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"Mascarade", "pipeau" ou "esbroufe": ces gilets jaunes qu'Emmanuel Macron ne peut pas convaincre

Des gilets jaunes à un dépôt pétrolier du Mans, le 10 décembre 2018.

Des gilets jaunes à un dépôt pétrolier du Mans, le 10 décembre 2018. - JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Les mesures annoncées lundi soir par Emmanuel Macron n'ont pas convaincu tous les Français. Sur le terrain, de nombreux gilets jaunes sont encore mobilisés et espèrent un acte V, samedi prochain.

Au lendemain des mesures sociales annoncées par Emmanuel Macron pour "calmer la colère" des gilets jaunes, les réactions dans leurs rangs sont contrastées. La très médiatique Jacline Mouraud, représentante des gilets jaunes libres, considérés comme modérés, a salué des "avancées" et appelé à une "trêve". Benjamin Cauchy, porte-parole de cette frange lui aussi, a estimé sur notre antenne qu'il manquait encore des "gestes significatifs" de la part de l'exécutif. "Bien, mais peut mieux faire", a-t-il réagi.

Sur le terrain, alors que plus de 23 millions de personnes ont regardé l'allocution de 13 minutes, de nombreux protestataires jugent les annonces insuffisantes et se préparent à un acte V de la contestation. "Il nous donne des miettes, il croit qu'on est des moineaux qui attendent des miettes", déplore un manifestant interrogé à Dole par BFMTV. Ici, le discours du président a entraîné de nombreux rires parmi les gilets jaunes. "Mon seul souci, c'est vous. Mon seul combat, c'est pour vous", a affirmé le chef de l'Etat en conclusion.

"Mascarade", "pipeau"

Pour Pierre-Gaël Laveder, manifestant à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, rencontré par l'AFP, "Macron n'a pas pris la mesure de ce qui se passait (...) on en est maintenant à demander de changer de système". "Chaque annonce a été huée et la première réaction a été: 'On se fout de notre gueule'", a-t-il témoigné après avoir regardé l'intervention avec une soixantaine de gilets jaunes. "Mascarade", "pipeau", "esbroufe ou saupoudrage" sont aussi des termes qui reviennent dans la bouche de certains gilets jaunes.

Venus des quatre coins du Tarn, ceux qui étaient réunis lundi soir sur le rond-point de Réalmont lâchaient soupirs et rires nerveux. "Le peuple lui demande de démissionner et lui impose des sparadraps sur des brûlures au 3e degré (...) c'est du foutage de gueule", a estimé Pierrot, artiste au RSA à Albi.

Attablés au café de la Paix à Commercy, dans la Meuse, une quinzaine de gilets jaunes mobilisés depuis le 17 novembre, découvraient le discours devant un Picon et une barquette de frites, interrompant l'allocution présidentielle de ricanements ironiques: "Monsieur se repend", persiflait Elisabeth, une retraitée de 66 ans, quand le président a reconnu qu'il lui était arrivé d'en "blesser certains". "Il était temps", a renchéri Damien, la trentaine. "Menteur", a fustigé une femme. "Il est pris en otage donc il lâche quelques miettes", a commenté Jonathan, fonctionnaire de 35 ans.

Un acte V déjà lancé pour samedi

Le chef de l'Etat a esquissé plusieurs gestes dont les contours, notamment le financement et le coût, restent à préciser. Il a aussi annoncé des mesures qui ont été nuancées par la suite, comme celle de l'augmentation du Smic, qui passera en réalité par une hausse de la prime d'activité et une baisse des charges.

Sur la forme, le chef de l'Etat a esquissé un mea culpa sur son attitude, en reconnaissant qu'il lui était "arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos". Depuis un mois, une partie des gilets jaunes ne cesse de réclamer sa démission, en clamant parfois une "haine" d'un président jugé "arrogant" et "déconnecté" de la vie des Français. D'après un sondage OpinionWay publié ce mardi, 54% de la population interrogée souhaite que la mobilisation s'arrête, depuis l'annonce de ces mesures, un signe que le discours du chef de l'Etat a pu toucher une partie de ceux qui soutiennent les gilets jaunes. En revanche, 49% des sondés disent aussi ne pas avoir été convaincus par lui, donc la question de la suite du mouvement reste entière. 

Sur les réseaux sociaux, des appels à manifester ce samedi 15 décembre sont déjà lancés. Sur Facebook, la page appelant à organiser l'Acte V réunit ce mardi matin 5.600 participants, et 21.000 personnes "intéressées". L'acte IV a rassemblé quelque 136.000 manifestants et s'est soldé par un nombre record d'interpellations, plus de 320 blessés et encore des dégâts dans de nombreuses villes, particulièrement à Paris, Bordeaux et Toulouse. Ces "violences inadmissibles (...) ne bénéficieront d'aucune indulgence", a averti le chef de l'Etat lundi soir. 

Charlie Vandekerkhove avec AFP