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Levallois-Perret: une attaque en pleine crise des armées

Florence Parly et Gérard Collomb

Florence Parly et Gérard Collomb - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L'attaque de Levallois-Perret met une nouvelle fois l'opération Sentinelle au cœur du débat, alors que l'exécutif compte encore renforcer l'arsenal sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme.

 Il y a urgence pour le pouvoir. L'attaque de Levallois-Perret contre des militaires de l'opération Sentinelle tombe en effet en pleine crise pour les armées françaises. Déjà engagés "à 130% de leurs ressources" selon le chef d'état-major (CEMA) démissionnaire Pierre de Villiers, les troupes, épuisées par une mobilisation constante, sont régulièrement prises pour cible depuis 2015. Avant même la crise budgétaire (les crédits annuels des armées seront diminués de 850 millions d'euros) qui a conduit à la démission du "CEMA", le moral des soldats était en berne.

Sentinelle: opération maintenue mais adaptée

Le 13 juillet, le chef de l'Etat avait déjà affirmé son intention de modifier les contours de l'opération Sentinelle, afin d'en améliorer l'efficacité et de diminuer l'usure dont souffrent les militaires.

Pas question, cependant, d'en diminuer l'ampleur: "il n'y aura pas un soldat en moins d'ici au 31 décembre 2017", déclarait l'entourage d'Emmanuel Macron lors de la visite de ce dernier sur la base aérienne d'Istres, le 20 juillet dernier.

Une position réaffirmée lundi, lors d'une visite à Paris, par la ministre des Armées Florence Parly: l'opération Sentinelle "restera en place tant qu'elle sera utile à la protection des Français", et sera remaniée "pour s'inscrire dans la durée". Selon la ministre, l'opération Sentinelle, critiquée comme faisant des militaires des cibles "faciles", a "déjà été adaptée une première fois pour être plus flexible, moins prévisible dans son déploiement".

"C'est dans ce sens-là que nous travaillons en étroite coordination avec mon collègue Gérard Collomb (ministre de l'Intérieur, NDLR.) puisque c'est une opération dont l'efficacité repose sur l'excellente coordination avec les forces de police."

Agenda politique accéléré

Avec cette nouvelle attaque, Florence Parly et Gérard Collomb, qui devaient présenter à la rentrée leurs propositions pour Sentinelle au président de la République, risquent fort de devoir précipiter leur agenda. En juin, une "task force" antiterroriste, directement rattachée à l'Élysée, a été mise sur pieds pour "favoriser le partage d’informations et l’efficacité de l’action", selon le décret paru au Journal officiel.

L'exécutif, qui a déjà fait proroger l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre par l'Assemblée nationale le 6 juillet, a pour intention d'y mettre fin. Toutefois, pour Emmanuel Macron, il s'agit plutôt de sortir d'un régime d'exception que de réduire l'arsenal sécuritaire pour lutter contre le terrorisme. Dès juin, un avant-projet de loi visant à verser les principales mesures de l'état d'urgence dans le droit commun était présenté au Conseil de défense et transmis au Conseil d'Etat.

Assignations à résidence de trois mois renouvelables, perquisitions administratives, exploitation des données numériques, des ordinateurs et autres téléphones portables saisis, fermeture d’un lieu de culte: ces mesures seraient désormais l’apanage du ministère de l’Intérieur et des préfets, sans intervention d’un juge judiciaire, sous le seul contrôle du juge administratif et du Conseil d’Etat. Un virage sécuritaire qualifié de "pilule empoisonnée" par le défenseur des droits, Jacques Toubon. "Les mesures que nous prenons sont absolument nécessaires", réplique ce mercredi Gérard Collomb.

Louis Nadau