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Bras de fer entre Macron et les militaires sur la question du budget

Emmanuel Macron et, entre autres, le général Pierre de Villiers, au troisième rang, au centre, aux Invalides, le 30 juin.

Emmanuel Macron et, entre autres, le général Pierre de Villiers, au troisième rang, au centre, aux Invalides, le 30 juin. - THOMAS SAMSON / AFP

Emmanuel Macron doit faire un discours aux armées ce jeudi soir à l'Hôtel de Brienne. Cette initiative est coutumière à la veille des 14-Juillet. Mais cette parole présidentielle est particulièrement attendue. Alors qu'un effort de 850 millions d'euros est demandé à la Défense, l'armée gronde et le chef d'Etat-major a menacé de démissionner.

Sous les ors de l'Hôtel de Brienne, résidence du ministère des Armées, la parole d'Emmanuel Macron ce jeudi soir sera religieusement (ou plutôt anxieusement) écoutée. Attendu à 19h30 dans ces lieux, le président de la République doit y tenir un discours, conformément à la tradition observée par les chefs de l'Etat la veille des 14-Juillet. Mais cette année, l'adresse n'aura rien d'anecdotique. Elle doit rendre un arbitrage au milieu d'une controverse qui agite l'armée et le gouvernement. 

Ce dernier compte désormais demander 850 millions d'euros d'économies à la première. La nouvelle n'a pas franchement plu à Pierre de Villiers, le chef d'Etat-major des Armées. Ce mercredi, devant environ cinquante députés réunis à la Commission de la Défense, il a employé, dans la plus pure tradition des soldats français depuis Cambronne, un langage fleuri pour exprimer le fond de sa pensée. Il a en effet indiqué qu'il ne se laisserait "pas baiser" par Bercy. L'officier a ajouté qu'il pourrait même présenter sa démission pour protester. 

La ministre sous tension

Car c'est de Bercy, où Florence Parly actuelle ministre des Armées a évolué en tant que secrétaire d'Etat au Budget dans le gouvernement Jospin, qu'est venu la pomme de la discorde. Ce mardi dans un entretien au Parisien, Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics, a dévoilé que l'ex-"Grande Muette" allait devoir se serrer la ceinture. Ce jeudi, à la radio, Eric Woerth, député "Les Républicains, a jugé en réponse que l'armée était "maltraitée". Et la tisane est d'autant plus amère que cette sortie vient contredire des promesses bien plus agréables aux oreilles militaires, tenues jusqu'ici par l'exécutif. Fin juin, le Premier ministre, Edouard Philippe, au salon du Bourget, avait ainsi assuré que 2% du PIB français seraient consacrés au budget de l'armée en 2025. Il ne faisait, en cela, que creuser le sillon du président de la République. Challenges, qui a sorti le livre de comptes, a observé qu'il était question d'un budget de 50 milliards d'euros, et donc d'une hausse de 17,3 milliards en l'espace de huit ans. 

Mais avec 850 milliards d'euros d'économies, l'exécutif prendrait une toute autre direction. Le site du magazine économique a noté que cette baisse représente 20% des restrictions imposées à l'ensemble des portefeuilles. Selon cette analyse, il s'agirait de financer le surcoût des opérations extérieures, les fameuses Opex. A la croisée des chemins, Emmanuel Macron va devoir confirmer ce point de son programme, et donc désavouer publiquement Bercy, ou l'infirmer et affronter la colère des officiers. A l'Hôtel de Brienne, il doit en tous cas sortir de l'ambiguïté. 

Robin Verner