BFMTV

Législatives: claque historique pour le Parti socialiste

Jean-Christophe Cambadélis.

Jean-Christophe Cambadélis. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

D'anciens ministres en difficulté ou éliminés, un candidat à la présidentielle battu dans les Yvelines dès le premier tour, d'anciennes figures vaincues, une fédération historique désertée par le succès, une capitale qui glisse entre les doigts du poing à la rose, la soirée de ce premier tour des législatives a été désastreuse pour le Parti socialiste.

La bataille des législatives n'est pas encore finie, mais ce dimanche 11 juin s'affirme déjà comme la bérézina du PS. Le parti, qui formait la précédente majorité, a été purement et simplement laminé. Selon notre estimation Elabe, le Parti socialiste et ses alliés écologistes, radicaux de gauche et divers-gauche, devraient placer sur les bancs de la prochaine Assemblée nationale entre 30 et 40 députés. Mais au soir du premier tour, ils sont nombreux à être déjà éliminés. 

Benoît Hamon encore battu

Le patron des socialistes, Jean-Christophe Cambadélis, est un des symboles de cette déroute majeure. Le député de Paris a été éliminé dès le premier tour, largement devancé par Mounir Mahjoubi, jeune secrétaire d'Etat au Numérique et candidat pour La République en marche. 

Au nombre des déçus de la journée, on compte aussi celui qui revenait tout juste d'une défaite consommée il y a moins de deux mois, lors de l'élection présidentielle. Benoît Hamon, lourdement assommé au soir du premier tour de la présidentielle en étant lesté d'un faible 6,36% des suffrages exprimés, a été cette fois-ci défait dès le premier tour des législatives dans la 11e circonscription des Yvelines, où il avait été élu député il y a cinq ans. Avec 22,61% des voix, il lui en manque 80 pour passer l'écueil sur lequel il vient buter ce dimanche. 

Celle qui lui avait succédé au ministère de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, n'est certes pas éliminée mais elle semble elle aussi en bien cruelle posture dans la 6e circonscription du Rhône où elle est décrochée de vingt points (elle est créditée de 16,54%) par le "marcheur" Bruno Bonnell. Si elle est présente au second tour, ses chances de l'emporter sont minces. 

La disette pour les anciens ministres

La pilule est plus amère encore pour d'autres anciens membres du gouvernement. Aurélie Filippetti a été vaincue dans son fief mosellan (11,80% des suffrages). Elle a même évoqué "la disparition de la gauche". Pascale Boistard, ex-secrétaire d'Etat chargée des personnes âgées, ne dépassera pas le premier tour du scrutin dans la 1ère circonscription de la Somme. Il faut dire qu'elle n'a enregistré que 7,06% des suffrages exprimés. Dans la Seine-et-Marne, Juliette Méadel connaît le même destin. Avec 8,3% des voix, elle ne peut espérer franchir le cap. 

L'ancien secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert, a également été battu dans la 3e circonscription de la Meurthe-et-Moselle où il avait été élu en 2012. En 2017, il n'a pas pu convaincre plus de 9,49% des inscrits s'étant déplacés et exprimés. Matthias Fekl a exercé, de manière éphémère, une fonction plus éminente que celle de son aîné mais n'a pas pu trouver une meilleure issue. Avec environ 17%, il est désavoué dans cette 2e circonscription du Lot-et-Garonne qui l'avait élu pour la dernière législature. En marge de ces noms, on remarque également que des figures comme Elisabeth Guigou ou Jean Glavany, qui furent également ministres en leur temps, se sont heurtés de plein fouet à une impasse au premier tour. Les anciens ministres qui s'en sortent le mieux sont encore ceux qui n'avaient pas de candidat En Marche! face à eux, comme Stéphane Le Foll, Marisol Touraine ou encore Myriam El Khomri. 

Une catastrophe géographique et financière

Ce n'est pas qu'une affaire de personnalités, c'est aussi une affaire de géographie. Le parti d'Epinay est déboulonné de certains de ses fiefs les plus emblématiques. Comme le note le JDD, aucun socialiste n'est pour l'heure qualifié pour le second tour dans le Nord-Pas-de-Calais, où il disposait jusque-là de 18 députations. C'est donc un très rude coup pour la puissante Fédération du Nord. A Paris, ville détenue par le PS, le mouvement est éliminé dans de nombreuses circonscriptions, victime des candidats "LR" et surtout "LREM". 

Et la bérézina législative va immanquablement déboucher sur un Waterloo financier. Les partis politiques sont largement dépendants d'une aide de l'Etat calculée en fonction des performances de leurs candidats aux législatives, à condition qu'ils aient dépassé les 1% de suffrages exprimés dans au moins cinquante circonscriptions. En effet, chaque formation touche alors 1,42 euros par an pendant cinq ans pour chaque bulletin. L'élection d'un député, quant à elle, rapporte 37.280 euros. Moyennant quoi, en 2016, le PS avait perçu 25 millions d'euros. Le manque à gagner promet d'être cette fois-ci abyssal. 

Robin Verner