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Présidence de l'UMP: les fraudes de 2012 hantent le scrutin

Le scrutin pour la présidence de l'UMP qui démarre ce vendredi à 20 heures pour une durée de 24 heures va être attentivement scruté.

Le scrutin pour la présidence de l'UMP qui démarre ce vendredi à 20 heures pour une durée de 24 heures va être attentivement scruté. - Kenzo Tribouillard - AFP

Les militants du principal parti d’opposition sont appelés à partir de vendredi soir 20h à élire celui qui tiendra les rênes de leur mouvement. Le score du futur vainqueur sera très attentivement surveillé, le système de vote n'étant pas sans faille.

C’est un spectacle de la politique française que personne ne souhaite revivre. L'élection pour la présidence de l'UMP en 2012 avait été émaillée par des suspicions de fraudes, plongeant le parti dans une crise sans précédent. Deux ans et un nouveau scrutin plus tard, bien des choses ont changé. Le nouveau vote sera-t-il pour autant incontestable?Explications.

Ne pas réitérer novembre 2012

Souvenez-vous, c’était en novembre 2012. Six mois après la défaite de Nicolas Sarkozy face à François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, les adhérents de l’UMP étaient invités à choisir leur nouveau chef de file.

Le duel qui avait opposé à l’époque Jean-François Copé et François Fillon avait rapidement tourné à l'empoignade: entre les votes des fédérations d’outre-mer qui n’auraient jamais été comptabilisés dans les résultats proclamés, et un très (trop?) grand nombre de voix exprimées par procuration, la suspicion et la sincérité de ce scrutin allaient être à jamais remises en cause. Au point de déclencher une guerre interne sans précédent.

Un vote électronique et une Haute autorité

Pour ce nouveau vote censé donner un président à l’UMP, la donne est aujourd’hui différente. Nicolas Sarkozy est sorti de sa simili-retraite politique et s’est lancé dans la reconquête d’un parti qu’il avait déjà guidé de 2004 à 2007. Le vote, lui, sera 100% électronique. Il est placé sous le contrôle d'une Haute autorité indépendante, formée pour trancher radicalement avec la Cocoe, l’autorité de contrôle interne de l’UMP qui s’était illustrée en novembre 2012 par ses couacs.

Dès lors que l'ex-président de la République, favori des sondages, peut prétendre être élu à la majorité dès ce week-end, d’éventuelles irrégularités pourraient-elles avoir un impact? Oui, pour deux raisons. "Même s'il y a un favori clair dans cette élection, chaque candidat aurait un mobile pour tricher", explique le politologue Thomas Guénolé à Europe 1. "Pour les challengers, il s'agirait de réduire l'écart au maximum", poursuit-il. "Et du côté du favori, il s'agirait au contraire d'obtenir un score élevé. Car pour Nicolas Sarkozy, être élu avec 60% ou avec 80% des voix, ce ne sera pas la même chose".

En effet, si l’ancien chef d’Etat souhaite refonder en profondeur son parti, il lui faut une légitimité incontestable, ce qui n'est pas garanti.

Un résultat national, et juste national

Dans un souci de crédibilité, l’UMP se doit d'organiser un vote irréprochable pour faire oublier le fiasco de novembre 2012. Problème: plusieurs voix se sont déjà élevées pour en douter. Parmi lesquelles celles de Bruno Le Maire et d’Hervé Mariton, les deux concurrents de Nicolas Sarkozy.

Le premier cité a prévenu: il sera "très vigilant sur la caractère incontestable des résultats". Ce n’est pas tant les tricheries qui inquiètent l'ancien ministre de l’Agriculture, mais plutôt le dispositif mis en place.

 "C'est la première fois que nous faisons un vote électronique de cette importance-là à l'UMP", a-t-il relevé le 20 novembre dernier à Tours. "Est-ce qu'on est parfaitement prêts? La réponse est non (...) je regrette que la semaine prochaine, nous ne puissions avoir des résultats par département. Notre parti étant organisé en fédérations départementales, il aurait été utile d'avoir des résultats par département", a-t-il regretté.

D’autant plus regrettable qu’en 2012, ce sont ces mêmes résultats par fédération qui avaient permis de mettre au jour des fraudes massives.

Tous les adhérents pourront-ils voter?

Contrairement à l’expérimentation du vote électronique en 2013 pour la fédération parisienne de l’UMP, un scrutin qui fut également entaché de défaillances, celui de ce week-end ne sera ouvert qu’aux adhérents du parti. Seuls les militants à jour de leur cotisation au 30 juin dernier ont, depuis, reçu des accès leur permettant d’exprimer leur suffrage sur Internet.

En théorie, car sur BFMTV ce jeudi, Hervé Mariton s’est étonné de ce que certains militants UMP de la Manif pour tous et du courant Sens commun, qui le soutiennent clairement, "n’ont jamais reçu leurs codes". "Plusieurs centaines, voire des milliers" d’adhérents, sur les quelque 268.000 que compte le parti, seraient concernés, a-t-il déploré.

Anne Levade, présidente de la Haute autorité chargée d’encadrer ce scrutin, s’est voulue rassurante en expliquant sur BFMTV qu’il sera possible de récupérer un mot de passe simplement en indiquant une adresse e-mail.

Un risque de malveillances?

Qui dit vote 100% électronique, dit risque de défaillance. Pour la société Parangon, qui a mis au point le logiciel utilisé pour cette élection, le système est "inviolable". Mais, comme le rappelle le Huffington Post, ce sera également la première fois que cette entreprise sera chargée d’un scrutin de cette ampleur. D’aucuns craignent ainsi de voir la procédure "planter".

D’autres redoutent un piratage informatique. Le politologue Thomas Guénolé, qui s’est penché sur la question avec un expert en informatique, aurait repéré deux failles qui pourrait venir perturber, voire totalement fausser, le scrutin.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV