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17 élus PS menacent de ne pas prendre part à la campagne de Hamon

Seize députés et un sénateur qui composent le Pôle des Réformateurs du Parti socialiste - l'aile droite du parti - n'excluent pas d'utiliser leur "droit de retrait" et de ne pas participer à la campagne de Benoît Hamon si le candidat choisi lors de la primaire ne propose par "les éléments pour nous rassembler".

Ils ne remettent pas en cause la victoire de Benoît Hamon à la primaire de gauche et ses plus de 58% de suffrages. Deux députés socialistes, en désaccord avec le projet porté par le candidat de la gauche à la présidentielle de mai, menacent pourtant de ne pas soutenir sa campagne. "Nous revendiquons haut et fort un droit de retrait de la campagne présidentielle car les conditions de notre soutien à la candidature de Benoît Hamon ne sont pas réunies", écrivent Christophe Caresche et Gilles Savary, représentants de l'aile droite du PS*.

"Le rassemblement, c’est le respect de tous associé à des actes, ce ne peut être l’obligation, pour chaque socialiste, de se convertir à la 'fronde'", écrivent les deux élus dans une tribune publiée dans Le Monde, signée par au total seize députés et un sénateur*.

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Les députés, membres du Pôle des Réformateurs du Parti socialiste, estiment que le projet présenté par Benoît Hamon n'est pas représentatif de tous les courants présents au sein du parti. A commencer par le revenu universel. "C'est une proposition qui n'a jamais été discutée au PS", déplore sur RMC Christophe Caresche. Le député de Paris "demande alors à Hamon qu’il y ait dans cette campagne les éléments pour nous rassembler". Un rappel à l'ordre que Bernard Cazeneuve a dressé lundi au candidat de la gauche.

"Cas de conscience"

Au soir de la victoire de Benoît Hamon, des élus socialistes dont Alain Calmette - proche du Pôle des Réformateurs du PS - ou Jean-Louis Gagnaire, député de la Loire, ont annoncé leur ralliement à Emmanuel Macron jugeant "impossible" de soutenir celui qui a incarné la fronde. Christophe Caresche et Gilles Savary parlent eux de "cas de conscience inédit". "Comment porter un projet présidentiel conçu comme l’antithèse d’une action de mandature que nous avons soutenue et dont nous revendiquons les avancées?", interrogent-ils.

"J’ai été un député loyal, j’ai soutenu le gouvernement, le président de la République et il faut expliquer aujourd'hui que le bilan n’est pas bon, s'étonne sur RMC Christophe Caresche. On nous demande de renier ce que nous avons voté." "Il ne nous est pas possible sans nous trahir, sans trahir ce que nous avons dit à nos électeurs, sans trahir les bilans de mandat que nous avons soutenus de mener une campagne présidentielle qui est aux antipodes et qui constitue un tête à queue", surenchérit sur BFMTV Gilles Savary.

Ils dénoncent alors un projet "fondé sur une logique d'assistance généralisée et de dépréciation de la valeur travail". Un reniement du bilan présidentiel, selon eux, qu'ils ont défendus à l'Assemblée pendant l'ensemble du quinquennat de François Hollande. "Nous sommes fiers d’appartenir à la seule majorité gouvernementale d’Europe qui a refusé l’austérité tout en contenant les inégalités, en dépit d’un contexte terrible", martèlent Christophe Caresche et Gilles Savary, qui avait déjà évoqué la possibilité de ce droit de retrait.

Une entente impossible avec Mélenchon

Difficulté d'un point de vue idéologique mais aussi d'un point de vue stratégique. Au soir de sa victoire, Benoît Hamon a appelé à un grand rassemblement de la gauche évoquant la possibilité de discuter avec l'écologiste Yannick Jadot ou le représentant de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. "Tendre la main à Jean-Luc Mélenchon, n’est pas forcément rassurant, estiment les députés de Paris et de Gironde. Car Benoît, si ton ambition - légitime - est effectivement de créer les conditions d’une unité restaurée, celle-ci devrait d’abord s’adresser à tous ces militants et sympathisants qui ne se retrouvent pas dans ton 'offre' actuelle."

Selon eux, beaucoup d'électeurs socialistes ne vont pas se retrouver dans le projet du candidat Hamon et feront un autre choix à la présidentielle. "Conscients de la responsabilité écrasante qui pèse aujourd’hui sur les forces progressistes, nous refusons tout à la fois la brutalité d’une droite (...) et le naufrage d’une extrême droite qui n’a jamais aimé la France", insistent ceux qui se présentent comme les représentants du Pôle des Réformateurs du Parti socialiste qui comptent une quinzaine de députés.

Et de conclure: "Mais nous ne pensons pas davantage que l’avenir puisse passer par cette aventure aléatoire à laquelle nous convierait une gauche radicalisée."

* Liste des signataires: Dominique Baert (Nord), Yves Blein (Rhône), Alain Calmette (Cantal), Christophe Caresche (Paris), Jean-Pierre Caffet (sénateur de Paris), Françoise Dumas (Gard), Sophie Errante (Loire-Atlantique), Alain Fauré (Ariège), Jean-Louis Gagnaire (Loire), Marc Goua (Maine-et-Loire), Michel Issindou (Isère), Bernadette Laclais (Savoie), François Loncle (Eure), Gilles Savary (Gironde), Odile Saugues (Puy-de-Dôme), Patrick Vignal (Hérault), René Dosière (Aisne). 

dossier :

Benoît Hamon

Justine Chevalier