix des électeurs de la France insoumise.

Ce sont des oiseaux rares: seuls 23 candidats socialistes, radicaux de gauche ou divers gauche sont arrivés en tête du premier tour des élections législatives. "Dans ce génocide de socialistes, j'ai l'impression de sortir d'outre-tombe", confie à L'Opinion le miraculé Gilles Savary, qualifié en deuxième position en Gironde. 

Manuel Valls, Marisol Touraine, Stéphane Le Foll... dans les 86 circonscriptions où la gauche "gouvernementale" est présente, les candidats en position de l'emporter appartiennent en grande majorité au courant "légitimiste" du Parti socialiste. Fidèles à la ligne de François Hollande pendant son quinquennat, ces candidats sont aujourd'hui tournés vers Emmanuel Macron, mais n'ont pas rejoint La République en marche.

Le légitimisme récompensé

Les résultats des candidats socialistes apparaissent comme un désaveu de la ligne frondeuse du parti, incarnée par Benoît Hamon - éliminé aux premiers tours des élections présidentielle et législatives. En Meurthe-et-Moselle, l'un des rares socialistes à avoir devancé un candidat LREM, Dominique Potier, revendique sa solidarité avec le gouvernement pendant la présidence Hollande: 

"J'ai partagé parfois les revendications des frondeurs, mais je me suis toujours tenu dans une logique de discipline."

Il n'est pas à exclure, cependant, que les électeurs retiennent la proximité idéologique de ces candidats avec le nouveau président, plutôt que leur fidélité envers son prédécesseur. À ce titre, le succès d'Olivier Falorni dans les Deux-Sèvres (36,54%), dissident tombeur de Ségolène Royal en 2012, apparaît comme une ironie mordante.

Circonscriptions vacantes

Parmi les rescapés du Parti socialiste, ceux qui pointaient en tête au soir du premier tour sont bien souvent candidats dans des circonscriptions laissées vacantes par les macronistes. C'est par exemple le cas dans la circonscription de Christophe Bouillon en Seine-Maritime, qui caracole à 41,86%, dans un scrutin semblable à celui de 2012. Même diagnostic pour Joaquim Puyeo dans l'Orne, qui profite des divisions de la droite et de l'absence de La République la marche pour se classer premier.Le cas de l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, investie par le Parti socialiste mais faisant campagne sans le logo de Solférino, est l'un des plus représentatifs: sans candidat "présidentiel" face à elle, elle bascule nettement en tête en Indre-et-Loire.

Reports défavorables

"Il y a trois catégories de députés PS, résume Gilles Savary. Ceux qui sont morts; ceux qui ont survécu parce qu'ils ont été épargnés par En Marche! en vertu d'un droit de seigneurie, et la piétaille que l'on a envoyée sous le feu d'En Marche!."

Comme beaucoup - il y aura 60 duels entre le bloc de gauche et les candidats LREM et MoDem -, le député sortant fait partie de cette troisième catégorie. Qu'il s'agisse de Jérôme Lambert en Charente ou Guillaume Garot en Mayenne, nombre de socialistes devraient subir un report des voix défavorable des électeurs Les Républicains vers le candidat de La République en marche.

La réserve de voix France insoumise

Dans la mécanique des reports, la seule lueur d'espoir pour les socialistes vient bien souvent des partisans de la France insoumise, dont une part pourrait vouloir faire barrage à Emmanuel Macron. C'est par exemple le cas d'Olivier Faure en Seine-et-Marne, arrivé deuxième à trois points de la candidate LREM, mais pouvant espérer rallier une partie des 13,32% de la France insoumise.

Dans le Puy-de-Dôme, Christine Pirès-Beaune, qui avait respecté la discipline majoritaire tout en s'opposant à la déchéance de nationalité, devrait elle aussi siphonner les 15,72% du candidat mélenchoniste pour battre le représentant LREM. Entre affidés de La République en marche et élus grâce au voix de la gauche radicale, les futurs députés socialistes devront encore trouver un compromis.

Louis Nadau