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Avec huit députés, le FN échoue à constituer un groupe à l'Assemblée

Marine Le Pen au Palais des congrès d'Ajaccio pendant la campagne présidentielle, le 8 avril 2017 à Ajaccio (Corse).

Marine Le Pen au Palais des congrès d'Ajaccio pendant la campagne présidentielle, le 8 avril 2017 à Ajaccio (Corse). - Pascal Pochard-Casabianca - AFP

Une fois de plus, la marche du second tour a été trop haute pour les candidats du Front national, dont seulement huit l'ont emporté pour ces législatives.

L'objectif affiché n'est pas atteint: en envoyant huit députés au Palais Bourbon, le Front national échoue à constituer un groupe à l'Assemblée nationale. L'épisode de 1986 excepté, avec 35 députés FN élus à la proportionnelle intégrale, jamais le parti d'extrême droite n'avait obtenu autant de députés au scrutin majoritaire, mais cela est insuffisant pour atteindre le minimum de 15 députés requis pour former un groupe.

Le résultat des ces législatives est un peu meilleur qu'attendu après le premier tour, au cours duquel le FN avait obtenu 13,2% des voix et un score inférieur à celui de 2012 "extrêmement décevant", de l'aveu de la présidente du parti, Marine Le Pen.

La garde rapprochée mariniste à l'Assemblée

Cette dernière, qui va siéger pour la première fois à l'Assemblée comme députée du Pas-de-Calais, sera accompagnée par Bruno Bilde (12e du Pas-de-Calais), l'un de ses plus anciens conseillers; Sébastien Chenu (19e du Nord), transfuge de LR devenu un de ses proches; mais aussi Ludovic Pajot (10e du Pas-de-Calais), qui devrait être le benjamin de la nouvelle Assemblée; et José Evrard (3e du Pas-de-Calais), ancien militant communiste. Son compagnon Louis Aliot s'impose d'une courte tête dans la 2e des Pyrénées-Orientales face à une candidate MoDem.

Fortunes diverses pour les circonscriptions acquises en 2012: Gilbert Collard, apparenté FN, sauve d'un cheveu son siège dans la 2e du Gard. A l'inverse, Hervé de Lépinau, qui remplaçait Marion Maréchal-Le Pen, en retrait temporaire de la vie politique, a été battu dans la 3e du Vaucluse.

L'apparentée FN Emmanuelle Ménard, patronne de Boulevard Voltaire et épouse du maire de Béziers proche du FN Robert Ménard, décroche un siège dans l'Hérault. Jacques Bompard, maire d'Orange qui entretient des rapports tumultueux avec le FN, est réélu dans le Vaucluse. Un de ses proches a dit à l'AFP "laisser la porte ouverte" à "une union des droites" au Palais Bourbon pour former un groupe.

Nicolas Dupont-Aignan, qui s'est allié avec le FN entre les deux tours de la présidentielle avant de reprendre ses distances, est aussi réélu dans l'Essonne. "L’enjeu maintenant est d’agir vite pour unir les forces de résistance", a-t-il dit dimanche soir.

"Ne pas crier victoire"

Marine Le Pen regagne, en faisant élire députés des proches dans les Hauts-de-France, un peu de sa légitimité écornée par le débat "raté" du second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron et par le premier tour décevant des législatives. Toutes les victoires FN ont d'ailleurs été obtenues en duel, contrairement au deux triangulaires remportées à l'arraché en 2012.

A l'inverse, Florian Philippot, vice-président du FN de plus en plus contesté dans le parti d'extrême droite échoue comme en 2012 à se faire élire en Moselle, à l'instar de plusieurs proches: Sophie Montel, Doubs ; Kevin Pfeffer, Moselle; Damien Philippot, Aisne; Joffrey Bollée, Seine-et-Marne, etc.

Marine Le Pen faisait du FN "le premier parti de France" et ambitionnait mi-2016 une majorité au Palais Bourbon dans la foulée d'une accession à l'Elysée: sa formation devrait être la 8e à l'Assemblée en nombre de sièges pour la prochaine mandature.

Débat interne

Lors d'une allocution télévisée, elle a demandé à nouveau que le mode de scrutin soit revu en faveur d'un système proportionnel, jugeant "scandaleux qu'un mouvement comme le (sien) (...) ne puisse obtenir un groupe à l'Assemblée". "Nous sommes la seule force de résistance", a assuré la présidente du FN, qui continue à penser que "la recomposition de la vie politique arrive".

Mais dans ses rangs déjà agités par plusieurs semaines de tensions, des voix contraires ont déjà fusé. "Nous ne devons pas crier victoire parce que le Front national a pris un sacré coup dans la tête", a ainsi affirmé dimanche soir Gilbert Collard, réputé "mariniste", mais l'un des plus critiques envers Florian Philippot.

"Il va falloir maintenant réfléchir très sérieusement au fonctionnement du mouvement et à la manière dont on doit s'organiser", a-t-il demandé. Le FN a rendez-vous mardi pour un bureau politique qui pourrait lancer la saison de "refondation" du FN promise par Marine Le Pen au soir du second tour de la présidentielle, et qui devrait culminer lors d'un congrès prévu dans les premiers mois de 2018.

L.N. avec AFP