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Comment le sort du général de Villiers a basculé

Pierre de Villiers

Pierre de Villiers - ETIENNE LAURENT / POOL / AFP

En poussant le général de Villiers à la démission, Emmanuel Macron a voulu liquider les rapports de force hérités du quinquennat Hollande dans le milieu de la Défense.

Pour l'exemple. La démission du général Pierre de Villiers, ancien chef d'état-major des Armées (Cema) poussé vers la sortie par Emmanuel Macron, est un signal adressé au monde militaire: les temps ont changé. Cette crise au sommet de l'Etat, déclenché par l'annonce de coupes dans le budget des armées, relève bien plus de la remise à plat des rapports de force que de la sanction disciplinaire.

Plus de négociation

Si elle n'a rien fait pour arranger la situation, l'audition de Pierre de Villiers devant la commission parlementaire le 12 juillet, pendant laquelle le "Cema" n'a pas mâché ses mots sur les économies envisagées, n'est pas à l'origine de son éviction. C'est plus tôt le même jour, lors du conseil restreint de Défense à l'Élysée, qu'a basculé le sort de l'officier. Avec Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, le général s'oppose à la baisse de 850 millions d'euros du budget de la Défense.

La sortie n'est pas appréciée par le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, fidèle d'Emmanuel Macron. Le président de la République ne tarde pas à recadrer le "cinq étoiles" le 13 juillet, devant un parterre de hauts gradés.

"Ce qui a déplu à Alexis Kohler, c'est l'idée qu'on puisse imaginer revenir sur un arbitrage du président de la République en organisant la pression. On n'est plus sous Hollande", souligne une source proche de l'affaire dans Le Figaro. "L'argument selon lequel le Cema aurait contrevenu au devoir de réserve ne tient pas. Faire passer cette affaire pour une histoire de discipline, c'est de l'habillage médiatique."

"Un temps de retard"

L'époque où le ministre de la Défense faisait plier l'Élysée sur les arbitrages budgétaires est révolue. C'était déjà le sens du changement de portefeuille de Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense. "En laissant en place Le Drian et Lewandowski (son directeur de cabinet, NDLR.), et tous les militaires qui leur sont redevables, le président aurait été prisonnier d'un Etat dans l'Etat", confiait au Canard enchaîné un proche du président. De même, le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon, n'a pas été reconduit dans ses fonctions.

"Macron a sifflé la fin de la partie pour tout le monde, administration de Bercy, parlementaires et militaires, tous ceux qui sont entrés dans un jeu de pression ces dernières années en n’en faisant qu’à leur tête en dépit des arbitrages présidentiels", explique dans Le Monde l’historien de la défense Philippe Vial.

"C'est l'erreur du général de Villiers", lâche une source au Figaro. "Il a eu un temps de retard et pensé que l'annonce des 850 millions d'économie marquait le début d'une négociation, alors que ce n'était pas le cas."

Promesse budgétaire

Avec l'élection d'Emmanuel Macron, "les généraux ont pensé que leur heure était venue et qu’ils pouvaient accentuer la pression sur le politique", témoigne une source du ministère auprès du quotidien du soir. Le candidat d'En Marche ayant souscrit à la demande de Pierre de Villiers de porter le budget militaire à 2% du PIB, ce dernier avait de bonne raison de se croire exaucé.

"Ils n’étaient pas fâchés de se débarrasser du cabinet tout-puissant de Le Drian, et, bien soudés autour des 2%, se sont crus seuls à la manœuvre. Ils n’ont pas su lire Macron."

Sur le fond, la reprise en main politique d'Emmanuel Macron ne résout rien: selon un rapport du sénateur Dominique de Legge publié le 20 juillet, 2,5 milliards d'euros manquent toujours pour satisfaire les besoins d'infrastructures des armées dans les six années à venir.

Louis Nadau