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Pourquoi la France insoumise tient la tête de l'opposition à l'Assemblée nationale

Des députés de la France insoumise brandissent le code du Travail à l'Assemblée nationale.

Des députés de la France insoumise brandissent le code du Travail à l'Assemblée nationale. - Martin BUREAU / AFP

Le parti d'extrême gauche tire semble tirer son épingle du jeu de la recomposition politique actuelle. Il s'est installé dans la jeune Assemblée comme le porte-voix de l'opposition. Pour le moment du moins.

"Nous sommes l'alternative à votre monde", déclarait Jean-Luc Mélenchon à l'adresse de l'exécutif à l'issue du discours de politique générale d'Edouard Philippe. "Nous sommes 8, mais nous en valons 80", affirmait pour sa part Marine Le Pen au lendemain des législatives, qui ont conduit 8 députés frontistes dans les rangs du Palais-Bourbon, contre 2 lors du précédent mandat. La France insoumise et le Front national veulent tous deux incarner l'opposition à la politique gouvernementale. Mais force est de constater que pour l'instant, seule la France insoumise parvient à se faire entendre.

Elle semble même bénéficier d'un alignement des planètes particulièrement favorable, au point d'apparaître, notamment lundi lors des débats sur le projet de loi de réforme du Code du travail par ordonnances, comme la seule opposition active. Adrien Quatennens, député du Nord âgé de 27 ans, déjà remarqué pour sa chevelure rousse, s'est ainsi illustré par ses bons mots à l'Assemblée, au point d'apparaître comme le fer de lance de cette opposition. 

L'atout du groupe face au FN

Cet alignement n'a cependant rien de mystérieux, et résulte de plusieurs faits. Pour Christophe Bourseiller, historien spécialiste de l'extrême gauche joint par BFMTV.com, cette situation est "conjoncturelle, liée au début du quinquennat", c'est un "phénomène immédiat" qui pourrait ne pas durer.

Tout d'abord, la formation dispose d'un groupe de 17 députés, dont certains issus du Parti communiste ou du Parti de gauche. Face au Front national, cela constitue un premier atout de taille, car le fait de n'avoir pas de groupe prive par exemple un parti d'un précieux temps de parole. Il se pourrait aussi que la méconnaissance des règles de l'Assemblée par le parti ait joué en sa défaveur.

Méconnaissance des règles

Comme le rapportait Le Monde début juillet, un élu frontiste aurait pu demander de prendre la parole à l'issue du discours d'Emmanuel Macron au Congrès. Mais le parti ignorant cette règle, c'est un sénateur divers droite qui a pris la place. Le règlement du Congrès prévoit "un temps de parole de cinq minutes attribué au député ou au sénateur n’appartenant à aucun groupe qui s’est fait inscrire le premier dans le débat". La situation interne au parti parti frontiste n'arrange pas non plus les choses.

"Le Front national n'a pas de groupe et attend son séminaire, son entrée en conclave, pour se déterminer sur son avenir", explique Christophe Bourseiller, qui explique ainsi la posture de réserve de certains députés frontistes.

Une posture difficilement tenable à long terme

Pour l'historien, le Parti socialiste est aussi "atone" que le Front national, et le Parti communiste illustre une opposition "plus sage" que les députés venus de la France insoumise. Quant aux Républicains, malgré un groupe conséquent de 100 députés, ils sont minés par leurs divisions internes. Comme le souligne aussi Christophe Bourseiller, le projet de loi actuellement à l'étude, sur la réforme du Code du travail, permet à la France insoumise de se démarquer, puisqu'elle y est farouchement opposée.

"C'est un boulevard pour la gauche de la gauche, ils vont en profiter pour se faire entendre, aux côtés des syndicats".

"La France insoumise joue la carte du tapage tribunitien, comme des mauvais élèves", résume Christophe Bourseiller, qui s'amuse de l'expression imaginée par un animateur: "il y avait les béni-oui-oui, maintenant il y a les béni-non-non". Pour lui, ce tapage est en tout cas un "épiphénomène" à ce stade, et pourrait jouer en défaveur du parti à long terme.

"Ils ne pourront pas garder cette posture trop longtemps, au risque de rappeler celle des députés frontistes entrés à l'Assemblée en 1986", sous François Mitterrand. 

Charlie Vandekerkhove